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« Le monde est bleu comme une orange » (Paul Eluard)

PERU 2012-2013 Mon expérience ayahuasca

March27

Après beaucoup d’hésitations, je décide finalement de publier ce texte , deux mois et demie après les expériences relatées. J’avais lu moi aussi  et au préalable  des blogs  , donc  je rends  avec mon partage  un peu ce que j’avais reçu . …Néanmoins, là comme ailleurs, nos expériences, tant dans le  vécu que dans le ressenti, nous sont totalement personnelles …

Je n’avais jamais entendu parler de l’ayahuasca jusqu’à ce que deux personnes différentes prononcent ce mot en quelques jours, d’abord quelqu’un qui fut et reste important pour moi, et puis un nouvel habitué de la maison, amené par mon nouveau colocataire et ami.

Cela faisait une  forte coïncidence, j’ai  beaucoup lu, parlé sur le sujet et lorsque j’ai décidé en Juin et en 48 h de partir pour ce voyage, il a été tout de suite évident  pour moi  qu’une expérience ayahuasca  le clôturerait.

Ma destination  pour cela était au départ Iquitos mais je n’avais  encore aucun plan bien défini  lorsqu’à Cusco, Charlotte et moi avons croisé Philippe  dans une boutique d’ésotérisme. Il a entendu ma conversation avec le chamane, nous avons commencé à parler, continué la soirée autour d’un repas dans le vieux Cusco, et quelques jours après  Philippe m’a fait connaître Emilio, co-fondateur à Tarapoto du centre Huamanwasi dont lui-même revenait.  J’ai  également rencontré  Romulo, qui travaille avec lui… J’aime  bien la manière profonde mais ancrée dans la raison et l’analyse dont  Philippe  a fait partager son vécu, loin du côté “illuminé / farfelu” qu’on rencontre assez souvent quand même. Je crois aux rencontres et à la façon dont les choses se mettent parfois en place tout simplement  … De plus l’idée  de vivre cette expérience en français, pour des choses si subtiles et profondes, finit de me convaincre. Emilio et Romulo, s’ils sont argentins parlent en effet parfaitement le français.

A l’issue de la rencontre, nous nous sommes mis d’accord à peu près sur tout, et je dois leur envoyer un mail pour confirmer, ce que je fais le 12 Décembre, leur confirmant mon arrivée pour le 27.

Le 26 au soir, Charlotte et moi nous envolons vers nos deux destinations, elle Paris et moi Tarapoto où j’ai réservé un hôtel pour la nuit. Je  suis prête, amis et famille savent que je suis injoignable pour deux semaines  et je suis très curieuse, sans la moindre inquiétude…..

Jeudi 27 décembre :

Et me voici donc psychologiquement prête en cette matinée, mais avec quelques incertitudes  quand même car depuis le 12,  malgré un deuxième mail et des essais pour les joindre par téléphone, je n’ai jamais eu de nouvelles d’Emilio  et Romulo. Je sais néanmoins qu’ils sont revenus au centre car il y a un séminaire en cours avec un groupe, et comme je n’ai pas de doutes sur leur sérieux  j’ai maintenu mon projet. Et alléluia, finalement après le petit-déjeuner, l’appel «  passe » et je peux parler à Romulo….Nous sommes en pleine Amazonie, ils n’ont jamais reçu mes mails et donc pensé que j’avais changé d’avis, (il s’avèrera plus tard que mes messages étaient dans leur corbeille de spams)  mais bien entendu je peux m’intégrer au groupe. Il me faut en revanche me débrouiller seule pour rejoindre le centre qui est officiellement à 18 kms de Tarapoto. Même avec l’aide du responsable de mon petit hôtel, deux moto-taxis refusent d’aller si loin et sur une route si défoncée, mais un troisième accepte. Il me dira plus tard qu’il n’était  jamais allé à San Roqué ! Effectivement,  et même si la forêt équatoriale  se dévoile  en des paysages  montagneux magnifiques, 18 kms en mototaxi sur  les cahots d’un chemin de terre, cela fait long ! La route est déserte et après quelques kilomètres, deux gardes armés de mitraillette sont placés de part et d’autre d’une chaine barrant l’accès, ils expliquent qu’ils sécurisent cette portion de route et demandent une participation volontaire (je leur donne volontiers deux soles). J’interroge mon chauffeur qui sans plus d’explication  pointe deux doigts sur sa gorge… Avouerai-je alors que cela m’ayant rappelé la route Majunga-Tana d’il y a 20 ans, j’ai glissé ma liasse d’euros dans ma chaussure gauche et mon passeport dans mon pantalon J !!!! Nous n’avons eu aucun problème mais la route n’en finissait pas … Finalement après 1h15 de piste, nous avons rejoint le centre et je suis arrivée juste à temps pour partager le déjeuner  avec le groupe, dont je connaissais certains membres depuis Cusco..

Le centre couvre vingt hectares au milieu de la selva  et le site est magnifique, avec plusieurs bâtiments collectifs ou plus intimistes,  un jardin tropical s’enroulant  autour de deux rivières, des zones de repos, de partage ou de prière…Je suis accueillie simplement et chaleureusement  par les personnes qui sont déjà en séminaire ; depuis quelques jours pour certains, plus longuement pour d’autres, et vais avoir l’occasion de parler un peu plus longuement avec certains. Comme dans tout groupe, il semble y avoir quelques stéréotypes de personnalité (la rigolote qui râle  parce que c’est végétarien ou qu’elle a encore faim, la personne sensible et complexe,  celle qui est à fond dans son truc…) mais ma première impression est, ô lecteur si tu avais un doute, qu’il s’agit de personnes équilibrées …

Après le repas et un petit temps de repos, où je m’installe dans l’espace qu’on m’a assigné, nous chaussons nos bottes et partons explorer un autre coin du domaine, en pleine forêt équatoriale. C’est là que sont disséminées la  douzaine de huttes  que mes compagnons investiront demain, ils commencent en effet leur temps de jeûne et je les rejoindrai ensuite. Chaque hutte  est faite entièrement de branchages avec un toit de feuilles, un bat-flanc sur lequel sera posé un matelas, un hamac, un trou dans le sol, fermé d’un couvercle, pour les besoins naturels. Certaines dominent la rivière, d’autres sont  dans des creux ombragés, elles sont toutes différentes  et l’attribution en est tirée au sort. C’est là que nous resterons quelques jours et nuits, en diète, sans montre, sans lecture, et sans avoir l’opportunité de communiquer entre nous, afin d’essayer de mettre notre mental au repos.

Pour moi, avoir l’une ou l’autre des huttes m’indiffère (j’en suis pour le moment à me demander ce que je vais bien pouvoir faire pour passer le temps !)  et je suis amusée et étonnée de voir comme certaines du groupe donnent de l’importance et de la symbolique  à ce choix…Une fois le tirage au sort fait, il y aura  chez une personne une  forte réaction de déception, puis des tractations, un échange….J’hérite pour ma part de la hutte Beijaflor (colibri en portugais) où j’irai après-demain, puisque mon programme personnel sera mis au point avec les responsables  et moi demain matin ..Vient ensuite le moment du « débriefing » de la cérémonie d’ayahuasca de la veille. Chacun s’exprime sur ses visions, son ressenti…certains  ont eu des visions très fortes, très prégnantes, d’autres moins…Pour quelques-uns, cela a été difficile dans d’autres cas, extatique…Beaucoup de scènes, voire de traumatismes, de la petite enfance  semblent être remontées à la surface, il y a eu des pleurs,  et des douleurs physiques…Mais tous sont unanimes à remercier Emilio et Romulo pour la qualité et la profondeur de leur accompagnement. Ceux-ci commentent peu  mais leur analyse est toujours très intéressante. Pour ma part, je vis comme un privilège le fait d’assister à cet échange et de découvrir tant  d’expériences émouvantes et extraordinaires….Mon tour va venir bientôt, je suis impatiente…..

