BlueOrange-World

« Le monde est bleu comme une orange » (Paul Eluard)

CHINE: Janvier-Février 2014

January28

Lundi 3 Février :départ de Hanoï

Nous apprécions de trainer un peu au lit ce matin, d’autant que la wifi n’est pas revenue …Le routeur qui pendouille au plafond entre le deuxième et le troisième étage au milieu d’un enchevêtrement de fils  ( je prends une photo !) est effectivement éteint .Nous descendons et nous attablons dans un minuscule café où il n’y a  rien à manger, de  plus  tous les hommes présents fument à qui-mieux-mieux , ce qui n’est pas agréable bien que très fréquent ici,  mais le point positif est la wifi !Nous buvons donc un café tout en répondant à nos mails , avant  d’aller acheter de quoi grignoter plus tard : sachet de nouilles instantanées, yaourts, chocolat et eau pour la route . Nous finissons nos bagages : parmi les souvenirs du Vietnam, ce ne sont pas les pièces qui vont m’encombrer vu qu’il n’y en a pas. J’ai en revanche gardé les pièces de Hong Kong ont certaines sont joliment dentelées.

Après avoir hésité ( c’est Amélie qui me l’a offert pour Noël), je décide  n’en ayant plus l’usage  de laisser le guide du Vietnam à Rhian, mais j’emporte la dédicace de la page de garde .

Digression : je déclare solennellement  que pour mon prochain voyage itinérant, je ne prendrai pas mon trépied, qui m’encombre trop ! Je n’arrive pas encore à me séparer des autres objectifs, mais promis-juré je laisserai le trépied ! Me le rappeler le cas échéant J

Une   lessive  (dans les lave-linge asiatiques qui brassent à froid)  plus tard, ainsi que  le ménage  fait en musique, nous descendons les bagages et quittons l’appartement où nous avons bien apprécié de nous poser ces quelques jours .Je fais le tour trois fois avant de laisser les clés à l’intérieur, il ne manquerait plus que  nous laissions nos billets ou passeports  dedans avant de fermer !

Nous nous sommes prévu un battement de deux heures pour faire un dernier tour de Hanoï et découvrons que la ville a retrouvé son aspect habituel : bruyante, grouillante de vie, surpeuplée…Les touristes sont également arrivés ou revenus, dont pas mal de Français .Nous laissons nos bagages au café où nous avons nos habitudes et  partons nous balader .C ‘est aussi le moment des derniers achats avec un peu d’artisanat. Quel dommage de quitter le Vietnam alors que nous sommes devenues des pros  de la traversée d’avenues, louvoyant au milieu des dizaines de motos et de toutes les voitures qui nous frôlent sans ralentir, mais à grands coups de klaxons rageurs…

Justine, quant à elle, dit s’être faite sans problème à des gens sympas, qui parlent aimablement et ne crachent pas par terre, mais c’est  en Chine que nous allons poursuivre notre voyage, donc  oublions  cela …:-)

A 18h30, nous sommes devant l’agence et  cela cafouille un petit peu, mais comme d’habitude en Asie ça fonctionne au final : un jeune vient  nous récupérer  et nous le suivons à pied  jusqu’à un carrefour où attend déjà un groupe .Après 30 minutes nous rejoignons un autre endroit et attendons à nouveau avant qu’un minibus ne vienne nous chercher pour nous amener au bus couchettes ! Le bus semble neuf et nous devons enlever nos chaussures en montant ; je n’en ai jamais vu de semblables, avec trois rangées  de véritables couchettes sur deux niveaux, des couvertures propres, ce n’est pas le top mais pas mal du tout. Nous partons finalement   après 20 h , le bus est plein mais s’arrête quand même un peu partout , peut-être livre t’il des colis .En tout cas, au bout d’un moment, il y a plein de gens supplémentaires allongés dans les minuscules travées ! Impossible de  réellement dormir d’autant qu’il n’y a pas de rideaux  et que très régulièrement toutes les lumières du bus, dont de gros néons latéraux rouges et bleus sont rallumées, mais la couchette est confortable et nous nous détendons.

Mardi 4 Février 2014 : frontière et Yuanyang

C’est finalement un bien que nous soyons partis en retard car, alors que nous étions censés arriver à Lao Kaï vers 6h, l’arrêt est annoncé  bien plus tôt et nous nous trouvons débarquées au milieu de la petite ville à 4h30. Des petits troquets sont en train d’ouvrir et nous nous posons une heure, prenons un café avant de héler un taxi et partir vers la frontière, à deux kilomètres à peine de là. Nous attendons une heure  sur les marches du grand bâtiment  mais Justine ne s’en plaint pas, elle a déjà retrouvé sa connection internet chinoise ! A part une dame et son fils, nous sommes les premières et Justine s’adresse à elle en mandarin  pour se faire confirmer l’heure d’ouverture du poste frontière. Ce court échange me permet illico de me rendre compte  d’abord qu’elle  est bien plus à l’aise que lors de notre premier voyage il y a 18 mois, ensuite que les Chinois sont toujours aussi étonnés et contents  de voir un laowaï ( étranger) parler mandarin, j’assume  la fierté que j’en retire …

Nous sommes les seules personnes occidentales à traverser, passant à pied le pont qui matérialise la frontière : il est clair  que ce n’est pas un poste-frontière très fréquenté par les touristes ! Nous sommes néanmoins bluffées car il possède côté chinois un appareil  que je n’avais jamais vu : nous devons scanner automatiquement notre passeport, taper le numéro de visa et notre bordereau d’entrée et de sortie  sort  tout imprimé ! D’autre part, comme à Hong-Kong et probablement depuis la grippe aviaire, notre température corporelle est automatiquement contrôlée.

Pour le reste, tout est standard et rapide, et nous voici en Chine. Le premier chauffeur de taxi qui nous hèle est une femme, c’est symptomatique  du pays où  les femmes occupent tout type de travaux ( alors qu’au Vietnam et à Hong-Kong ,nous n’avons vu que des hommes) , et j’avais noté dans un article précédent qu’ au moins la révolution culturelle avait permis aux femmes  de s’affranchir des stéréotypes .En revanche  nous retrouvons tout de suite  la façon chinoise  très brutale et bruyante de s’exprimer !

Nous nous faisons amener à la gare routière, où bien évidemment tout est écrit en chinois  et où personne ne parle anglais :(je ne le redirai pas, ce sera comme cela partout maintenant !) , et dans la foulée montons dans un minibus qui part vers Yuanyang.

La première province que nous voulons visiter  au fil de plusieurs étapes est le Yunnan, qui est grande comme  les trois quarts de la France et  rassemble la plus grande variété  de climats, de paysages et de populations du territoire chinois. Rien que ça ! Tout à la fois de hauts plateaux karstiques, de  hautes montagnes sauvages qui culminent à 5000 m (nous n’irons pas !) ,  des vallées profondes et   des régions tropicales  participent à ce qui est un kaléidoscope encore relativement préservé des atteintes du modernisme. Quant à la population, elle représente aussi un cas à part puisque sur les  56 minorités ethniques officiellement reconnues, 25 se trouvent au Yunnan et en composent environ la moitié de la population.

D’ailleurs dans le minibus sont déjà installées des femmes parées de leurs  plus beaux atours ( coiffes multicolores, jupes et corsages plissés brodés de perles …) et tout  au long du voyage, nous en verrons monter et descendre, nous en apercevrons  dans les villages traversés et les marchés , aussi bien qu’à l’arrière de motos .D’autres femmes sont en jean, pantalon noir ,  ou habillées de façon plus moderne, sans que cela paraisse  lié à l’âge dans cette toute première approche que nous en avons.

Pour faire à peine 200 kms, le vieux minibus va bringuebaler pendant cinq heures, principalement sur de petites routes mais  en longeant une autoroute avec de beaux ouvrages d’art, autoroute surplombant la rivière qui va s’élargir petit à petit et qui, si je me réfère à ma carte succincte, serait le Fleuve Rouge. Plusieurs types de paysages vont se succéder ; d’abord sur des dizaines de kilomètres nous allons longer des collines  retravaillées et plantées «  en escargot » d’arbres saignés de façon hélicoïdale là aussi, afin d’en récupérer la résine et /ou l’écorce, je n’ai aucune idée  de ce que c’est .J’ai reconnu en revanche les immenses plantations de bananiers dont les régimes sont tous ensachés de bleu. Un poste de police se présente sur la route et toutes les pièces d’identité sont contrôlées, dont nos passeports amenés au bureau par  des soldats armés de mitraillettes. Nous croisons des villages poussiéreux et remplis d’immondices, quelques cultures maraichères, un barrage artificiel crée à un moment un joli plan d’eau, puis nous nous retrouvons dans une végétation tropicale, avec des bougainvilliers,  des papayers  croulant sous les fruits ,  des manguiers…L’ambiance est bon enfant dans le bus , les gens montent et descendent, rameutés dans les villages par la voix de stentor de l’accompagnateur qui gère places et argent, aide à charger les cageots de poules , ramasse pour un kilomètre gratuit deux  vieux messieurs  sur la route , fait s’arrêter pour le pipi d’un bébé …Ce rabatteur  essaie gentiment  de faire la conversation à Justine  mais l’accent du Yunnan semble très prononcé, elle  a un peu de mal ..A un moment, plusieurs femmes portant des parures magnifiques  agrémentées de pièces en argent, rubans …montent dans le bus avec une petite fille de 3 ou 4 ans, et le bus étant plein, je la prends sur mes genoux .Pas du tout effrayée, elle se laisse faire volontiers,  la grand-mère me sourit et  me « parle » , le ciel s’est dégagé, il fait très beau, et malgré  l’inconfort et  la fatigue , j’ai un moment de bonheur à serrer contre moi cette petite fille  ,dans ce bus local qui nous amène encore , espérons-le, vers d’autres expériences authentiques,  au son de la musique sirupeuse chinoise  ….

Puis on rencontre des conifères et en  le bus attaque  vraiment sa montée dans les montagnes, Yuanyang est à 1800 m d’altitude, le trajet n’en finit pas, d’autant que nous avons avancé notre montre d’une heure en gagnant la Chine, et c’est crasseuses, épuisées et mourant de faim ( car je n’ai  eu qu’un peu de chocolat depuis mes yaourts de la veille !)   que nous atteignons finalement notre étape . Au sujet de Yuanyang, 15 000 habitants au fin fond des montagnes,  le Routard a une jolie litote : » Même si Yuanyang n’est plus tout à fait le bout du monde, le voyageur occidental pourra s’y sentir  légitimement un peu perdu » !!! Il y a  comme partout pas mal de touristes chinois, mais nous qui n’aimons pas les hordes de touristes occidentaux, nous voilà servies, il n’y en a pas ! Nous trouvons un hôtel, sans internet fiable hélas,  et cher  ( 400 kuais soit 50 euros !) ,  nous dépêchons d’aller manger dans une gargote – la nourriture du Yunnan est réputée !-, prenons une bonne douche  et nous affalons sur nos lits …Demain, nous allons découvrir  les rizières en terrasses creusées et agencées depuis des siècles par les Hani …

Mercredi 5 Février : Yuanyang

Après une vaine recherche de café ou de quoi que ce soit qui y ressemble ce matin,  nous devons nous contenter d’acheter deux paquets de biscuits et une  bouteille d’eau  avant de partir en quête d’un moyen de transport.  Tout d’abord nous passons à la gare routière  dans l’intention d’acheter nos billets pour le seul bus journalier vers  Jianshui, à 16 h 30, mais on nous dit qu’ils ne seront mis en vente qu’à 15H.  Quant aux rizières en terrasses, nous faisons affaire,  après plusieurs contacts,   avec une conductrice pour 400 kwais , ce qui est encore bien cher  mais nous sommes venues pour les terrasses et avons bien l’intention d’en  voir le maximum en faisant le tour complet ! Nous ne serons pas déçues …En fait nous devons d’abord nous acquitter d’un droit de passage  dans un bâtiment d’exposition moderne – et  j’espère que les paysans touchent une partie de ce péage !-  , puis nous entamons le circuit proprement dit qui va nous enchanter pendant cinq heures . Depuis des siècles, la montagne a été entièrement sculptée et modelée  pour créer  des milliers de terrasses plantées de riz, c’est prodigieux ! Il a fallu  creuser sans relâche des bassins à l’horizontale, construire des milliers de digues en terre …Bien que  l’hiver ait été très sec et que les terrasses ne soient pas gorgées d’eau comme elles devraient l’être en cette saison, des points de vue plus beaux les uns que les autres s’enchainent ; l’un d’entre eux ouvre sur une perspective de 14 000 terrasses toutes connectées ….

Cerise sur le gâteau, c’est  jour de marché  dans un petit village que nous traversons  et nous allons y flâner une heure, découvrant une animation et  même une cohue surprenantes. Il ya le coin bazar, celui des vêtements, et le marché des fruits et légumes qui jouxte celui des animaux, les paysans du coin s’échangeant poules et porcelets noirs. Nous croisons beaucoup de touristes  aujourd’hui, mais des touristes chinois,   et pas de ceux qui prennent les vieux minibus : je n’ai jamais vu telle concentration d’appareils photos à 3000 euros et plus,  et on réalise  qu’une large frange de la population bénéficie  maintenant d’un fort pouvoir d’achat !

Ce que nous notons aussi, c’est que la plupart des femmes portent  leurs habits ethniques,  dans une débauche de couleurs  ravissantes. On reconnaît bien les Hani, avec des parures somptueuses teintes à l’indigo  et agrémentées de pièces en argent, de perles, de rubans , mais  il y a aussi d’autres types de costumes ( des sous-groupes ?), avec des  chasubles brodées et découpées sur l’épaule , des coiffes multicolores, des toques rondes, des chaînes d’argent …Certaines toques sont bleues, d’autres rouges, est-ce lié au statut marital ? Certaines jupes sont agrémentées à l’arrière de carrés multicolores brodés …Nous ne pouvons qu’admirer, sans  pouvoir appréhender les dimensions symboliques des parures chez ce peuple  polythéiste .Les Hani pratiquent le culte des ancêtres  mais vénèrent aussi le Dieu du paradis, de la Terre, le dragon, ainsi que les dieux de la Famille ….Qu’il serait intéressant d’en savoir plus !

Après cette balade enchanteresse sous un soleil radieux, nous déchantons lorsque revenues  juste avant 15h à la gare routière, on nous annonce sans cérémonie que tous les billets vers Jianshui ont déjà été vendus .Que faire ? Nous n’avons guère envie de rester  dans le bourg une nuit de plus , la queue derrière nous s’impatiente , on finit par nous  souffler ( crier plutôt, les Chinois parlent sans cesse comme s’ils se disputaient et c’est assez déstabilisant ! )

une autre solution : prendre un billet  vers une autre ville, dont le bus va partir dans 10 minutes, et enchaîner vers Jianshui. Nous n’avons aucune idée du trajet mais ce n’est pas le moment de tergiverser, on prend les billets, Justine prévient le chauffeur que nous devons aller récupérer les bagages, il nous crie  de nous dépêcher, nous courrons, escaladons nos trois étages et nous voici  parties pour  deux heures dans un vieux minibus bringuebalant, le frère de celui d’hier,  qui redescend la montagne ! Dans la plaine, on nous transfère dans un bus plus confortable, et à Gejiu, la ville intermédiaire, nous aurons finalement de la chance puisqu’un chauffeur  vient droit sur nous (oui, on intrigue : des centaines de Chinois… et nous !)  et s’occupe de nous faire éviter la longue queue ; nous  faisons scanner nos bagages, comme dans toute gare en Chine et  le bus vers Jianshui  démarre dans la foulée !

Il fait donc nuit lorsque nous arrivons  à notre destination finale, sans avoir rien réservé,  mais nous n’avons qu’à traverser la rue pour trouver un hôtel. Nous découvrons ensuite que nous sommes dans le quartier chaud car plein de filles sont en vitrine lorsque nous sortons manger, et on réalise pourquoi il y avait des cartes pour des call-girls ainsi que des préservatifs (bravo pour l’effort !) sur la table de nuit, mais l’hôtel est tout à fait correct, et s’avèrera très calme,  la chambre est spacieuse, la wifi fonctionne , tout cela pour 100 kuais, j’aimerais en trouver comme ça tous les soirs !

Nous sortons  donc manger, car  ceux qui suivent auront noté que nous n’avons encore rien mangé depuis le matin !  Juste un peu de street food mais jamais nouilles frites et brochettes de mouton n’auront eu goût plus délicieux….

Jeudi 6 Février/ Jianshui

Il fait encore un soleil magnifique lorsque nous nous réveillons et pulls et manteaux n’ont pas de raison d’être …Je déciderai en fin de journée que c’est pour cela que ma valise est de plus en plus  lourde, et non  bien entendu à cause de mes achats !

Mais ce matin,  nous avons du temps et nous décidons de chercher un café. Le taxi  qui nous amène vers le temple de Confucius  nous fait passer devant une espèce de petit bar ouvert sur la rue qui propose thés et cafés, pas loin une pâtisserie   a des étals de langues et chat et  tuiles aux amandes qui me font de l’œil : voici enfin un petit-déjeuner  qui commence bien la journée ! Jianshui n’est pas comme je le croyais la ville natale de Confucius mais c’est là que furent déportés  en 1825 des membres de la famille impériale, cultivés mais donc déchus de leurs droits et pour lesquels  le temple de Confucius, symbole de culture ancestrale, représentait  un symbole fort d’identité culturelle .C’est le deuxième plus grand temple qui lui est consacré en Chine .Il s’étend en effet sur huit hectares, et comporte de majestueuses portes , de beaux jardins, une pièce d’eau dans laquelle se reflète une pagode , c’est une visite très agréable . Dans le dernier pavillon, trône une grande statue de Confucius lui-même,  visiblement très vénéré et entouré de belles représentations en bois polychromes des  gardiens de la famille .Nous avons en plus la chance d’assister à un petit concert dans l’enceinte du temple ; une quinzaine de musiciens  habillés de façon traditionnelle interprètent sur des instruments anciens  quelques airs  lancinants appartenant sans doute au patrimoine culturel du Yunnan.

Dans les jardins  se trouve comme souvent un petit auvent où pendent des centaines de planchettes de bois nouées par un ruban rouge, ce sont les planchettes des vœux offertes aux dieux, aux sages, aux forces positives, qui sait ? Justine et moi  ressentons l’envie d’écrire un vœu, donnons notre obole  et allons accrocher notre missive chacune de notre côté….

Nous trainons un peu dans le centre pour trouver notre destination suivante, les jardins de la famille Zhu. Cette appellation  recouvre une résidence cossue  construite à la fin du XIXème siècle et s’étend sur deux hectares de somptueux jardins, de kiosques d’agrément, de pavillons d’habitation  reliés par pas moins de 40 cours intérieures …Certains  pavillons abritent  de petites échoppes de fausses mais ravissantes  antiquités. Comme souvent, un gracieux pavillon de bois se reflète dans une pièce d’eau .Une intéressante exposition de photos  retrace l’histoire des membres les plus illustres de la famille  Zhu , histoire se confondant avec la grande Histoire  dans laquelle, en témoignent plusieurs images atroces, la lutte avec le Japon tient une place  prédominante …Nous allons ensuite manger , mais  la cuisine du Yunnan est très épicée, aïe c’est frustrant de devoir   très vite abandonner nos plats et il faudra la prochaine fois y penser en commandant …Puis nous nous promenons tranquillement dans le centre historique et découvrons une ville délicieuse ! Autant au premier abord, elle ressemble à toutes les villes chinoises, avec  leurs immenses avenues remplies de buildings sans charme, autant le centre a su conserver un cachet propre, avec  des rues pavées, des maisons  à un ou deux étages aux toits en pagode , aux tuiles vernissées, aux multiples ornements de bois.. Mais rien à voir avec le côté figé d’une reconstitution, les rues sont très vivantes, les rez-de-chaussée (premiers étages en Chine) abritent des boutiques modernes, principalement de prêt-à-porter, de chaussures, de cosmétiques, et tout le monde déambule comme dans la plus commerçante de nos rues piétonnes. Nous entrons dans quelques boutiques, essayons  des vêtements…Je gardais le souvenir d’une mode avec beaucoup de fanfreluches et découvre de jolis articles , très bien coupés .Justine s’achète un jean, moi quelques tee-shirts ; nous craquons aussi pour des bricoles, bracelets, boucles d’oreilles ….Puis nous allons nous renseigner sur les modèles de téléphone  chinois, dont certains n’ont rien à envier aux marques  les plus réputées occidentales…Cela fait longtemps que j’ai envie d’un modèle acceptant deux cartes sim, concept qui n’a jamais eu de succès chez nous. Les prix sont très intéressants ; bon, nous verrons .Pour le moment, je me contente de prendre une puce locale afin d’avoir un numéro chinois, c’est très très laborieux. Tout est si contrôlé  que fournir la copie de son passeport ne suffit plus  depuis de nouveaux règlements ; le côté amusant  est que tout règlement trop rigide produisant des résultats inverses, le gérant  après quelques essais infructueux sur son ordinateur me propose d’utiliser  la carte d’identité de quelqu’un d’autre pour mon numéro…Nous n’en saurons pas plus, après une petite heure j’ai un numéro chinois comme  peu ou prou un million d’individus dans le monde !