Le repas est non végétarien ce soir, sauf pour ceux qui le souhaitent. Il faut prendre des forces avant la diète. Puis tout le monde se couche très tôt, la plupart sont encore secoués de leur expérience de la veille  et la lumière est limitée… (Mais les douches sont bien chaudes et j’apprécie). Je tape mes impressions et serai la dernière à me coucher, à 21h 30. Je me glisse sous la moustiquaire, dans mon petit lit du grenier, la pluie tombe directement  sur  les tuiles et toutes ces perceptions  me remet en mémoire  la maison de Rancillac …

Vendredi 28 Décembre.

Eh oui, c’est mon « vrai » anniversaire aujourd’hui, et bien que je ne n’en aie jamais aimé la date et l’ai changée, je ne peux le nier, surtout  en vivant une expérience si particulière…Nous prenons d’abord un bon petit-déjeuner très sain, copieuse salade de fruits et jus, pain aux céréales, beurre, fromage, café ou infusion : pas de sucre en revanche, ce n’est pas recommandé avant la diète.  Aujourd’hui, le groupe ( une dizaine, également répartie entre hommes et femmes , et à peu près de mon âge  en moyenne)  se prépare à partir pour les huttes, les sacs sont refaits, moustiquaires et couvertures  sont emportées par les gardiens dont l’un couchera également dans la forêt par sécurité. Romulo et Emilio passeront plusieurs fois par jour donner les plantes de diète, et parler avec ceux qui le souhaitent. En attendant, eux et moi avons rendez-vous à 10h30 pour définir l’organisation de mon séjour et ce sur quoi je veux travailler. (Je n’en sais rien, au fond !)

Nous commençons par une discussion d’une heure et demie  sur le pourquoi de ma présence, avant d’enchainer sur les chakras, la Kundalini et les diverses étapes de ma vie …Je ne vois rien de notable, heureux ou malheureux, dans ma petite enfance ni mon adolescence mais évidemment tout s’est précipité à 17 ans, lorsque j’ai pu enfin prendre ma vie en main. A l’issue de la rencontre, j’apprends que je peux entrer en diète après le déjeuner et que je prendrai ce soir  une première dose d’ayahuasca, ce pour quoi  one me donne des recommandations pratiques : ne pas m’allonger immédiatement, savoir que chacun réagit différemment, mais que je serai accompagnée…

Nous ne sommes plus que quatre au déjeuner, composé de beaucoup de crudités et d’une tourte aux épinards, c’est plus calme !

N’ayant eu par la force des choses aucun document explicatif, il me manque pas mal de choses  et je pars ensuite à pied avec Jessica la gardienne, au petit hameau de San Roqué, pour acheter lampe-torche, bougies, briquet, savon. On me prêtera cape de pluie et sac de couchage .Le hameau n’est qu’à dix minutes de marche, tant mieux car nous revenons sous la pluie. Puis je prépare mon sac à dos, laisse livres, montre mais peux emporter mon appareil photo et de quoi écrire, on m’emmène ensuite à ma hutte.

15h : j’ai pris possession de mon domaine qui domine légèrement la rivière : je détache et borde la moustiquaire, pose lampe, anti moustiques, cahier et stylo sur une petite table de branchages puis le sac en tête de lit. Quelques minutes après, je le referme, il y a déjà des dizaines de fourmis sur le bouchon  de dentifrice .Mais le fait de dormir seule dans la forêt ne m’inquiète pas du tout, j’ai bien aimé les nuits dans les carbets guyanais, entre fleuve et forêt amazonienne .Quant à l’ayahuasca, me voici au pied du mur, je vais vivre ma première expérience et j’en suis très curieuse. Là aussi, quelle belle coïncidence que cela ait lieu le jour de mon anniversaire ! J’espère que cela va bien agir sur moi (la première dose est minime afin de jauger les réactions du corps et du mental) mais que cela ne sera pas une épreuve. Je me demande aussi naïvement si je vais rencontrer dans mes visions (si j’en ai) des personnes de ma vie, si je vais avoir des réponses…

En fin d’après-midi, on vient nous chercher et nous nous retrouvons tous sans parler dans la grande salle en bois où aura lieu la cérémonie, près de la rivière .Nous  nous installons sur des coussins, dos au mur, toujours silencieusement .Je suis la seule à n’avoir pas prévu d’habits blancs  mais on m’a dit que ce n’est pas important. Emilio et Romulo commencent quelques incantations  puis Emilio nous appelle chacun à notre tour  et avec des rituels nous donne notre dose d’ayahuasca. Quand vient mon tour, il me demande si ça va et me confirme d’en demander d’autre plus tard si j’en ressens le besoin. Mon inquiétude est que les effets de la plante ne fonctionnent pas sur moi, aussi après environ 20minutes suis-je contente quand je commence à avoir des distorsions de la vue, je me rends même compte que je souris béatement tant je suis soulagée. Dans la foulée je commence à pleurer, mais par habitude dirais-je en me moquant de moi-même, parce qu’à ce moment-là la nuit n’est pas complètement tombée et j’ai vu des lucioles au dessus de la rivière, me rappelant  les dizaines de vers luisants vus au Népal et combien à ce moment-là je me sentais heureuse et pleine d’espérance. Je pleure, je pleure, et je poursuis mes éternels dialogues imaginaires. Tout en étant totalement consciente, je me sens comme ivre, ce n’est pas agréable du tout. J’ai envie de bailler et baille des dizaines de fois. Dans mes distorsions visuelles, je vois des couleurs, des points fuchsias, bleus.J’entends ma voisine qui pousse des petits cris d’aise, d’autres qui vomissent. Un moment j’ai envie de prendre dans mes bras mon voisin de gauche qu’à tort ou à raison, mes antennes m’ont fait ressentir dès mon arrivée comme le plus doux et le plus fragile, j’aurais envie d’en prendre d’autres dans mes bras, tous des hommes,  mais tout le monde est indistinct et me semble très loin et puis je vois qu’ils n’en ont pas besoin. Je recommence à pleurer, parce que moi je ne suis pas quelqu’un qu’on prend dans ses bras, c’est toujours l’inverse. Une partie de moi analyse les choses, me demande si je vais reprendre une deuxième dose tant c’est désagréable .Je pense à mes enfants pour m’étonner de ne pas y penser.

Et pendant tout ce temps il y ales tambours, les chants sacrés des chamanes qui invoquent en espagnol la Vierge Marie, Jésus-Christ, la Déesse Mère ou St Michel l’Archange ; par moments ils dansent, d’autres ils tournent devant nous en agitant  leurs plumeaux de  feuillages en rythme, en nous aspergeant parfois de fines gouttelettes. Dans l’obscurité, on devine seulement leurs silhouettes blanches, je crois  une fois deviner  Emilio qui boit puis recrache le liquide aux quatre points cardinaux. Je me dis sans indulgence «  Quelle belle étude ethnographique on pourrait faire ! «  et en même temps je suis remplie d’empathie pour Emilio et Romulo qui doivent être épuisés à chanter ainsi des heures et mobiliser toute leur énergie pour prendre soin de nous. Puis c’est fini, je me retrouve totalement lucide et à ce moment-là c’est clair pour moi, je vais prendre une deuxième dose. Dès qu’Emilio s’approche de moi pour faire des incantations, je lui fais part de ma demande et il m’apporte le petit gobelet. J’ai du mal à l’avaler, le goût m’en parait encore plus infect que la première fois. Très vite, je me sens ivre à nouveau, tout tangue, je ferme les yeux. Cette fois, je vomis (nous avons tous une cuvette à côté de nous), c’est surtout de la bile  et Emilio vient devant moi invoquer l’ayahuasca et ses pouvoirs de guérison. Ensuite j’oscille entre des moments où je perds un peu conscience, (mais comme si je dormais, je n’en ai pas de souvenirs) , et d’autres où je reprends pied, ouvre les yeux, me sens tanguer, me dis que ce n’est pas agréable. Mais les chants sacrés, les tambours, les incantations créent une atmosphère magique  et mystique, je la ressens profondément et suis remplie d’admiration. Je baille encore un peu et ressens le besoin  de respirer par la bouche et de façon ample. Je ne pleure pas lors de la deuxième partie. A un moment je me revois cherchant instinctivement à m’allonger et là Emilio revient devant moi, touche ma tête et je me redresse. Plus tard j’ai froid et m’enveloppe dans mon sac de couchage, tout en m’enserrant de mes bras et puis cela passe, je sens que c’est fini. Je m’allonge par terre et m’endors, je me réveille lorsque la cérémonie est finie, elle a duré 4 h 30 au total. Certains décident de dormir sur place, d’autres de remonter à leur hutte. Emilio demande à chacun de ceux-là s’ils en sont capables. Pour ma part, je préfère dormir à la cabane, nous sommes donc raccompagnés. Je retrouve Beijaflor et là je m’endors rapidement, bercée par tous les bruits de la forêt et de la rivière.

Samedi 29 décembre 2012 :

Dans mon sommeil j’ai l’impression d’avoir entendu les singes hurleurs toute la nuit mais sans que cela me perturbe. Je reste longtemps sur ma couche le matin, pas grand-chose d’autre à faire. Romulo passe rapidement demander si tout va bien, lui et Romulo viendront parler plus tard. Puis je m’installe dans le hamac où je rêvasse un peu. Plus tard on m’apporte une assiette de riz liquide,  comme un gruau insipide qui ne m’attire pas et dont je ne mange que quelques cuilleres.Je somnole encore un peu dans le hamac. Lorsque  les deux hommes arrivent, ils me demandent de leur raconter mon expérience de la veille : je devrai aller plus loin lors de la deuxième cérémonie qui aura lieu le 31.Pour m’aider à me préparer, ils me donnent  à boire une préparation qui a goût d’ail, c’est une plante de diète. Après leur départ, je couche toutes mes impressions sur le papier. Puis la nuit tombe vite, j’allume une bougie mais à quoi non ? Il fait nuit noire et je suis revenue sur le matelas lorsqu’ Emilio et Romulo passent une dernière fois, je leur dis juste que tout va bien. Mais il est encore très tôt et j’ai un peu de mal à trouver le sommeil. J’écoute tous les bruits de la forêt, les crécelles des grillons, les trilles des oiseaux, parfois ce que je pense être le petit cri d’un gecko…

Dimanche  30 Décembre 2012 :

Pas de singes hurleurs cette nuit, je me demande si la bande s’est déplacée ailleurs ou si je les ai rêvés…En revanche quelques boums boums de fête vers le village, ce qui m’a indifféré mais a du en perturber ou agacer plus d’un.

Je me rappelle de deux rêves dans la nuit :

Dans le premier, nous étions  à Huamanwasi et dormions tous dans une espèce de grand dortoir, chaque lit ayant sa moustiquaire. Soudain une main  avec des draps emmêlés apparait dans mon lit et j’ai peur mais ce n’est qu’un homme du groupe ( dans mon rêve, pas le groupe qui est en diète en même temps que moi)  qui se réfugie contre moi parce qu’il a une rage de dents .Je le prends dans mes bras et peu à peu nous câlinons, je ne me rappelle pas de baisers  mais qu’il commence à se masturber devant moi, c’est un bel homme et je suis contente de l’avoir trouvé, surtout dans un lieu si étrange. J’ai dans l’idée que nous n’avons pas le droit d’être deux dans un lit  mais j’entends du bruit dans le lit de droite et vois qu’un couple fait la même chose puis a un rapport complet,  très très près de nous, alors nous étendons les draps et les moustiquaires  sur les côtés pour nous cacher. Puis sans transition, je me retrouve à l’extérieur avec la famille de cet homme  et une sœur qui me dit combien ils sont contents de le voir heureux comme ça. Cela m’inquiète car je me sens quasiment piégée d’autant que quand je le regarde, il est beaucoup plus vieux que je ne le pensais et  ne me plait plus.je demande à l’homme son nom (je ne m’en rappelle plus), son âge (idem), s’il a des enfants (il a deux filles de 12 et 16 ans) et son métier. Là, il louvoie, me dit qu’il a un métier qui ne lui correspond pas et qu’il me précisera plus tard. Je pense qu’il doit avoir une activité manuelle ou peu prestigieuse et me demande si je pourrais assumer cela en société.

Mon deuxième rêve est plus court, je dois payer un taxi et n’ai pas d’argent  sur moi mais ce n’est pas un problème, il va m’attendre. J’en descends donc et m’engouffre chez moi, une maison mitoyenne parmi d’autres, portant le numéro 1 dans une rue animée.je cherche chez moi la somme. (1,70 €) mais n’ai pas le montant exact : les pièces que j’ai sont des quetzales guatémaltèques, je revois en particulier celle de 500, mais finalement le compte est bon. Lorsque je ressors, je vois que la pièce  que je tiens dans ma main gauche est en fait collée à deux autres donc le compte est à refaire et je dois encore me bagarrer pour manipuler les pièces tout en marchant. De plus la grosse pièce jaune de 500 que je tiens dans ma main droite  est ouverte, entamée  comme une pièce de chocolat sauf qu’à l’intérieur c’est de la brioche .Je goute cette brioche  et me dis que la pièce ne pourra pas servir. Lorsque je ressors de chez moi, je dois louvoyer car une voiture de ramassage scolaire  est garée juste devant et en obstrue quasiment l’entrée .Je cherche le taxi mais il est parti…puis je me retrouve dans une salle de maternelle avec des dizaines de mobiles de Noël  suspendus au plafond, et il faut se baisser pour avancer.

J’étais en train de transcrire ces rêves lorsqu’Emilio et Romulo sont passés et ils m’ont demandé de les leur raconter. Pour Emilio qui m’avait d’emblée demandé dans notre entretien si j’étais ou avais été riche, il est évident que  l’argent est une thématique forte dans mon karma : argent et pouvoir de l’argent. Si j’ai bien compris, je suis dominée par mon deuxième chakra, je suis une shakti,  femme avec une forte énergie sexuelle et créatrice, et j’ai en moi une énergie créatrice inemployée, ils me demandent si j’ai déjà écrit.

Je bois la même préparation à l’ail et l’après-midi se poursuit. Je sais que  certains lorsqu’ils sont dans la solitude de leur hutte  font un autel, d’autres un foyer qu’ils entretiennent, mais je n’ai envie de rien faire. Avant les deux hommes, j’avais ce matin reçu la visite de Luis, le gardien, m’apportant une assiette de riz complet que j’ai cette fois mangé pour ne pas m’affaiblir. J’ai mal au dos, deux points au niveau des reins (je crois ; à vérifier) et Emilio dit que c’est normal, que le corps travaille à l’instar du psychisme.