Etant sorties du centre historique, nous déambulons ensuite un peu pour chercher la mosquée et le quartier des Hui, les musulmans chinois, mais autant à Xian le quartier était commerçant et incroyablement animé, autant  il a peu d’intérêt ici, et nous avons déjà bien agréablement occupé notre journée, donc nous  rebroussons chemin.. Nous n’hésitons pas à prendre des taxis, le forfait de départ est à 4 kuai ( 50 centimes d’euro) alors qu’il est par exemple à 11 à Hangzhou.

Nous nous détendons un peu à l’hôtel et Justine essaie  de mettre un VPN sur mon ordinateur,  en effet Facebook, Youtube, et même mon blog qui n’a pourtant rien de pernicieux sont bloqués en Chine .J’avais tenu pour acquis que le VPN installé il y a deux ans fonctionnerait, mais que nenni et je suis donc punie ! En fait je m’en moque un peu ! Je trierai mes photos au retour puisque  le processeur de mon vieux notebook est complètement obsolète face au logiciel que j’utilise, en revanche je vais tâcher d’être disciplinée et écrire le compte-rendu chaque soir, sinon je sais que je ne le ferai pas …

Nous mangeons  dans la rue au même endroit, en face de l’hôtel, mais  n’avons toujours pas pensé à demander moins épicé….

Vendredi 7 Février :Jianshui et alentours- Kunming

Nous avons prévu aujourd’hui deux visites dans les environs de Jianshui, mais tout d’abord nous retournons  faire exactement le même petit-déjeuner que la veille ! «  C’est à la présence ou pas de cafés que l’on  sait s’il y a des expatriés ou des étudiants dans  une ville «  analyse Justine , et de fait nous quitterons Jianshui sans avoir croisé le moindre occidental ! Puis nous prenons deux bus locaux pour nous amener dans un petit village  situé à seulement 13 kilomètres,  et si le prix de chacun bat toute concurrence ( 1 kuai), il nous faudra quand même une heure et demie pour arriver !  A un moment, le minibus est bondé et un vieux couple,  dont le monsieur est vraiment très âgé et  de plus  chargé  d’un gros sac, y  monte : je propose  d’un geste mon siège à la dame qui refuse, ok elle n’a peut-être pas compris .Justine propose en chinois  le sien au monsieur, idem. Aucun enfant assis n’a bougé. Nous savons depuis Pékin, où dans le métro bondé Amélie s’était levée pour laisser sa place à une dame âgée… qui y avait fait asseoir sa petite- fille ,  que les Chinois n’ont pas la même perception que nous  sur ce sujet mais je continue à en  être gênée .

Dans le village de Tuanshan, nous découvrons la résidence de la famille Zhang, qui s’apparente plutôt à un village car couvrant un hectare et comportant de belles demeures ainsi qu’un temple .Si elle fut bâtie par un riche marchand enrichi grâce au sel à la fin du XIXème siècle, cette belle enceinte sillonnée d’un dédale de ruelles pavées  accuse aujourd’hui les effets du délabrement et pourtant  a gardé beaucoup de charme. Nous n’y croisons presque personne   mais  à un moment, je retrouve Justine en grande conversation avec un petit garçon et son père .Elle me dira que l’enfant  interrogeait son père «  D’où est-elle ? demande –le lui, papa «  et que celui-ci répondait «  Mais non, elle ne comprend pas «  jusqu’à ce qu’elle prenne la parole….Ce sont ces instants de  partage, même ponctuels, même brefs, qui me manquent  dans ce voyage . Nous ne passons certes pas inaperçues et la culture chinoise fait que les gens parlent de nous  sans aucune gêne en notre présence,  nous montrent du doigt, se collent sous notre nez  lorsque nous nous attablons dans les troquets de rue … ; cela lasse Justine qui vit dans ce contexte depuis deux ans, mais moi, cela me frustre surtout …

Après la visite de l’ancienne résidence, nous chartérisons un minivan pour nous ramener à Jianshui en faisant un détour par un joli pont appelé  pont  du Double dragon ou pont aux 17 arches.  Il a une jolie tourelle en son milieu et  enjambe le  confluent de deux rivières .Nous y croisons des femmes qui épluchent d’immenses tas de rhizomes boueux .Justine  se renseigne sur leur nom, c’est du sanqi,  une plante de la même famille que le gingembre, utilisé dans la médecine chinoise come anti-coagulant.

Revenues à Jianshui, nous apprenons  que le prochain bus ayant des places vers Kunming  part à 18 h et que c’est un bus couchettes, pourquoi pas, cela sera plus confortable. Cela nous laisse  deux heures pour  refaire un petit tour  en ville et nous laisser tenter par quelques bricoles ! Nous en profitons aussi pour  faire cirer nos chaussures qui en ont bien besoin après tant de chemins poussiéreux  .Une dame en grand habit ethnique est fascinée par le spectacle  et reste à nos côtés  sans nous quitter des yeux….j’aime ce partage d’exotisme !

Le bus n’est pas  un modèle grand luxe, l’espace est si limité qu’il faut un certain temps pour que tout le monde s’installe. Nous sommes au fond parmi  les 4 couchettes mitoyennes, ça fait  plutôt sous-marin  mais cela me permet au moins  d’utiliser un peu mon ordinateur puis de lire. En chemin, le bus s’arrête  dans un troquet pour que les gens aillent aux toilettes, et là, eurêka, nous retrouvons la spécificité chinoise qui avait tant horrifié Amélie : les toilettes collectives ! Eh oui, le côté femmes propose  plusieurs places  à la queue-leu-leu, sans portes et justes séparées par un demi –muret .Parfois d’ailleurs, il n’y  pas de muret ! Justine file toujours à la place la plus éloignée car me dit-elle, «  Vu la conception chinoise de vie privée ( de non-vie privée, en fait !) , les femmes seraient tout-à-fait capables de passer en nous examinant sous toutes les coutures pour vérifier que nous sommes faites pareil » !!!

Après 4 h de route, dont une partie sur autoroute, le bus nous lâche assez loin de la ville même de Kunming , dans une  des quatre immenses gares routières qui la desservent . Ce n’est pas l’idéal pour négocier le taxi, d’autant que nous ne savons pas trop dans quel coin se situe l’hôtel que j’ai réservé hier sur booking.com. Nous partons finalement avec une chauffeuse  , plus par solidarité que par crainte, car la Chine est un pays excessivement sur ; si les gens peuvent sembler sans –gêne selon notre culture, nous savons en revanche que nous ne risquons rien .Le trajet jusqu’ ‘à l’hôtel est  bien long et  il est évident tout de suite que nous avons changé de monde .Après la Chine ancestrale, la Chine moderne :  rocades interminables, ponts autoroutiers  s’entremêlant, tours gigantesques, écrans plasmas s’étirant  tout en scintillements sur des immeubles de quinze ou vingt étages…Il est vrai que Kunming est la capitale   du Yunnan, province grande comme les trois-quarts de l France ! Vers 23 h, bien fatiguées, nous sommes dans notre hôtel, simple mais  convenable  pour  20 euros la nuit . Cela sera parfait pour trois nuits, le petit-déjeuner est d’ailleurs compris, mais de quel type ?  Ce sera la surprise !

Samedi 8 Février : Kunming

Eh bien, c’est soupe aux nouilles, et un peu soupe à la grimace pour un petit-déjeuner typiquement chinois ! Nous donnons ensuite du linge à laver dans une blanchisserie .Paradoxalement la température est bien plus fraîche que dans les montagnes  et il y a d’ailleurs un petit radiateur électrique dans la chambre, mais le ciel est bien bleu  et l’air très peu pollué. Nous prenons un taxi  car les distances sont grandes, la ville très étendue et nous ne nous déplacerons qu’en taxi, pour aller vers le parc du lac Emeraude. S’il est plus pollué qu’émeraude, ce lac aménagé de nombreuses ïles reliées par des ponts de bois les unes les autres, offre de jolies perspectives, avec ses coquets pavillons de bois, ses saules  couverts  de leurs premiers bourgeons et ses parterres de tulipes .C ‘est visiblement un lieu de promenade très prisé, il y a beaucoup de familles et de passants, et si nous y croisons quelques adeptes du taï-chi , le spectacle le plus étonnant est celui de  ces  milliers de mouettes qui viennent hiverner  ici , lorsqu’ ‘elles s’ébranlent en vols serrés  et saisissent au vol les boulettes de pain  que la foule leur tend .

Puis nous marchons jusqu’au  temple Yuantong qui porte aussi le joli nom de temple de la Compréhension  de toutes Choses,  c’est un temple ravissant , situé  au pied d’une colline dans un jardin paisible . Un chemin d’accès descend doucement vers un plan d’eau, et au milieu se dresse le traditionnel pavillon. Celui-ci est dédié à Guanyin, le bodhisattva de la Compassion sous des traits féminins. Les couleurs rouge,  bleu marine et turquoise  des avancées de toitures enrichies de motifs dorés créent un très beau tableau,  et nous ne regrettons pas notre visite bercée par des mantras  harmonieux.

Nous gagnons ensuite en taxi le marché aux fleurs et aux oiseaux , qui se tient dans un espace piétonnier dans ce qui fut un des derniers quartiers  authentiques de Kunming .Nous y voyons peu de fleurs mais énormément d’animaux : des lapins nains et des souris, des centaines  d’aquariums  remplis  de toutes sortes de poissons ( le rez-de-chaussée d’un bâtiment est entièrement consacré aux poissons ), et des milliers, oui, des milliers de tortues , rangées par tailles dans des caisses , dans une promiscuité assez répugnante . Ce ne sont pas des tortues terrestres, mais uniquement marines, donc carnivores  et j’imagine les dégâts qu’elles peuvent causer  dans l’écosystème, mais je crois que sur ce marché  ce sont elles qui sont destinées à passer à la casserole..J’en ai même vu d’un type que je ne connaissais pas, avec des pics sur la carapace et que j’ai trouvé horrible, autant que la mata-mata de Guyane !

Mais le marché comporte aussi de petits stands  sympathiques de bijoux, de produits ethniques, et nous finissons notre  balade par le spectacle du marché aux oiseaux, avec des perroquets, des perruches, et des dizaines d’hommes  (on sent que c’est en Chine une passion d’hommes ! ) observant et  marchandant  leurs oiseaux , ceux-ci sont dans de jolies cages en bambou, toutes différentes.  Si j’avais de la place, je ramènerais bien des cages, même si bien sur je n’y mettrais jamais d’oiseaux ! Détail amusant : un enregistreur répète  en boucle aux oiseaux «  Nihao » (bonjour) pour qu’ils l’apprennent !

Un Mc Do  se présente sur notre route  lorsque nous sortons du marché et nous ne résistons pas : il n’y en avait pas au Vietnam (je viens de lire que le premier a ouvert ces jours-ci à Ho Chi Min Ville)  et après tout c’est agréable de temps en temps de trouver des WC avec du papier toilette ! Puis nous décidons  d’aller dans les environs de Kunming visiter un  autre temple noté trois étoiles, afin de pouvoir  voir demain la forêt de pierres de Shilin et quitter la ville après-demain : notre programme est dense et les mégalopoles ne sont pas réellement notre tasse de thé .Par exemple, nous n’irons pas flâner dans le « Kunming du XXIème siècle «, toutes ces villes hypermodernes se ressemblent et puis, quel intérêt après avoir vu Shanghai ?

Nous partons donc vers  le temple d’Or, qui se situe sur une colline à l’extérieur de la ville et prenons pour ce faire un bus local, avec pas mal de difficultés. Certes le Routard est d’une aide précieuse  car il indique les numéros des bus à prendre, mais  par rapport à l’hyper centre ;  d’autre part  les distances sont énormes dans une ville si étendue et les carrefours  à rejoindre sont tellement gigantesques que trouver le bon arrêt et la bonne direction ( côté nord  par exemple) est une gageure ! Finalement nous arrivons au temple  et grimpons  de nombreux escaliers en compagnie d’une foule et à  à travers un joli  bois  avant d’atteindre les trois portiques monumentaux,  autrefois couverts de feuilles d’or, qui auraient donné son nom au temple. Partout des petits stands et une ambiance de kermesse, il est vrai que nous sommes samedi .C ‘est aussi un peu la cour des miracles, avec des éclopés et handicapés de toutes sortes ; c’est la première fois que nous voyons tant de mendiants autour d’un temple.

Après une journée si remplie, nous sommes bien contentes de rentrer à l’hôtel  mais nous ressortons en soirée pour manger  dans un restaurant coréen ; on choisit un hotpot, et même si ce n’est pas le même type de fondue chinoise que nous connaissons, avec tous les petits morceaux à tremper dans le bouillon parfumé, c’est bien apprécié quand même !

Dimanche 9 Février : Shilin

En rentrant hier soir, nous avions repéré tout près de l’hôtel  un restaurant tout simple mais proposant des plats occidentaux , et c’est là que nous prenons un petit déjeuner énergétique avec yaourt, fruit et muesli pour accompagner notre café au lait .Puis, pour gagner du temps, un taxi nous amène à la gare de l’Est située à une dizaine de kilomètres de Kunming , d’où nous prendrons un bus  vers Shilin .La gare est d’une taille impressionnante, avec plusieurs étages, des galeries marchandes , elle est bondée, et il y a des files d’au moins 30 personnes à la vingtaine de guichets  mais la Chine est habituée à gérer  d’importants flux de population et tout est bien régulé et canalisé .Comme Shilin, ensemble de pitons rocheux karstiques classé par l’Unesco, est un des sites les plus touristiques du Yunnan, il y a des bus  en continu et nous n’avons pas à attendre une fois notre ticket en poche. Après une heure de trajet par une autoroute, nous voilà sur le site lui-même  où d’immenses bâtiments  d’accueil attendent les visiteurs. Nous ne sommes effectivement pas les seuls ! Sourire complice en arrivant avec une touriste occidentale égarée comme nous au milieu d’une marée humaine  asiatique… (en fait, nous croiserons deux autres couples ensuite). L’entrée est relativement chère, 175 kuai soit plus de 21 euros, mais comme souvent Justine avec sa carte d’étudiante  a un tarif réduit. Nous découvrons ensuite que l’entrée du parc est à 3 kilomètres, et qu’il faut encore payer 25 kuai pour bénéficier d’un transport  jusqu’ à l’entrée en longue voiturette électrique, ce billet  donnant droit aussi à un tour du parc. Nous remarquons les  guides en habits traditionnels, différents de ceux de Yuanyang : couleurs rose et noir, toques argentées, pantalons brodés de couleurs vives à partir des genoux, guêtres…Cet habillement me semble ressembler davantage à ceux de certaines tribus du Nord de la Thaïlande, les Akas peut-être ?

La forêt de pierres, shilin en mandarin, couvre approximativement 26 000 hectares mais seuls 80 hectares sont ouverts au public, composant un étrange labyrinthe de formes étranges et ciselées. On a déjà vu des formes semblables dans les Causses, le Haut Var,  dans l’Isalo à Madagascar, en Cappadoce même si je pense que le type de pierre  y était  différent, mais là certains pitons  rocheux font  plus de trente mètres ! Tout est balisé, des panneaux explicatifs en anglais  détaillent  la formation géologique du site, et renvoient vers les formes  les plus anthropomorphiques , aux noms poétiques : rhinocéros contemplant la lune, femme attendant son époux, cygne regardant au loin …Pendant  plus de cinq  heures, et sous un soleil radieux, nous allons parcourir le site à travers le dédale de pitons rocheux  .Toute la partie ouverte est ceinturée  par une route bétonnée , mais de multiples  chemins la  traversent aussi de part en part  , et à notre grand plaisir, nous n’y croisons quasiment personne ! En fait nous réalisons  que la visite  consiste pour l’immense majorité des gens  à faire le tour sur la route principale  et à mitrailler ,depuis les  navettes électriques qui se suivent à la queue leu leu, les rochers avec leur appareil ou leur téléphone ….Je n’aime pas généraliser  mais nous avions déjà remarqué cette tendance des Chinois à peu marcher .Sur les milliers de personnes qui étaient en même temps que nous sur le site aujourd’hui, nous avons du en croiser cinquante au maximum  sur les chemins transversaux ,  chemins eux aussi bétonnés  et aménagés comme toujours en Chine , attention, on n’ est pas là dans la randonnée sauvage !

En s’éloignant un peu, on voit qu’une partie du site est cultivée ; ce sont à priori des plantations de l’arbre produisant les «  fraises de Chine » .Les terrains sont rocailleux,  nous croisons sur notre route des conifères et même tout un petit bois de mimosas en fleurs….il ne manque plus que le chant des cigales pour se croire en pays méditerranéen …Au final, une superbe balade ,  surement des courbatures demain et, sans surprise un coup de soleil pour toutes les deux !

En arrivant à 20 heures à Kunming, nous allons tout de suite récupérer notre linge propre, puis nous offrons un repas au même petit restaurant que ce matin. Tandis que Justine  se régale de pâtes au pesto, je prends une pizza fromage, avec le fromage de chèvre du Yunnan, c’est fort bon !

Lundi 10 Février : Kunming-Dali

Voilà une journée sans grand intérêt, il y en a ! Nous voulions ce matin visiter le musée des minorités du Yunnan, mais découvrons juste avant de partir qu’il est fermé le lundi .Donc nous trainons un peu, exportons des photos,  refaisons nos sacs, avant de prendre un taxi vers la gare de l’Ouest. Là, même topo que l’autre jour, une femme nous emmène tout de suite dehors , vers un bus qui part tout de suite vers Dali, notre prochaine destination .Nous avons évité les longues listes d’attente, mais probablement pas bénéficié de la meilleure compagnie : le bus est vraiment  vieux et sale ….Cinq heures de voyage avant d’arriver à Xiagan, qui est la capitale de la préfecture de Dali, à 14 kms de la vieille ville de Dali  vers laquelle nous  repartons illico …Un moment de galère à tourner avec tous nos bagages pour trouver la guesthouse …En revanche, celle –ci, que j’ai réservée hier soir, est vraiment agréable et confortable. Elle est tenue par un Australien et on y trouve tous les petits tuyaux et services qui rendent le voyage plus facile …et même des couvertures chauffantes dans les lits ! Il fait en effet bien plus froid, et après avoir  mangé quelques brochettes et nouilles dans la rue (  des gros vers blancs étaient proposés  mais ne nous ont pas tenté) , nous apprécions de nous mettre  dans la cour  autour d’un brasero…Nous y buvons  gin-tonic et mojito  bien mérités tout en admirant les étoiles….

Mardi 11 Février : Dali

Un bon petit-déjeuner avec un latte caramel et du pain fait maison avec miel et beurre, ça fait plaisir ! Justine innove avec des toasts au fromage( de chèvre ?)  fondu, c’est une production locale . Il fait plus froid ce matin, 8° seulement. La guesthouse propose plein d’activités et d’excursions et nous décidons de partir pour la journée  et pour un tour du lac incluant la visite de plusieurs villages. En effet Xiagan et Dali se trouvent sur les rivages du lac Erhai, un grand lac de  42 kms sur 6, en forme d’oreille. Le lac est entouré de montagnes, de collines et de rizières qui descendent en pente douce vers ses berges, et le tour nous permet de voir que ses riverains vivent encore d’une façon très  rurale et traditionnelle, notamment de la pêche et de la pisciculture. Nos compagnons de voyage sont très agréables, ce sont un étudiant en médecine espagnol  et un architecte né en Chine mais habitant depuis 8 ans à New-York, qui  va  donc nous faire  les traductions, c’est bien pratique !

Nous commençons par la petite ville de Xizhou, au bord du lac,  bourgade pittoresque et très vivante, avec beaucoup  d’éventaires en plein air. C’est l’ethnie Bai qui vit dans la région de Dali. Comme les Mongols, ils  traient les vaches, consomment leur lait et font plusieurs sortes de fromages. Sur le marché,  le fromage  de chèvres  est conditionné et vendu en longues bandes,  il y a aussi de bons petits pains fourrés de lardons et de ciboulette ! Nous visitons une maison traditionnelle bai, un peu délabrée mais dont les propriétaires sont adorables..  Que je voyage seule avec Justine préoccupe les vieux Chinois, ce n’est pas la première fois qu’on lui demande où est le papa ! L’autre jour on lui a dit  textuellement qu’il fallait me trouver un homme pour que je sois plus heureuse ! Ensuite  le chauffeur nous emmène visiter une fabrique de batik, il y a de jolies choses  avec des motifs blancs sur fond d’indigo, j’admire les centaines et centaines de petits nœuds …Puis  nous décidons  tous les quatre de rajouter un arrêt pour assister à  la pêche avec les cormorans, sur laquelle nous sommes plusieurs à avoir vu un reportage, et qui se pratique dans le lac..Les pêcheurs  mettent en effet dans la gorge des cormorans un petit dispositif qui les empêche d’avaler les poissons qu’ils attrapent, en revanche  les oiseaux sont récompensés lorsqu’ils ramènent leur butin aux pêcheurs et ils pêchent donc pour ceux-ci. Las,  la soi-disant découverte est vraiment un attrape-touristes : ramant  parmi une dizaine de bateaux de touristes chinois  en gilet orange,  nous verrons en tout et pour tout  mais de très loin un cormoran ramener un poisson, et si la balade sur le lac est agréable, ça ne vaut pas du tout les 90 kuai  du ticket. En y réfléchissant, c’est d’ailleurs la seule fois où nous avons le sentiment de nous être faits avoir  en Chine, où les prestations sont plutôt sérieuses. Mais la journée continue d’une manière très agréable, avec un grand soleil, de très jolis paysages, le pique-nique pris à l’ombre d’un temple  où nous voyons des fidèles préparer le sacrifice  d’une poule. Notre dernier arrêt nous permet d’admirer une jolie pagode sur une petite  île, des centaines de mouettes y sont rassemblées  et tout autour  des femmes font frire   crevettes et alevins sur des braseros de fortune, (cela me rappelle le lac Titicaca !) ainsi que des omelettes aux crevettes, je me laisse tenter ! En rentrant vers 17 h, nous voyons quelques rares  courageux qui se baignent dans une partie du lac aménagée, je n’ose imaginer la température … ;

Comme demain nous partons crapahuter dans les montagnes  avant de reprendre un bus en soirée, nous n’avons que la fin de journée pour découvrir la vieille ville de Dali et donc nous repartons tout de suite  à pied : quelle belle ville , très joliment restaurée et préservée, derrière ses  vieux remparts  de pierre grise et ses  quatre grandes portes traditionnelles …Les ruelles pavées sont bordées  d’élégantes maisons basses , toutes les toitures sont en  ailes d’hirondelles. Bien sur c’est très touristique,  et on va d’une échoppe à l’autre, dans les multiples couleurs des productions des minorités  , mais la ville a conservé son charme et nous nous y promenons  avec grand plaisir avant d’y manger  quelques nouilles frites .Puis  retour à notre  guesthouse où  nous achetons le billet de bus pour demain soir .Finalement, nous nous offrons un verre à nouveau avant de nous occuper de nos photos et récits .