Plus tard, je veux pour la première fois descendre à la rivière, mais je ne la trouve pas ! Le terrain est très accidenté, la forêt très dense en dehors des chemins, et comme il y a deux bras de rivières, celui où nous pouvons aller n’est pas celui que je domine et entends. De plus, comme je ne veux pas déranger mes voisins, je rebrousse chemin chaque fois que j’aperçois le toit d’une hutte. Je me sens un peu idiote au final mais tant pis ! En revanche, lorsque je suis revenue dans mon hamac, je profite du spectacle d’un bel écureuil, avec une queue touffue extraordinaire, venu vagabonder dans un arbre très proche. La soirée est un peu longue, d’autant qu’il pleut à nouveau à seaux. J’allume une bougie et la laisse s’éteindre  en en regardant les reflets depuis mon lit, et je mets longtemps à m’endormir car le bruit de la pluie sur les palmes est très fort.

Lundi 31 Décembre 2012 :

J’ai rêvé cette nuit, essentiellement des rêves sur la famille.

Dans mon premier rêve, on venait me dire qu’en bougeant des meubles, un canapé trois places moutarde que je revois bien, mon fils A. s’était échappé de dessous sans un mot, puis plus tard (sans image) la même chose se reproduit et là on trouve dessous de l’éther, du coton et plus tard  des seringues. Mon frère F. me dit qu’il avait trouvé les mêmes produits dans la chambre d’Antoine lorsque celui-ci la lui avait prêtée. Je  me dis que mon fils est passé à la cocaïne (pourquoi pas héroïne, je ne sais pas),  et me demande ce qu’il va devenir alors qu’il devait faire un essai de boulot le 28 Déc. et que je lui ai annoncé qu’il devrait de toutes façons quitter la maison en Juillet. Mon frère remarque que dans ce genre d’addiction on replonge toujours et je pense que je devrai en parler à mon ami Fr..

Les autres rêves sont des fragments :

Je dois conduire une voiture mais des gens sont en retard et de plus il  se met à neiger. On vient me dire que Jocelyne, la fille (imaginaire) de mon frère O. est arrivée et je l’attends, mais elle rentre directement dans une autre maison.je pense qu’elle aurait au moins pu venir pour que nous fassions connaissance.

Je visite une  grande maison que je dois acheter avec le père de C. .Atmosphère paisible, sans sentiments forts mais tout va bien. Je réalise soudainement que je ne devrais pas acheter avec lui au cas où nous nous séparerions (c’est fait)

Mon père (décédé) parle avec ma sœur. Celle-ci lui dit que nous n’avons pas vraiment échangé nos vœux et lui souhaite gentiment une bonne année .Je me sens exclue et vexée de ne pas y avoir pensé  Mon père cherche le jambon dans le noir et sur les places passagers, car, comme nous allons prendre la route, nous ne pouvons manger qu’un sandwich. Je dis que j’ai mis le jambon dans le coffre et claque celui-ci plus fort que je n’aurais voulu.

Je suis encore sur mon matelas lorsque Romulo et Emilio arrivent en début de matinée pour couper la diète. Il y a un rituel avec  de l’alcool soufflé sur diverses parties de mon corps puis je mange deux cuillerées d’oignon émincé finement avec du sel et du citron. Je dois ensuite préparer  mes affaires pour descendre à la rivière me laver et retrouver mes compagnons pour la cérémonie d’ayahuasca de midi.

Aujourd’hui je me sens assez faible, la rivière est gonflée par les pluies, avec un violent courant ; elle est de plus très fraîche et je ne suis vraiment pas inspirée par une immersion.Mes compagnes se mettent nues, ce que je trouve inutile et un peu ostentatoire (aucun homme ne se mettra nu), même si je me mets aussi brièvement nue  pour ne pas mouiller mes sous-vêtements. Je ne peux m’empêcher de remarquer la différence entre les – rares- corps jeunes et les corps plus abimés par la vie (dans lesquels je m’inclus, avec lucidité quand même). Concrètement, je ne fais que m’asperger la tête et m’accroupir dans l’eau pour nettoyer tous les orifices.

Nous buvons ensuite un bouillon chaud très  très léger et attendons l’arrivée des chamanes. Personne ne parle, chacun est dans ses pensées intérieures, j’écris…Je me sens bien fatiguée et me demande en quoi  va consister aujourd’hui cette deuxième expérience d’ayahuasca.

Je suis la première à boire l’ayahuasca et malgré cela il met très longtemps à agir .Au bout d’une vingtaine ou trentaine de minutes, je vois, à leur posture, à leurs mimiques,  que mes compagnons sont déjà dans un autre monde , mais moi, si j’ai en fermant les yeux quelques flashes de couleurs, rien ne se passe , hormis un mal de ventre assez désagréable, et l’impression que cela chauffe dans la partie centre gauche de mon front et dans mon bas-ventre .Je m’en sens très déçue et frustrée. Je me demande si je suis si banale ou si terre-à-terre que la plante ne fonctionne pas avec moi, j’ai  également la pensée que si je n’ai jamais été attirée par la prise de drogues c’est que je devais sentir que ce n’était pas fait pour moi. Au bout d’un grand moment, peut-être une heure, j’accroche le regard d’Emilio et lui fais une mimique d’interrogation, il me demande si je veux une autre dose et Romulo me ressert. En se penchant pour me parler à l’oreille, me dire que cela viendra -parce que je me plains de n’avoir que des effets mineurs et désagréables-, il renverse la bouteille devant moi. J’ai du mal à avaler  la décoction mais j’y arrive puis je retourne à ma place. Ensuite c’est plus confus mais au bout de 15-20 mn je me sens totalement droguée, d’abord je me pense encore lucide mais je vois  que les visages de mes compagnons ont pris d’autres couleurs, je vois Emilio bleu un moment mais ensuite il reprend sa couleur normale bien que je lui vois une bouche avec des dents au niveau de la gorge, sans que cela me paraisse dangereux ou agressif. Seul Romulo gardera tout le temps sa teinte habituelle. Mes compagnons m’apparaissent pour la plupart comme  plus âgés, certains pas beaux du tout, certains avec leur apparence normale mais le visage  de couleur ocre. Une femme du groupe, Martine, m’apparait comme une sorcière, très vieille, très laide et avec beaucoup de cheveux noirs. Un homme  dont j’ai oublié le nom a deux teintes sur le visage, le bas ocre et le haut rouge. Une femme a beaucoup de cicatrices au niveau de la gorge et je me demande à ce moment-là si elle a fait un lifting. Mais rien de cela n’est inquiétant. Ensuite c’est encore plus confus et je ne peux vraiment raconter, je trouve toute position inconfortable, mes jambes sont lourdes et semblent très très lointaines, je regarde mes mains qui me semblent bizarres .Je  me sens totalement droguée, c’est le mot, et pas dans mon état normal. Je sens que je respire très fort et avec la bouche ouverte. Je ne sais pas où je suis mais je n’ai pas de révélation, pas de vision, je pense que c’est assez désagréable, mais que ça l’est moins qu’au début car je n’ai plus mal au ventre, je pense que ça ne vaut pas le coup et que je ne reprendrai plus cette plante. Je suis consciente qu’Emilio vient plusieurs fois à côté de moi, me redresse par deux fois, me donne du sel et du citron pour me recentrer, que Romulo me  fait boire un peu d’eau de fleur d’oranger, me dit que le chemin est long et j’opine …Mais je n’ai absolument pas peur, même si je me revois une fois pensant que j’avais besoin d’aide. J’essaie  vers la fin ( ?) de me recentrer, de penser à des gens que j’aime, à mes enfants mais sans grand résultat. Si, je pense à Justine et j’essaie de l’aider. Je vois mon ami  Fr. faisant l’amour pour commencer la nouvelle année. A un moment je pleure car je vois que S. ne m’a pas assez aimée mais au même moment je reçois la certitude de son amour, et nous vois ( mais je ne veux pas en parler) .Puis je vois que pour les autres, c’est fini, qu’ils émergent peu à peu et j’essaie d’émerger à mon tour, mais tout me coute, chaque mouvement est un effort et je n’arrive pas à accorder  mon corps à mes pensées ( me redresser, fermer mon sac, rouler mon sac de couchage…) j’ai l’impression que je ne peux bouger, et pourtant si , mon corps répond, mes jambes peuvent bouger, je peux serrer et desserrer mes mains, c’est juste que je ressens une fatigue et une faiblesse extrêmes. Plus tard, je peux me lever, un peu flageolante mais ça va. Emilio me donne un bol de bouillon chaud qui me fait du bien, et nous prenons le chemin du retour.

De retour au bâtiment principal, je suis encore faible mais tout à fait lucide et dans mon état normal, une douche chaude est bienvenue après ce séjour dans la forêt. Nous mangeons à 7h, Patricia, membre du groupe qui n’a pas fait la diète a préparé une jolie table, avec des bougies, des cailloux de la rivière et des pétales de bougainvillier ; nous avons droit à une copieuse soupe de légumes, et, entorse à la coupure de diète classique, à un morceau de poulet et à un peu de riz. Mais il serait bien que nous renoncions au sucre pour le temps que nous choisirons, idéalement trois semaines. C’est un repas simple, nous parlons peu et savourons  ce que nous avons dans l’assiette, mais c’est chaleureux, je pense que nous nous sentons tous bien, à mille lieux d’ »une fiesta obligée avec foie gras et champagne, sourires et joies convenues, embrassades et giclée de textos  », comme me l’avait écrit Laurent

Ensuite nous avons une réunion où Emilio et Romulo nous expliquent le déroulement de la journée de demain, qui sera jusqu’à 17 h une journée de silence consacrée à la prière. Nous nous réunirons le matin pour prier  en commun puis tout au long de la journée  des duos tirés au sort se retrouveront dans ce lieu de prière pour prier et méditer ensemble , mais ce peut  être aussi chanter, danser, dessiner , selon le ressenti et la créativité de chacun. Je retrouve mon lit sous les toits, bercée une fois de plus par la pluie  et m’endors paisiblement, je me sens bien.

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Mardi 1er Janvier 2013 :

Premier jour d’une année que j’espère  « constructive  et dense « , comme je l’ai souhaité à quelques amis , tout en sachant que cela dépend aussi de moi, c’est donc une journée de silence et de méditation. Je ne me rappelle d’aucun rêve cette nuit. A 7h30 nous descendons dans un espace que je ne connaissais pas, un petit autel entouré de grosses pierres, et là chacun prépare l’autel de prières avec des objets symboliques ou qui lui sont chers, des photos, des dessins, des messages, des fleurs, de l’encens….Je n’ai rien apporté ( toutes mes photos sont dans mon iphone) et je me dis d’abord que je n’ai pas besoin de supports, que les êtres que j’aime sont dans mon cœur et mon esprit, puis  je décide ensuite d’écrire un message, je pense que tant de  prières conjuguées  , (quel que soit le sens qu’on donne au mot prière : méditation ? pensées positives ? appel ?…) ne peuvent créer qu’une belle énergie .

Puis nous commençons à réciter des mantras (heureusement, j’ai une feuille avec le texte) et j’essaie de me laisser prendre par le rythme pour mettre mon mental au repos, je pense que c’est le but. Ca marche plus ou moins bien, je ne peux m’empêcher  de temps en temps de regarder mes compagnons qui ont tous les yeux fermés et sont dans leur monde, non plus que de me demander avec inquiétude combien de temps cela va durer. Mais c’est en même temps apaisant et émouvant, et au final cela ne doit durer qu’une dizaine de minutes. Ensuite nous montons prendre le petit –déjeuner, copieux et sain, avec du pain complet, de l’avocat, des pommes cuites saupoudrées de cannelle, un œuf dur  que je ne mange pas et une infusion.

Puis je récupère mon ordinateur et tape mes impressions. Peut-être ne devrais-je pas, j’ai vaguement entendu Emilio parler de cristaux nocifs  mais j’ai besoin de tout noter pour m’en rappeler, peut-être partager,  et sans doute y réfléchir ensuite.

Quand vient mon tour, à 11 h, je dépose dans l’autel une feuille où j’ai écrit le nom de mes enfants, ainsi que les quatre prénoms des personnes qui me sont  les plus chères, plus  Laurent pour sa maladie et l’espoir, ainsi que  trois membres de ma famille décédés. J’ai également  rajouté les noms de mes ex-compagnons (même si pour l’un d’entre eux j’ai du me forcer) en me disant que je leur avais sans doute fait du mal mais que nous avions eu de beaux enfants. L’ heure et demie se passe avec Anne, avec laquelle je n’avais pas réellement parlé depuis cinq jours, nous commençons à son instigation par réciter à nouveau le mantra de ce matin, puis chacune s’abime dans ses prières ou au moins ses pensées, en contemplant l’autel chargé de tant de symboles ( des photos, des cœurs de pierre, un Bouddha, quelques colliers, un petit ange comme celui que je ramène à mes amis …).De temps en temps, je mets une chanson : deux  ramenées du Népal et un morceau instrumental de Secret Garden que m’a fait connaître Justine. Anne écrit par moment et je lui récite Commune présence de René Char, cela me fait évidemment penser à la seule autre fois où je l’ai récité, sur la plage, et c’est douloureux, mais je l’accepte .L’amour, c’est de l’amour, ce n’est jamais « perdu » et il faut l’accepter, autant celui qu’on reçoit que celui qu’on donne. Le temps passe paisiblement, bien sur je ne suis pas un pur esprit et je regarde ma montre de temps en temps, mais sans impatience, j’arrive à méditer, à penser à toutes les fois où je me suis montrée puérile, à me dire que j’essaierai d’être moins impatiente …

Après le repas, chacun a quartier libre, en dehors de ceux qui n’ont pas encore prié. J’écris et je lis un peu dans le hamac. Nous disons au revoir à deux personnes qui quittent le centre. A cinq heures, nous nous réunissons tous près de l’autel et Emilio et Romulo récitent des prières syncrétiques à la pachamama et à la madone pour clôturer cette   journée, puis ceux qui le désirent s’expriment à leur tour.

Le repas est assez copieux car demain nous aurons une espèce de diète liée à la prise d’une autre plante, le San Pedro. Nous savourons donc une délicieuse soupe de verdure, des crudités, une part de tarte aux légumes, du quinoa et une tarte aux pommes (non sucrée !).