Mercredi 12 Février :Dali-Lijiang

Qu’il est agréable de dormir sous nos couvertures chauffantes ! Cela ne nous a pas empéché d’entendre les rafales de vent cette nuit …Aujourd’hui nous avions prévu de faire une agréable randonnée  dans les montagnes Cangshan, qui dominent la région de leurs 4122 mètres. Nous devions pour cela prendre un bus puis un mini van pour rejoindre un temple , faire une première grimpette pour atteindre un sentier  empierré suivant la montagne pendant dix kilomètres avant de redescendre à un autre endroit par une télécabine .Malheureusement lorsqu’après notre  petit-déjeuner , nous  voulons prendre les tickets, la télécabine est arrêtée à cause du vent …Ce sont les impondérables des voyages ! On décide  donc d’avancer notre départ vers Lijiang, et  16 h 30 étant l’heure du premier bus ayant encore des places, nous repartons  nous promener à Dali. Cela ne fait que conforter notre plaisir à découvrir  la ville , décidément charmante,  et on en profite aussi pour prendre le temps et faire des trucs de filles, une manucure, des atebas pour Justine …Puis on retourne manger à la guesthouse, s’y poser un peu, discuter à droite et à gauche, ça fait du bien aussi …Le bus est comme l’autre jour très simple , avec des dossiers fixes et bien raides, alors  que j’avais pris le « bus de luxe  » mais pour trois heures,  c’est supportable. Les paysages entrevus sont essentiellement ruraux, et les montagnes nous entourent de toutes parts  tout au long du voyage. Lijiang semble enfin apparaître comme au milieu de nulle part .Avec ses 2400 mètres d’altitude il y fait encore plus frais  lorsque nous arrivons à la nuit. Première déconvenue : le premier chauffeur de taxi, aimable comme une porte de prison,  nous  éjecte de sa voiture alors que nous  y avions déjà mis nos bagages, sans que Justine puisse réellement comprendre pourquoi .Les accents  en Chine sont si prononcés que tous les programmes de la télévision sont en permanence sous-titrés en chinois afin que toutes les provinces puissent les comprendre ! Le deuxième chauffeur de taxi  est plus avenant et explique  que les véhicules sont interdits de nuit dans la vieille ville, il va nous poser à une de ses  entrées. Nous faisons donc un kilomètre à trainer nos bagages sur les pavés cahotants  et c’est assez fatiguées et  excédées que nous arrivons à notre hôtel, une ancienne maison naxie aménagée et tenue par une gentille famille. Côté logement, c’est bien mieux  cette année qu’il y a deux ans où nous avions des difficultés à trouver des chambres triples ; pour le moment j’ai  trouvé  sauf à Yuanyang des chambres confortables à moins de 20 euros .Celle-ci offre même un petit-déjeuner continental, nous verrons demain  ce qu’il en est !

Notre traversée de la vieille ville  nous ayant néanmoins permis de constater  sa beauté et son animation, nous décidons tout de suite de ressortir ! Là aussi, comme Dali, quelle ville merveilleusement restaurée  (après le grand tremblement de terre  de 1996) et attractive ! Nous verrons mieux demain mais apprécions déjà l’animation …Partout  des restaus que je n’ose qualifier d’occidentaux, les touristes étant tous chinois, mais  de jolis restaus disons,  partout des bars avec de la musique…Et pour nous réconforter de notre difficile transfert, nous nous offrons de sushis  dans un restaurant japonais, avant d’aller plus loin écouter de la musique en live avec un cocktail…C’est comme souvent ici très sirupeux  et romantique  mais j’aime bien…Rentrant  vers 23 h, nous nous arrêtons  dans plusieurs agences de voyages, encore toutes ouvertes, afin de nous renseigner  sur le trajet vers Chengdu, notre destination du Sichuan. Personne ne parle un mot d’anglais, mais on nous explique dans trois agences que contrairement aux notes du Routard, il n’y a pas de bus vers Chengdu car il faut traverser des montagnes très élevées, et que donc la seule solution est l’avion, à 1000 kuai…Aïe, problème :en dernier moitié  de voyage, nous avons bien plus que les 20 kilos de bagages autorisés …Cela m’interroge quand même car le guide  bien  que datant de 2011-2012 est généralement fiable, d’autre part notre hôtesse vient de nous dire que  randonner dans les gorges du Tigre n’est pas possible sur deux jours, alors que nous savons  de façon certaine que l’Espagnol l’a fait très récemment , donc on  ne peut que se demander  si les renseignements donnés  sont bien objectifs ….C ‘est un peu ennuyées quand même que nous nous glissons sous nos couvertures chauffantes !

Jeudi 13 Février :Lijiang

Le petit-déjeuner  est une bonne surprise : petite salade de crudités, œuf  poché et bacon, pour accompagner le café au lait et les toasts. Malheureusement je n’y fais guère honneur car je me sens assez barbouillée, probablement les sushis crevettes  car Justine qui n’avait pas pris ça est en pleine forme !En sortant de l’hôtel, nous  nous arrêtons tout de suite à une agence et là, bingo , le gérant nous annonce qu’il y aurait bien un bus pour Chengdu .Il en profite pour pousser son avantage en essayant de nous vendre un tour d’un jour  vers les gorges du Tigre , avec  selon le fonctionnement local cohortes de Chinois disciplinés, guide à mégaphone et petit drapeau …Amélie et moi  avions choisi de faire cette expérience en conscience lors de notre première approche de la Grande Muraille, et je ne regrette pas, c’était vraiment drôle , mais là ce n’est pas du tout ce que nous voulons..Nous prenons donc un bus local pour  aller à la gare routière, et là  c’est confirmé, ce bus  journalier avec départ  à 13 heures existe bel et bien, c’est un bus-couchettes mais sans WC  et  il rejoint Chengdu pour 330 kuai   et ….  en 24 heures !! Là nous prenons quand même  le temps de nous concerter ! Je crois que même  à Madagascar il y a 22 ans, en Bolivie  avec le bus 4×4, ou en Pérou  l’an dernier  avec Charlotte   je n’ai jamais  fait aussi long ! Finalement, après avoir soigneusement choisi nos couchettes  en évitant le « sarcophage » du fond, nous achetons nos billets pour dimanche 16. Le sort en est jeté ! Cela nous laisse deux jours pour marcher dans les gorges du Tigre, et nous prenons donc également les billets qui nous permettront  demain matin de rejoindre Quiatou en deux heures.

Une bonne chose de faite…ou pas : nous verrons ! En tout cas ce trajet de dimanche sera une expérience !

Il est temps maintenant d’aller nous promener dans la vieille ville de Lijiang, et nous découvrons avec le soleil mais l’air vif des  montagnes une vieille ville pleine de charme et de caractère, un dédale piétonnier de ruelles tortueuses bordées de vieilles maisons basses … Des petits ponts de bois enjambent les nombreux petits canaux qui irriguent ce centre historique, canaux non navigables  comme à Zhouzhang mais qui donnent néanmoins un caractère unique à la ville .Soyons clairs, c’est très très touristique, on se croirait au Mont Saint Michel ou à Saint Paul de Vence, les rues  pavées et piétonnes ne sont qu’une succession  de boutiques de mode, de magasins de musique avec  de jolies filles jouant des tambours, d’échoppes d’artisanat  dédiées essentiellement aux minorités, de restaurants et bars, mais  l’ensemble est joli et de bon goût et pour nous cela reste très « exotique », on a du croiser quatre ou cinq occidentaux ! Malgré l’affluence, nous découvrons en quittant les voies principales de petits quartiers bien plus tranquilles, et même  un vrai marché de fruits et légumes tout ce qu’il y a de plus authentique . A la surprise et au ravissement de Justine, elle y trouve du jambon de pays  local dont elle se fait couper une tranche ! Pour le reste, on trouve fraises, ananas, pommes et mandarines, aussi bien que canne à sucre et raisins, et quantité de légumes locaux . Les jolies perspectives du marché sont dominées par les  5600 mètres enneigés de la montagne du Dragon de Jade….A dix minutes de marche de la vieille ville, nous allons ensuite faire la photo classique  d’un joli pont et de ses arches se reflétant dans l’eau  claire d’un étang, toujours sur fond  de sommets enneigés . Des cochons de lait sont en train de rôtir sur des grilles, c’est un met  de la région. Je préfère jouer la prudence pour être en forme demain et me contente d’un Coca au Mc Do ! Puis nous marchons  vers le musée Dongba qui présente la culture naxi, celle-ci nous semblant vraiment digne d’intérêt. Lijiang  est en effet la capitale du pays naxi, «  une  minorité ethnique très particulière,  aux traditions anciennes et matriarcales ».Dongba est le nom des chamanes naxi, et j’ai lu sur le guide que le musée, en plus de présenter  classiquement figurines, peintures sur bois ,etc    conserve 30 000 manuscrits pictographiques qui  renferment toute la mythologie et le savoir ancestral des Naxi…Hélas, lorsque nous y arrivons , le musée est fermé : décidément nous n’aurons pas eu de chance avec  les musées durant ce voyage ! Nous essayerons peut-être d’y retourner  dimanche matin si nous sommes courageuses …et pouvons encore marcher après notre rando de demain !