Après le repas vient le moment du débriefing sur les cérémonies d’ayahuasca et la diète. Les témoignages sont très hétérogènes. Une jeune femme pleure parce que l’expérience a été très douloureuse physiquement et que de plus  [« la plante lui a dit «  démerde-toi, continue avec tes médocs et psys, je ne peux rien pour toi »]. Une autre évoque  des expériences d’extase, la plupart parle de communion très très forte, quasiment symbiose, et de dialogue  avec la nature , les moindres atomes des plantes en tant qu’entités vivantes…Une femme a trouvé la diète interminable , ne supporte plus les bestioles…Un homme raconte qu’il a eu des visions pendant la diète, qu’il est parti dans des sphères lumineuses où des êtres lui ont confirmé ce qu’il savait , qu’il a été formé en tant que guerrier et a reçu une connaissance  il y a des millénaires….J’ai oublié de préciser que plusieurs  des membres de ce groupe sont  des thérapeutes ( psycho thérapeute,  énergéticiens…)  et que tous sont déjà impliqués  dans des recherches et des études de développement personnel. Quand vient mon tour, j’évoque avec un peu d’humour et de distanciation mon expérience, en me disant déçue de ne pas avoir ressenti « l’orgasme planétaire » ! Romulo me dit que l’effet nettoyeur de la plante se fait sentir et continue à agir même si je n’en ai pas conscience. Emilio ajoute que je n’étais peut-être pas aussi bien préparée que les autres, choix induit par les circonstances, mais que je n’en suis qu’à ma deuxième prise, que physiquement  je suis allée très loin, mais  juste assez  car  plus loin aurait été très désagréable pour moi , que donc j’ai bien géré, et que chez moi c’est visiblement le corps qu’il faut travailler , car c’est là qu’il y a des résistances. Quand je pense à ma mauvaise coordination,  à mon malaise et à mon refus  devant  la danse, je ne peux lui donner tort ! Puis nous avons droit aux explications concernant  la journée de demain .Nous petit-déjeunerons tôt pour que la digestion ait été faite avant la prise du San Pedro, et à midi descendrons dans un lieu spécifique près de la rivière, pour la cérémonie. Pas de blanc pour celle-ci, mais des couleurs, des vêtements amples, pas de sous-vêtements qui serrent, pas de bijoux. Elle durera six heures et Emilio nous prévient que nous ne devons pas avoir d’attente précise, car l’effet, s’il peut être très fort, est très différent de celui de l’ayahuasca, très subtil, comme permettant  à notre esprit de voir la réalité cachée en filigrane sous les apparences…Le San Pedro représente la partie masculine là où l’ayahuasca est féminine . La réunion s’est prolongée assez tard et je vais me coucher.  Suite aux départs, j’ai récupéré un nouvel espace beaucoup plus agréable, une grande chambre fermée de voilages blancs, tout au bout d’une aile du grenier, où personne ne vient, et j’en suis bien contente …

Mercredi 2 Janvier 2013 :

Beaucoup de rêves cette nuit, tous liés à la notion de famille. Je suis en voiture  avec une famille d’amis, à priori cela me semble être la famille de C. l’amie de Sophie, sauf que bien sur ce ne sont pas eux, (j’ai entrevu C. une seule fois)  et en plus tout le monde est  de race noire. La dame a peur car nous sommes poursuivis par son ex-mari, dans une voiture rouge, qui ne fait que l’ennuyer. Finalement, après une poursuite, des arrêts, (c’est confus), nous nous trouvons tous en train d’escalader une colline, et au sommet c’est vraiment de l’escalade. Il me semble qu’il y a avec nous un autre homme qui prend soin de la dame mais a un rôle très neutre. A ce moment, un des enfants de la dame  devient Clément, mon fils adoptif africain,  c’est un magnifique jeune noir, je le revois bien droit, bien campé sur le flanc pentu de la colline, et je lui demande s’il pourrait faire ce que fait cet homme qui nous embête et spécialement s’il pourrait se retourner contre moi et me frapper. Il me dit que non, parce qu’il a  des petits frères et sœurs, 5 de chaque, et à ce moment là, grandit, prend encore plus de puissance, ses cheveux s’allongent mais il prend l’attitude d’un petit loubard ou d’un membre de gang en se dandinant. Puis nous entendons des cris car nous sommes encore en train de gravir la colline et l’ex-mari  est déjà arrivé et nous attend en haut, très agressif. Comme autres enfants, il y a aussi un couple de jumeaux fille garçon adolescents , qui sont en train de se dire des mots d’amour et de fusion très passionnels, et combien ils se sont manqués l’un à l’autre,  et  ensuite les cris et la bagarre correspondent à la fille qui est en train de battre son père .Moi qui suis sur le point d’arriver au sommet et vois la scène, je précise bien à la dame qui est plus bas que c’est la fille qui a attaqué le père et non l’inverse. Puis c’est encore confus et nous sommes tous en haut, tout le monde porte des traces de coups et des contusions sur le visage. L’homme crie qu’il souffre et veut voir ses enfants, mais eux et la dame leur demandent de les laisser tranquilles, disent qu’ils veulent et méritent la paix et l’homme ajoute alors qu’ »évidemment il n’est qu’un negro qui souffre ».

Difficile de savoir ce qu’il faut penser de ce rêve…

Plusieurs personnes du groupe sont fatiguées ou irritables, celle qui a pleuré hier a décidé qu’elle ne prendrait pas le San Pedro pour profiter d’un jour de repos avant de reprendre l’avion (il nous a été dit que nous ne dormirions sans doute pas ou mal cette nuit), mais je me sens en pleine forme, reposée et détendue,  avec grâce à l’humidité une peau de bébé et des cheveux de sauvageonne ! Et puis n’avoir pas de cours, pas de responsabilités, mettre les pieds sous la table pour manger sain et bon, sont des privilèges dont je profite pleinement, sans même avoir envie de me balader, de prendre des photos ou de me baigner à la rivière.

A midi nous descendons tous au lieu où aura lieu la cérémonie, c’est un cercle partiellement creusé dans la terre, avec  un trou au milieu pour y faire du feu et à côté se trouve la hutte de sudation. Pour la circonstance, Romulo arbore une fière coiffe d’Indien. Selon le cérémonial habituel, nous sommes appelés chacun à notre tour et recevons le San Pedro, dont le goût est moins mauvais que l’ayahuasca. Et puis le temps passe, nous sommes assis par terre et au bout d’un moment c’est très inconfortable, je n’arrête pas de changer de position. Je baille et rebaille.J’essaie de me concentrer sur les chants et les incantations, qui sont magnifiques. Emilio part dans un grand discours que je trouve fumeux,. A deux heures je regarde ma montre et me dis que ça va être sacrément long (la cérémonie dure jusqu’au soir) !

Et ensuite, comment raconter ? Ensuite je suis droguée ! Et visiblement encore celle qui réagit le plus fort dans le groupe.

J’ai conscience  de sourire béatement, d’être ailleurs, d’alterner période de semi-conscience et d’inconscience. Je vois que les autres me regardent  bizarrement ou avec un peu d’inquiétude, en particulier Anne qui prend ma main plusieurs fois, me demande si ça va, et je la rassure. A un moment, je vois que Caroline pleure à côté de moi, et je sais que c’est parce que sa mère va mourir (elle est à l’hôpital, m’a –t’elle dit ces jours-ci), je lui dis «  Mais tu lui as déjà dit au revoir «  et je pose ma main sur son genou. Je n’ai plus de conscience du temps. Je regarde mes compagnons et vois que certains s’ennuient, qu’ils ne sont pas dans le même état que moi. Je vois le sable qui est au sol onduler, et je pense à Dune, et que Frank Herbert a du prendre la même plante que moi. Je pense qu’il n’y a rien de mystique là-dedans, que je suis juste droguée et que ce n’est même pas agréable. Tout mon système nerveux est ralenti et je n’ai aucune force ni énergie, juste celle d’hyper  ventiler en respirant fort par la bouche. Mes mains sont tombées de part et d’autre de mon corps.

Quand Romulo annonce que la première partie de la cérémonie est terminée et qu’on peut commencer à se relever,  bouger, se mettre dans les hamacs selon l’envie de chacun, je sens le soulagement de mes compagnons. J’ai le plus grand mal à me relever, Romulo m’aide, et je lui dis à ce moment-là que je vois des fourmis, il me donne un verre que je peux à peine tenir, me dit que je dois boire. Puis je me vois debout, près d’un pilier, j’oscille d’avant en arrière, je manque  tomber et des camarades sont inquiètes. Emilio me dit plusieurs fois «  Tes pieds, Françoise, tes pieds », je les regarde et je me recentre. Pascal est à côté de moi, me touche le dos, je commence à lui caresser le visage, assez consciente pour me dire que ce n’est pas le plus moche J et je vois des bulles rouges qui s’en échappent, puis des fourmis rouges et de petites araignées rouges (rien de visqueux ni d’immonde) qui s’échappent de  moi. Ensuite je le lâche. Il me masse le cou, le dos et appuie sur des points précis, c’est très agréable et sécurisant jusqu’à ce que  -réalité ou illusion- il appuie  sur un point situé à gauche qui me fait très mal et que je crie «  aïe, aïe, aïe ».Il me dira plus tard que c’était quelqu’un d’autre qui criait par ma voix ? Je le remercie et me demande où il trouve l’énergie d’aider quelqu’un d’autre alors que la préparation agit peut-être aussi sur lui. Ensuite  je me mets dans un hamac, tout tourne, je suis à la fois consciente et ailleurs. Je me relève car j’ai besoin de faire pipi, Emilio ne veut pas que je m’éloigne et demande à Ariane de m’aider, de m’accompagner à quelques mètres avec un paréo pour que je me soulage là, mais je refuse. Plus tard, je trouve la force de m’éloigner suffisamment pour être seule et à l’aise, puis je reviens dans le hamac, tout tangue et le sol ondule encore ; je regarde mes compagnons danser, j’ai envie de parler alors que la règle est encore le silence, je dis «  Je suis droguée mais je sais que je le suis » …Contrôle, quand tu nous tiens…

Ensuite vient le moment de rentrer dans la hutte de sudation, Luis et les aides ont fait chauffer  de grosses pierres qui représentent les ancêtres .Emilio me demande si je me sens la force de rentrer mais bien sur je le veux. Ensuite nous ne pourrons plus sortir que lorsque la porte s’ouvrira, lorsqu’on apportera à chaque fois quatre nouvelles pierres. Nous nous déshabillons dans la pénombre et rentrons nus dans la hutte, où nous nous asseyons   en cercle sur la terre juste recouverte d’un paréo. Les deux chamanes se sont placés de part et d’autre de la porte et Emilio m’a fait mettre à côté de lui, côté droit pour que je puisse sortir la première si j’en ressens le besoin. La hutte représente la matrice originelle et nous allons revivre  les étapes de notre incarnation,  de notre unité première puis de notre vie, avant de symboliquement renaitre en sortant de la matrice. Autant j’ai eu du mal à coordonner mes mouvements et à me déshabiller, autant je me sens dégrisée d’un coup au début de cette partie et ai du mal à rentrer dans le jeu symbolique. Quatre premières pierres sont apportées et mises au centre de la hutte, Emilio joue avec de l’eau  et fait revivre nos états d’atomes puis de fœtus avec de beaux textes, il nous demande de crier pour notre naissance, puis plus tard de parler à notre père en tant que bébé .Là je suis assez caustique, je trouve  assez ridicules les cris orgasmiques de mes compagnes qui se lâchent complètement alors qu’en moi subsistent encore l’analyse et le respect humain. Mais plus tard, les effets des drogues reviennent par vagues, mes jambes tremblent, mes bras n’ont pas de force, j’hyper ventile, je participe  néanmoins en parlant lorsque c’est mon tour, en récitant le om ou en chantant doucement, même si je n’ai  ni envie ni besoin d’être très bruyante. Quatre nouvelles pierres sont amenées deux fois encore, et nous les accueillons, tandis qu’Emilio nous fait revivre nos périodes, 7-14, 14-21,  21-49 ans, il nous asperge aussi régulièrement.  L’atmosphère devient de plus en plus lourde et suffocante ; personne ne sort  néanmoins, bien que la question soit posée à chaque fois. A un moment, Emilio  réalise que je ne suis vraiment pas bien, il trempe ma main dans son seau d’eau froide, puis mon voisin de droite prend ma main qui est sans force, mais je veux aller au bout. A la fin, je devrais être la première à sortir mais à ce moment-là  je ne peux bouger, et serai la dernière,  tout le monde m’enjambant pour sortir de la hutte à quatre pattes, avec une claque symbolique d’Emilio sur la fesse gauche. Nous nous mettons en file et recevons un bain de fleurs, Luis et les aides versent sur nous des bassines, la première est chaude mais les deux suivantes glacées, cela réveille !

Ensuite nous avons un repas simple mais qui me parait  délicieux, c’est une soupe avec de gros morceaux de citrouille, de pommes de terre, de patate douce, je mange très lentement car je ne peux faire autrement, mon système nerveux est encore  sous influence, mon métabolisme ralenti, et j’entends un souffle rythmé, comme un halètement, mais paisible, dans la forêt,. Je me retourne plusieurs fois pour scruter la  nuit, me demandant si Luis ou les aides sont en charge  de la suite de la cérémonie en appelant les esprits ( !) ou quelque chose comme ça ! Puis cela s’arrête et je demande à mes voisines si j’étais  seule à entendre ce bruit. Nous mangeons ensuite un épi de maïs bouilli dans ses feuilles, c’est une saveur à la fois farineuse, douce et acidulée, j’en savoure lentement chaque bouchée. Puis nous remontons à la maison principale. A peine arrivée, je vais prendre une douche bien chaude : dans la glace, je vois mon visage déformé, mon nez long et de travers, mais cela ne m’affole pas. Je monte me coucher, tout tourne encore dans mon lit mais après quelque temps, j’arrive à m’endormir et dors paisiblement jusqu’au matin, où je ne me rappellerai d’aucun rêve.