Le froid tombe vite dès que le soleil s’est couché, il fait nuit vers 19 heures à peu près, et à  20 heures, je suis déjà au lit sous ma couverture chauffante  pour raconter mes deux dernières journées et lire un peu  .Pas de grasse matinée en perspective demain …

Vendredi 14/ samedi 15 Février : Tiger Leaping Gorge

A 7 heures, nous avalons notre petit-déjeuner  et partons prendre le bus vers Quiatou, départ de la randonnée dans les gorges . Le temps de faire le trajet, de prendre les billets, et le bus nous pose directement  au départ du sentier dit « du haut », avec une carte sommaire . On achète pour 5 kuai un bon bâton de bambou  et nous voilà parties !Il est onze heures , et très vite, nous nous élevons au dessus du fleuve Yang tsé Kiang et de ses eaux turquoises.

Cela monte dur, et  d’emblée nous sommes suivies par des cavaliers nous proposant leurs mules. Régulièrement, aux endroits offrant les plus beaux points de vue,  nous rencontrons de petits étals offrant bouteilles d’eau et barres chocolatées, avec un écriteau comminatoire comme quoi il faut acheter quelque chose pour avoir le droit de prendre une photo ou d’utiliser les toilettes publiques ! Mais quelles toilettes : un caniveau de béton, certes, mais avec une vue extraordinaire sur les gorges ! Deux jeunes randonneurs chinois qui, n’ayant pas trop d’argent, s’y sont hasardé sans rien acheter, se font d’ailleurs copieusement enguirlander par  la tenancière d’un stand. Au bout d’un moment, nous rencontrons  un  grand groupe très organisé de randonneurs bien équipés. « Il serait  très étonnant que ce soit  des Chinois ! » pensons-nous toutes les deux. Bingo : ce sont des Coréens qui voyagent régulièrement pour faire randos et treks.  Nous continuons notre montée, et les premières heures sont vraiment difficiles car cela monte raide… Bien sur je suis la cible privilégiée  des cavaliers  qui proposent continuellement à Justine  de » faire monter  maman », ce que je comprends facilement sans traduction et qui me vexe fort J ! A mi-chemin, une auberge nous tend les bras et c’est avec plaisir que nous  mangeons  un brin, avant de repartir par un sentier plus large .Les montagnes granitiques nous entourent , nues et escarpées, alors que quelques fermes apparaissent dans un paysage qui m’évoque le Népal .La carte qui nous a été donnée n’est pas très claire, et alors que le soir tombe, nous nous demandons bien combien d’heures de marche nous attendent encore, mais nous finissons par arriver à la nuit au gite d’étape prévu. Il y a beaucoup de randonneurs et le personnel est aimable comme une porte de prison, mais nous avons une chambre double et  le repas chaud  autour du poêle est vraiment apprécié !

Le lendemain, pas de réveil à l’aube : nous prenons un peu de temps avant  de repartir. Plus de dénivelé positif: nous commençons par  des sentiers à flanc de falaise, entrecoupés par moments de cascades, avant de redescendre vers la route dite «  du bas »,  goudronnée et qui est quasiment au niveau du fleuve. C’est de cette route, atteinte en trois heures environ, que part un autre sentier menant en deux heures au point du «  tiger leaping », l’endroit le plus étroit des gorges, faisant référence au saut légendaire d’un tigre. Il faut encore deux heures pour cet aller-retour , alors que  les deux jeunes randonneurs chinois du début abandonnent par manque de temps et d’argent ( alors que la somme supplémentaire est si dérisoire que je leur ai proposé de payer pour nous quatre) ,  nous nous demandons si cela nous laisse le temps d’avoir le bus de retour, mais nous ne sommes pas venues de si loin pour ne pas aller au bout et entamons la dernière descente, bien raide d’ailleurs . Le fameux point  étroit n’a rien d’exceptionnel, et ce qui a fait l’intérêt de la randonnée, ce sont bien davantage les magnifiques points de vue sur les gorges depuis les montagnes, mais ainsi nous aurons tout vu ! Nous avons en remontant la chance d’attraper immédiatement un bus qui nous ramène à Quiatou puis dans la foulée à Lijiang

Dimanche 16 Février /Lundi 17 Février  :Lijiang-Chengdu

Pas de courbatures ce matin, j’en conclus que nous pouvons être fières de nous, ou alors que la rando n’était pas si difficile ! En revanche, voici en ce dernier quart de voyage  le moment venu où je dois  1) me forcer pour continuer à écrire  mes aventures….et  2) commencer à monter sur ma valise pour la fermer !

Après le petit –déjeuner auquel je fais pour une fois honneur ( même si je vais éviter de boire pour les 24 heures à venir !), nous essayons d’optimiser les sacs  avant de partir en taxi vers le musée Dongba….Nous serons hélas un jeu justes en temps, mais le musée est intéressant et les pictogrammes tout à fait fascinants .Puis nous revenons chercher les bagages, et cette fois-ci , instruites par l’expérience, nous avons commandé un triporteur qui nous les amène jusqu’ à la porte Sud d’où nous pouvons rejoindre en taxi la gare routière . Nous voici devant notre bus, effectivement sans WC et qui a déjà longuement vécu. J’évite soigneusement de regarder les pneus..Comme à chaque trajet, on nous fait ensacher nos chaussures et à l’heure dite, nous nous ébranlons  vers  Chengdu et nos 24 heures de voyage …Le Routard ne fait pas de commentaires sur le trajet routier, que les touristes ne doivent pas être nombreux à utiliser ; il évoque en revanche la ligne ferroviaire , dont j’imagine qu’elle passe aux mêmes endroits  pour franchir les montagnes, en la disant «  une des plus belles de Chine, jalonnée par  427 tunnels et 653 ponts » !

Et nous voici tout de suite dans la montagne, sur une petit deux-voies sinueuse…Je réalise après une heure et déjà des centaines de virages que cela va être effectivement long ! De plus, nous avons les deux premières couchettes du haut, à droite et à gauche, ce qui serait parfait  si  chauffeurs et accompagnatrice ne  fumaient à l’avant. Nous croisons quelques villages ou villes, des vallées fertiles, apercevons des carrières de pierres, des cultures en terrasses, des dizaines de tombes à fleur de collines, mais régulièrement nous  ne sommes plus entourés que du minéral des montagnes…Toutes les trois heures, le bus s’arrête pour un rapide arrêt pipi, et  vers 6 heures, ( les Chinois mangent tôt), nous arrivons dans un petit troquet où le repas est déjà prêt pour nous. Riz, salade pimentée et deux plats en sauce pour 20 kuais , trois euros et demie et  pour 25 minutes d’arrêt montre en main, chaussage et déchaussage général compris.

Mais nous ne repartons pas après le rapide arrêt de 1 heure du matin, et le bus reste à l’arrêt jusqu’à vers 6 heures. Je glisse  dans le sommeil vers 3 heures, après avoir lu, dans les ronflements et les remugles de la promiscuité, mais appréciant néanmoins le  calme après les cahots des dernières heures, où la route était terriblement abimée .Inutile de dire que je n’ai pu à aucun moment utiliser mon notebook pour taper ! Tout le monde est bien blotti sous les épaisses couettes fournies, on apprécie !  A 6 heures, nous repartons avec le deuxième chauffeur .La route est meilleure, elle devient même par moments une autoroute et  je ne compte plus les ouvrages d’art, dont de très nombreux tunnels.. Ma référence récente étant celui de Foix, je dirais que la plupart font un ou deux kilomètres …. Mais c’est plus tard que je vais avoir un choc, en réalisant que nous roulons dans un paysage enneigé , et que la route elle-même , si elle est damée par les voitures, est néanmoins recouverte de neige . Cela ne semble pas troubler nos chauffeurs, qui sont jeunes mais paraissent  expérimentés. Nous ne nous arrêterons qu’une fois ensuite, mais juste pour passer aux toilettes, pas de petit-déjeuner ni de repas, et  c’est à 13 heures, exactement comme prévu, que nous arrivons finalement à Chengdu.

Là changement de décor puisque le centre ville fait 5 millions d’habitants, qu’il y a 10 gares routières , et que nous débarquons dans une ville grisâtre, dans une cohue indescriptible  et un froid polaire…Après avoir essayé  trente minutes d’attraper un taxi , et s’être fait refuser par quelques-uns, nous finissons  par partir avec un triporteur unijambiste  qui est charmant mais va bien tourner avant  de trouver notre adresse ..Cette fois-ci, j’ai réservé un appartement  pas loin du centre, et ce n’est pas notre meilleur choix mais au moins il y a de la place, avec un salon indépendant et une mini cuisine avec lave-linge .Il est déjà 15 heures et après avoir posé nos bagages et consulté nos mails, nous avons très faim !!! Nous nous faisons indiquer le MacDo le plus proche, et oui, nous assumons !! C’est même la première fois de ma vie que je vais prendre deux double-cheeze !! Nous sommes tout près des rues commerçantes et allons ensuite flâner dans un centre commercial rempli de centaines de petites échoppes, nous y trouvons du parfum «  qui sent comme…. »  ..Mais qu’est-ce qu’il fait froid ! Heureusement  une clim réversible réchauffe la chambre, et bien vite nous sommes dans le lit sous la couverture chauffante, tandis que je papote un peu avec Linda et avec Charlotte  <3

Mardi 18 Février : Chengdu

Sans doute nous doutons-nous que le début de  journée serait moyen, nous ne nous pressons pas de nous lever …Il nous faut néanmoins organiser les cinq jours à Chengdu et dans les environs, et pour cela le Routard recommande  certaines auberges de jeunesse qui offrent tous les services et organisent des tours. Nous décidons donc de partir à la recherche d’une d’entre elles, le Loft, et d’essayer d’y réserver les nuitées restantes. Tant pis, nous referons les bagages ! En effet, même si notre quartier très central offre des avantages, nous n’aimons ni l’appartement ni le fait de nous sentir si isolées.

S’ensuivent  alors deux heures de galère où un, deux taxis  ne comprennent pas où nous allons, nous laissent au mauvais endroit, où nous marchons à perte de vue dans des quartiers sans intérêt…Finalement, alors que nous sommes proches du but mais encore perdues  et pour tout dire un peu énervées( et en fait il y a une erreur dans l’adresse du guide !), un jeune chinois s’approche de nous et demande en anglais ( c’est quand même la seule fois du voyage !)  s’il peut nous aider, et si par hasard nous n’irions pas au Loft où il travaille ..Notre sauveur ! Cinq minutes après, nous sommes attablées devant un délicieux café et en train d’organiser  notre séjour avec une équipe anglophone : c’est assez rarissime pour être apprécié ! L’AJ , une ancienne imprimerie réaménagée, est vraiment géniale !

Aller voir les pandas géants et le Grand Bouddha  à Leshan ne posera pas de problèmes, nous achetons aussi un ticket pour un spectacle d’opéra du Sichuan ce soir et réalisons que nous avons le temps en deux jours de monter à Emeishan ( le mont Emei) .Pour ces montagnes, la guesthouse ne commercialise qu’un tour chinois, rempli de Chinois, avec un guide chinois,   et la responsable elle-même  nous le déconseille clairement.  D’un autre côté,

Justine a envie de voir Emeishan, et le prix de 120 euros par personne comprend tous les transports, entrée du parc, téléphériques, hébergement, pension complète…pour  deux jours pleins, donc  ça changerait d’être prises  en charge , surtout avec le froid qu’il fait, et je suis prête à faire l’effort .Mais même cela serait trop simple : quand la personne téléphone pour nous, le prix  est passé à 1350 kuai au lieu de 1000, spécialement pour nous aussi ! Explication : nous ne sommes pas la bonne cible pour toutes les boutiques visitées en chemin !

Cela nous fait plutôt rire, et à ce moment le seul Occidental de la guesthouse  vient nous parler, c’est un Français et il revient des Emeishan !  Cela vaut la peine, nous dit-il, pour peu que l’on soit bien couvert , car il a marché sous une tempête de neige, et ce n’est pas difficile à organiser par soi-même. Nous décidons donc d’attendre un peu pour nous décider, et en attendant partons visiter le temple Qingyang Gong. Cela signifie temple des chèvres de bronze et bien évidemment il tient son nom  de deux chèvres accroupies. L’une est bizarre car  son corps est une combinaison des douze animaux du zodiaque, avec des oreilles de rat, des pattes de tigre…A part ça, c’est un temple , agréable avec sa succession de cours et de pagodes, mais un temple de plus , et nous décidons  de ne pas en visiter d’autres ! A la place, nous partons visiter le musée du site de Jinsha . Ce qui est exceptionnel avec la Chine, c’est que des découvertes majeures n’ont été faites que récemment, comme l’Armée enterrée en 1974, mais ce n’est pas fini ! C’est en 2001 que le site de Jinsha  a été découvert , il correspond à une ville établie ici-même de 1200 à 650 av. JC et c’est un site funéraire majeur  par la qualité  et le nombre des pièces retrouvées .Si la zone de fouilles, protégée comme à Xian par un gigantesque hangar, n’offre à nos yeux de profanes rien de bien impressionnant, le musée en lui-même est hypermoderne, esthétique , avec  des pièces bien mises en valeur et des légendes en anglais.

C’est d’autant plus intéressant que nous allons demain visiter  Sanxingdui. Là je cite le guide in extenso : «  Ces vingt dernières années, plusieurs découvertes de premier plan au Sichuan font émerger une culture encore très mystérieuse. De nombreuses similitudes  dans les pièces exhumées  suggèrent que Jinsha se développa tout de suite après la chute de  Sanxindgui , soit un nouveau maillon de cette civilisation  Su… que l’on fait aujourd’hui remonter à plus de  5000 ans avant JC » ….Quand même !

Sur le chemin du retour, nous flânons à nouveau dans les boutiques, achetons des chaussures et quelques bricoles…Les soldes en Chine ont de quoi faire tourner la tête  de deux nanas normales…Hélas, mon sac, quoique doté de capacités d’ingurgitation impressionnantes, arrive à ses limites de contenance et de poids , même en montant dessus J Nous n’avons que le temps de déposer nos achats à l’appartement avant de repartir à pied vers le théâtre où a lieu le spectacle d’opéra. Cela n’a d’ailleurs rien à voir avec l’opéra tel que nous l’entendons, mais c’est une succession  de courts spectacles.

Dès que la représentation  commence, nous sommes sous le charme ! Nous assistons pêle-mêle à du comique populaire,  du mime, du théâtre d’ombres, quelques pièces chantées,  des acrobaties, du maniement de marionnettes… les costumes sont magnifiques, c’est un moment de pur bonheur, hélas trop court, une heure dix !Très impressionnants  et typiques du Sichuan , nous admirons les changements de masques , parfois cinq ou six successivement, qui se font en un éclair, juste le temps d’un battement des manches bouffantes ….Soirée magique vraiment, nous nous couchons avec des images plein les yeux …

Mercredi 19 Février : Chengdu

Le matin, nous rassemblons nos affaires et allons rendre la clé au gérant,-qui nous ouvre en pyjama !-avant de rejoindre le Loft et d’y prendre un bon petit-déjeuner continental. Nous avons réservé un minivan pour rejoindre à 40 kilomètres  Sanxindgui, dont l’accès nous aurait pris trop de temps autrement. Le chauffeur conduit «  à la chinoise », passant sans arrêt d’une voie à l’autre sur l’autoroute , et fonçant à  coup de klaxon commitatoire sur les  routes plus étroites. Après le centre moderne et  les banlieux nettement moins jolies, nous voici dans la campagne, parmi les cultures maraichères : les paysans y ramassent poireaux et choux, les triporteurs les transportent …Dommage qu’à Sanxindgui, on n’ait pas accès aux fouilles elles-mêmes mais le musée  qui expose environ un millier de pièces, essentiellement du bronze, est intéressant. C’est en 1996 qu’a été dégagé  un mur enserrant une ville de 12 km2 de superficie, la plus grande de ce type en Asie , et les spécialistes  considèrent cette  découverte comme plus importante que  celle de l’armée de terre cuite de Xian. N’étant pas spécialiste, je n’ai aucun scrupule à avouer  que celle-ci , ainsi que « l’armée pacifique » de Han  Yangling que moins de gens connaissent , offrent un spectacle autrement plus remarquable .Néanmoins, il y a ici de fort belles pièces : un arbre divin de 4 mètres de haut , de magnifiques tablettes de jade finement ornées, quelques belles statues, et surtout les  masques d’or  énigmatiques, aux yeux saillants, où certains ont vu des extra-terrestres….Le musée est quasiment désert, ce qui  est plutôt bien pour nous …Au retour, nous demandons au chauffeur de nous laisser au centre, à Tianfu Square. Nous voulons manger un morceau, chercher des gants et bonnets pour demain (j’ai laissé mes mitaines au théâtre), et je voudrais aussi voir si je trouve un manteau pour remplacer le mien ou plutôt celui de Sophie. Hier en effet la fermeture Eclair  s’est cassée, plusieurs dents ont sauté et remplacer une fermeture en France reviendrait plus cher qu’un modèle basique ici, voici comment on nous incite au gaspillage …Soudain  Justine voit une échoppe où une couturière pique à la machine, et on lui demande si elle pourrait changer  la fermeture ; On avait essayé hier ailleurs  mais on s’était fait proprement jeter ! La dame nous envoie à deux pas voir un cordonnier qui travaille sur le trottoir ; celui-ci prend le manteau, regarde la fermeture éclair et à notre stupéfaction, commence à la réparer ! Il a plusieurs fermetures de différentes tailles  qui lui servent de réserve et avec de minuscules tenailles il prélève quelques dents de taille adéquate qu’il fixe  une à une sur la fermeture abimée..Puis il affine, aplatit, polit, jusqu’à un résultat parfait .J’en profite pour lui montrer les deux poches que je ne peux plus fermer, car du tissu s’est pris dans la fermeture, et avec un tout petit outil, il répare cela aussi, pour 20 kuai ( 2, 5  euros) … et mes remerciements enthousiastes ! Voilà le genre de petit détail qui m’émerveille et illumine ma journée ! Si j’avais le temps, je pense que je trouverais ici  quelqu’un pour réparer le volet coulissant de mon compact, qui ne coulisse plus !

Nous sommes ravies ensuite de profiter des  agréables espaces communs de la guesthouse  pour  utiliser l’ordinateur, exporter des photos, tout en prenant un verre .C ‘est pizza  sans bouger ce soir, avant la nuit en dortoir , petit sacrifice , nous n’y sommes que trois !

Et demain, si nous n’avons pas changé d’avis, départ pour les montagnes pour deux jours .On y  a vérifié les températures : de -7 à – 2…..

Jeudi 20 Février : Mont Emeishan

C’est plutôt probablement le mont Emeï , puisque shan veut dire montagne en chinois. Donc  au matin on se prépare soigneusement …Sous mon jean, j’ai un collant de laine et un leggings, sous mon pull  je mets un  fin tee-shirt à manches longues, plus un plus épais ! J’ai bonnet, écharpe, mitaines et gants …et un blouson dans mon sac, prêt à se glisser sous mon manteau en cas de vent glacial…Le français de l’autre jour ayant randonné dans un froid  polaire et sous une tempête de neige, il vaut mieux être parée ! Aux pieds, je  porte les grosses Doc qu’Amélie m’a demandé de lui ramener : comme elle fait du 41 et moi du 38, cela me laisse la place d’emmitoufler mes petits pieds comme je l’ai fait, plus deux semelles ! Justine est à peu près pareillement couverte, avec peut-être une épaisseur de moins à certains endroits : entre Perth et Hangzhou elle  est plus habituée que moi à l’hiver !

Nous partons avec le métro pour rejoindre une gare routière, mais sans suffisamment d’indications pour trouver la station ce n’est pas le bon plan ! Nous marchons une éternité pour atteindre la station, nous ne sortons pas à la bonne, bref pour garder notre énergie et ne pas perdre de temps  nous prenons ensuite un taxi : quelle efficacité en ce matin !! Mais nous avons tout de suite un bus qui nous conduit en deux heures et demie à Emeishan. Là nous allons manger, achetons comme l’autre jour deux bâtons de bambou et nous faisons confirmer ce que nous pouvons faire dans ces deux jours :  vu la saison et les conditions atmosphériques, le mieux est de prendre le bus dont le terminus amène aux deux tiers du chemin , puis de marcher jusqu’au sommet  en dormant en chemin dans un monastère, avant de redescendre le lendemain par un téléphérique.

Nous achetons donc les billets  pour le bus, et repartons, avec un arrêt pour les billets du parc : ce n’est pas donné, 190 kuai par personne pour l’entrée uniquement . Et dire qu’apparemment plus de trois millions de visiteurs y viennent chaque année ! Le mont Emei est en effet  l’une des quatre montagnes sacrées du pays depuis l’avènement du bouddhisme, il est associé à Puxian, le bodhisattva de la sagesse, et est  par ailleurs classé par l’Unesco.