Jeudi 3 Janvier 2013 :

Vers dix heures, nous partons  faire une marche qui d’abord par le chemin de terre puis à travers champs dans de beaux paysages et pour finir en longeant la rivière, nous amène en deux heures dans une petite clairière en bord de fleuve. Nous commençons par prendre le pique-nique simple préparé par Jessica (carottes, tomate, pain, fromage et banane) avant de réciter des mantras tandis qu’Emilio joue du tambour, puis chacun livre ses impressions sur la cérémonie du San Pedro et de la hutte de sudation. Je me sens un peu pauvre, et le dis d’ailleurs, à ne retranscrire que des impressions pratiques et terre-à-terre sur mon expérience, alors que certains  font des compte-rendus  plus profonds  et d’un plus haut niveau spirituel …Puis certains se baignent, nous paressons un peu au bord de l’eau avant de rentrer  , c’est alors que la pluie commence et nous faisons le chemin du retour sous une pluie persistante, sans que cela soit désagréable d’ailleurs…

Plus tard dans la soirée, j’ai un entretien individuel avec Emilio et Romulo pour faire un premier bilan, voir ce sur quoi je désire encore travailler et programmer donc la suite de mon séjour. Au sujet de mon expérience avec les plantes, Emilio m’explique que je lâche  mon corps et  non mon mental, que je tiens avec  mon mental qui est très fort  mais que mon corps réagit aux plantes comme s’il était très faible , qu’il faudrait que je prenne une quantité d’ayahuasca plus importante mais qu’il ne m’en donnera  pas plus, car le fait que j’ai des fourmillements dans les mains est un mauvais signe .Mais j’aurai au moins encore deux prises d’ayahuasca .Le programme tel qu’il est décidé comporte à nouveau trois  jours de diète, qui commenceront le 5, avec une cérémonie d’ayahuasca le 6 et le 9, et peut-être une awarpanga ( purge) le 8 si mon corps est en forme ! C’est moi qui ai demandé la purge car j’aimerais bien expérimenter  le programme complet du séminaire, mais mes compagnons m’ont dit que c’est une expérience fort désagréable….nous verrons bien, chaque chose en son temps !

Vendredi 4 Janvier 2013 :

Encore un rêve bizarre cette nuit, je suppose que l’inconscient travaille :

Nous étions dans un bateau, assez grand, que nous avions échangé avec la famille N. .Je revois A. et Ch. avec moi, Cl. je crois, mais je pense qu’il y avait aussi d’autres de mes enfants. Au niveau intermédiaire, il y avait une pièce double, salon et séjour, avec plusieurs cheminées,  quatre d’un côté, une de l ‘autre.. Nous avions préparé en avance plusieurs tas de bois, dans et hors des cheminées, tant qu’il y avait un immense tas dans une partie .Et quand je redescendais, je voyais que tous les feux s’étaient allumés tout seuls, et qu’il y avait de beaux brasiers en cours dans les cheminées, avec déjà des tas de tisons rougeoyants et de belles braises sous les bûches. Puis très vite je voyais que le bateau prenait l’eau de toutes part et était déjà dangereusement rempli, je faisais le lien avec les feux en pensant qu’il avait du y avoir un court-circuit électrique ou une « surchauffe », c’est le mot qui se présentait à mon esprit. Le bateau se remplissait de plus en plus, A. redescendait chercher quelque chose et j’avais peur qu’il lui arrive quelque chose. Moi je rassemblais mes papiers et mon appareil photo. Parallèlement il fallait sauver un petit mouton blanc, avec une tête de chien, qui appartenait aux N., et Cl.cherchait un  de nos paniers réunionnais pour le mettre à l’intérieur. Puis je revois un homme qui cherche à nous sauver, il essaie de déployer un canot gonflable mais pour une raison indéterminée (panne  de l’appareil de gonflage… ?) cela ne fonctionne pas, et cet homme disparait, nous nous retrouvons seuls. Il n’y a aucune radio et de toute façon nous ne saurions pas nous en servir. Le bateau est maintenant rempli d’eau, j’ai peur qu’il ne coule  d’un instant à l’autre et que nous ne soyions aspirés par les remous, mais en même temps je ne vois pas d’affolement, je suis surtout très ennuyée pour les N.et me demande comment nous allons justifier la perte du bateau, comprendront-ils que c’est à cause de la surchauffe ? Finalement et je ne sais comment, je nous revoie sur la terre ferme, nous appelons  le centre de secours pour signaler un bateau seul sur la mer et l’opératrice nous coupe et demande s’il s’agit du …..Je ne me rappelle pas du nom de ce bateau et suis incapable de répondre, je dis qu’il faut demander à Ch., qu’elle saura, et celle-ci indique un nom composé breton.

Une fois de plus, que faut-il entendre de ce rêve ? Certes, mon grand-père maternel était marin,  et  du Havre, mais cela ne me donne guère de réponses.

Après le petit-déjeuner, j’ai un temps de repos que je mets à profit pour écrire, et puis, comme aujourd’hui  est  une journée banalisée, avec  des départs et des arrivés, je profite avec deux personnes du taxi appelé pour le départ d’Ariane pour aller à Tarapoto. Même si les contacts avec les proches ne m’ont pas réellement manqué depuis 9 jours, je me réjouis de pouvoir consulter mes mails !

Revenir à la ville en  voiture est incomparablement plus agréable, ou moins désagréable, qu’en moto –taxi ! Tarapoto est une grande ville  moite et pas très belle, mais vivante. J’ai effectivement pas mal de courrier, dont un message de Ch. pour qui tout va bien,  je vois qu’A. et Cl. sont sur l’île de Ré chez S., et je peux parler sur Skype avec J., que du bonheur ! J’achète aussi deux bricoles, un pantalon  coloré  et ample car mes habits d’hier n’ont pas encore séché, un collier de graines et plumes, et passe avec envie mais sans craquer devant les rayons bonbons et biscuits du  petit supermarché …Au retour, Caroline, avec laquelle j’avais un peu papoté vie, hommes…un soir, nous propose un cours de yoga dans la belle salle du haut. Patrick en avait également fait un ce matin, mais assez technique et à 6h30, je n’y suis pas allée ! Le cours de Caroline est assez doux, avec de la relaxation respiratoire, j’y prends plaisir, bien que Caroline me dise ensuite, me voyant crispée en permanence » Toi, tu n’arrêtes pas de penser ! » Puis c’est le dernier dîner avec mes compagnons dont beaucoup s’en vont demain…

Samedi 5 janvier 2013 :

C’est l’anniversaire de S. aujourd’hui. Ma grande, tant d’années déjà ,  c’est incroyable ! Je pense à elle et lui envoie beaucoup d’amour et de joie. Après le petit-déjeuner, je dis au revoir à mes compagnons  que je ne reverrai plus. Certains s’enlacent longuement, il est vrai qu’ils ont fait le voyage sur les sites sacrés et sont ensemble depuis plus d’un mois. Pour ma part, je ne suis pas forcément tactile, d’autant que je me suis parfois sentie en porte-à-faux par rapport à ce groupe si « éveillé », mais j’ai eu du plaisir et de bons contacts, je me suis sentie bien avec tous. Caroline m’embrasse et me dit tout à trac « Sache que tu es une très belle femme, il faut que tu en aies conscience. », c’est étonnant et gentil. Je dis aussi au revoir à Anne, psychothérapeute qui a maintenant envie de venir faire des remplacements à la Réunion.

Un jeune m’emmène ensuite à ma hutte, c’est Shiva, qui est un peu plus en hauteur et plus ensoleillée. Martine, qui va rester à l’ashram jusqu’en mars, fera aussi la diète de son côté. Je m’installe, c’est vite fait. Emilio passe rapidement une première fois. La journée est longue. Très vite, dans mon hamac, je commence à ressasser des pensées négatives et à être triste, ce que je confie à Romulo et Emilio lorsqu’ils repassent me voir. Nous parlons un bon moment, Emilio  confirme que le San Pedro et même l’ayahuasca ont été très loin avec moi mais que je n’en suis pas consciente, que j’analyse beaucoup trop, que mon mental inférieur (l’intellect) est tellement fort qu’il barre la route au mental supérieur (la conscience), bien qu’il  sente que je pourrais même avoir des dons médiumniques. Leur discours est bienveillant et mesuré : ils ajoutent qu’il ne faut pas attendre une illumination, que lorsqu’