Le bus va mettre deux heures pour rejoindre son terminus, et je commence à somnoler quand soudainement je réalise que le paysage a changé…Alors que nous ne le voyions pas du tout de la ville, nous sommes maintenant dans la neige. D’ailleurs tous les bus stoppent à un certain point où des chaînes sont mises en cinq minutes et cela se justifie ! Nous ne devons pourtant guère être plus haut que 2500 mètres mais c’est un paysage de montagnes et de forêts enneigées à perte de vue, rendu plus magnifique encore par l incroyable épaisseur de neige qui reste sur les sapins…je crois n’avoir jamais vu un si beau paysage de neige… !.Il fait effectivement bien froid à l’arrivée, les températures sont sans aucun doute négatives vu que la moyenne annuelle au sommet est de 3°, mais ouf, il ne neige pas  ! Nous nous faisons indiquer le départ du sentier, et on nous incite très vivement à louer des crampons. Heureusement car les marches sont toutes verglacées. Nos crampons sont métalliques et nous nous félicitons  très vite de les avoir ! Certains louent aussi des espèces de semelles de raphia tressé, qu’ils attachent  par des ficelles à leurs chaussures. Passé le premier kilomètre, il n’y a pas grand monde et nous nous égarons brièvement un moment, nous contournons en effet un monastère par la droite au lieu de la gauche, ce qui curieusement nous amène dans une station de télésiège  toute ouverte mais  vide et abandonnée, le genre d’endroit où un film américain placerait la bagarre et confrontation finale avec les méchants….Mais nous retrouvons vite le chemin, où nous attendent quelques singes dont certains très gros. Ce sont des macaques tibétains endémiques du Sichuan, et il est vrai qu’on ne penserait pas à rencontrer des singes dans la neige !

Pour le moment, nous continuons vers le monastère de Hongchunping où nous avons prévu de passer la nuit.Au XIV ème siècle, il y avait  à Emeishan  des centaines de monastères habités par des milliers de moines, mais seuls une vingtaine ont survécu aux incendies et à la révolution culturelle.Il est en tout cas courant d’y dormir ou d’y manger, ils proposent tous chambres et dortoirs. Mais  la montée est sévère, les volées de marches s’additionnent les unes aux autres sans interruption, la nuit va bientôt tomber et aucun monastère n’apparaît ! Pire, les rares personnes que nous croisons nous donnent des renseignements contradictoires «  encore une heure » «  encore deux heures » , et lorsque nous croisons un groupe de jeunes Chinois qui , après avoir voulu absolument nous prendre en photo et nous distribuer leurs snacks et madeleines, nous dit qu’ils ont mis une heure et demie pour redescendre, je commence à me demander si nous ne faisons pas une imprudence  ( après tout, il y a des ours en Chine, non ? ) …mais vingt minutes après, nous sommes au monastère…j’avoue que je renonce à comprendre  le pourquoi de toutes les informations erronées que nous avons régulièrement eues !

Le monastère, tout en bois, comporte un temple, un bâtiment de dortoirs , d’autres de cuisine et réfectoire ,  des toilettes moyenâgeuses. Un moine nous donne une chambre, c’est très basique, une table et deux  bat-flancs avec matelas minimaliste, mais deux grosses couettes et la couverture chauffante de rigueur ! Il est trop tard pour manger et nous achetons un bol de nouilles instantanées, on nous amène au distributeur d’eau bouillante que l’on trouve  partout en Chine, même dans les bus  et nous  mangeons nos nouilles autour d’un feu étique dans une toute petite pièce. A vingt heures, nous sommes au lit, avec juste une ou deux épaisseurs de moins, et je m’endors presque tout de suite !

Vendredi 21 Janvier : Emeishan

Il y a  des gongs à cinq heures, et nous entendons   d’autres randonneurs se lever, sans doute pour assister au lever de soleil, mais  un beau spectacle nous parait très hypothétique   vu les brumes d’hier  et nous avons plutôt envie de trainer au lit ! Finalement  vers 10 heures et après un thé très amer ( le sucre est une denrée  peu utilisée en Chine et quasi inconnue dans les campagnes), nous reprenons la route .Il y a plus de monde aujourd’hui, beaucoup de jeunes touristes chinois , et les paysages  de forêts enneigées sont toujours aussi magnifiques. Marcher  dans ces conditions est un privilège ! Après une grosse heure de montée, nous débouchons au sommet…et parmi les groupes de Chinois amenés par le téléphérique ! Le haut, c’est une immense place carrée, comportant le temple doré Jinding et  dominée par un Bouddha  doré de 48 mètres, à quatre faces et dix directions qui est une adjonction récente mais a un joli et doux visage ( au pluriel, donc !)  .Il y a un grand soleil aujourd’hui mais pas assez pour que la vue du sommet, à 3077 mètres, soit dégagée et spectaculaire ; tant pis, nous sommes vraiment ravies de notre randonnée et des changements de décor ! Nous redescendons par le téléphérique jusqu’ au terminal des bus, avec quelques scènes cocasses sur les dernières centaines de mètres à faire à pied car le chemin est encore plus verglacé et tout le monde n’a pas de crampons ! Même nous qui en avons ne faisons pas tellement les fières  pour descendre les dernières volées de marches !Nous abandonnons nos bâtons pour de futurs marcheurs puis reprenons nos bus pour rejoindre Emeishan en deux heures puis Chengdu en trois heures ‘est une longue journée  mais cela en valait vraiment la peine , et cette incursion dans les montagnes hivernales   a été un  changement  bienvenu dans notre périple !Fatiguée et sale, je demande néanmoins  à l’AJ s’il y aune chambre double disponible au lieu du dortoir, il n’y en a pas  mais on nous attribue le dormoir au rez-de-chaussée…ouf, le troisième étage, c’était dur avec les bagages… !.Et puis comme on économise des sous, on pourra en dépenser CQFD J

Samedi 22 Janvier : Pandas et Leshan

Pour être plus efficaces, nous avons réservé un tour aujourd’hui afin de voir  la base de reproduction des pandas le matin et le grand Bouddha  de leshan l’après-midi. Nous partons donc tôt ,( car après 8h30 les pandas sont plus endormis ), dans un minivan confortable avec le chauffeur, une jeune guide anglophone, et trois  autres personnes dont une Mauricienne. Les pandas géants sont endémiques du Sichan et de la région de Chengdu , et  après qu’ils aient failli disparaître pour des raisons diverses (  disparition progressive de leur habitat naturel , suppression de couloirs vitaux entre leurs zones de peuplement….), leur nombre croit à nouveau très lentement  .

Le centre est très intéressant  car on apprend que cet animal cumule les difficultés à se reproduire naturellement : males et femmes se rencontrent très rarement, ne sont pas du tout portés sur la chose et dans la nature la femelle ne peut élever qu’un bébé à la fois. De plus le bébé nait minuscule, (100 grammes), aveugle, et aussi peu fini que le bébé kangourou.Dans le centre ils sont conçus par insémination artificielle et élevés en couveuse et au biberon ! En tout cas les bébés sont absolument craquants quand les soignants les sortent  dans leurs enclos, où ils ont balles et balançoires ;  patauds et amusants, leurs mimioques sont celles d’enfants ! Les adultes sont plus placides, mâchonnant  le ventre à l’air ou  bien assis leurs feuilles de bambou..Nous en voyons vingt ou trente sur la grosse centaine auquel le centre se consacre actuellement et on ne peut repartir qu’enchanté !

Après un repas  basique dans une cafétéria locale, nous allons faire beaucoup de route vers Leishan, à 150 kms de Changdu . Son grand Bouddha ( 78 m de haut) , sculpté dans la falaise en 803, est lui aussi inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.En fait ce n’est pas seulement le Bouddha qui est à voir mais tout le  site dont il fait partie , avec des  pavillons et pagodes , des  niches funéraires, un chemin  spectaculaire et étroit creusé dans la falaise pour donner accès au site..Le routard suggère 4 h de visite ! Malheureusement tout cela va être un peu bâclé, car vu l’étroitesse du chemin  il y  inévitablement la queue et on nous suggère très clairement d’abandonner l’option pédestre pour un bateau nous permettant de voir le site dans son ensemble, sans débarquer …Nous repartons donc assez frustrées, c’est la rançon du tour et de la double journée …A refaire peut-être un jour, qui sait, mais dans d’autres conditions !

En fin de journée, nous demandons à la guide de nous laisser sur la place principale ; nous avons faim, et puis si Chengdu n’offre rien de bien exceptionnel avec son ciel plombé et ses 14 millions d’habitants, l’avantage de rester quelques jours à un endroit est d’avoir le temps d’y prendre ses repères…En l’occurrence, nous voulons retourner dans quelques rues piétonnes et commerçantes .C ‘est le week-end et apparemment les dernières soldes de fin de saison, il y a un monde fou, des rabatteurs à l’entrée de chaque boutique, et objectivement des prix intéressants. Nous achetons quelques affaires, je prends des colliers et des bricoles pour les filles puis nous allons nous faire faire une manucure, c’est bien agréable de se faire un peu chouchouter ! Nous sommes finalement trop fatiguées pour ressortir mais nous offrons néanmoins un verre à la guesthouse , tout en faisant une lessive !

Dimanche 23 /Lundi 24 Février : Chengdu-Shanghai

Le voyage tire à sa fin, c’est l’avant-dernier jour pour Justine ! Nous reconditionnons les sacs ( en gros nous montons dessus !) , et ne quittons l’AJ qu’à l’heure limite de 13 heures. Il nous faut tenir jusqu’à 18 h à peu près puisque notre avion vers Shanghai est en début de soirée, et donc nous repartons en ville , où tout est ouvert et où  nous allons encore faire quelques emplettes ! Le vol Chengdu-Shanghai dure trois heures, heureusement que nous ne le faisons pas en bus, celui-ci-ci !

Il se passe d’ailleurs quelque chose d’amusant alors que nous avons déjà enregistré nos bagages et faisons la queue pour la douane. Soudainement et par hasard je vois que les mots Justine Pascual scintillent sur les écrans d’information au milieu de centaines de caractères chinois ! Justine va se renseigner et nous devons retourner dans une zone de contrôle de bagages car l’un des nôtres s’avère suspect ! Justine se demande bien de quoi il s’agit et stresse, d’autant que le sac est hyper bourré et qu’on ne trouve rien, mais l’employé l’ausculte  avec son appareil et guide Justine, et finalement il s’avère que l’objet du litige était sa batterie portative ! Ouf, nous pouvons repartir et c’est finalement plutôt rassurant  de voir que les bagages sont réellement contrôlés !

Donc à 1 heure du matin nous arrivons à l’AJ où nous avions déjà dormi il y a deux ans, claire, moderne, et surtout parfaitement située, à deux pas de Nanjing road, du Bund et du métro. C’est là que je vais passer mes trois derniers jours, avant et après le départ de Justine qui doit retourner à la fac. Je ferai encore quelques achats, en particulier dans un supermarché dédié à la photo où j’arriverai à faire réparer le volet coulissant de mon compact .

Vendredi 28 Février : retour :

Encore  un merveilleux voyage que j’ai eu la chance de faire avec ma délicieuse fille ! Pas évident pour une mère et une fille de voyager ensemble  pendant un mois  avec mille découvertes, des milliers de kilomètres et (quasiment) sans se prendre la tête J Une fois de plus, j’ai été conquise par la Chine et ses facettes si différentes, et je réalise encore plus après ce deuxième voyage combien j’ai peu vu de cet empire ….J’espère pouvoir y revenir  d’autres fois, il y a encore tant à découvrir….

s

posted under 2014, Travel Diaries

Leave a comment

Email will not be published

Website example

Your Comment: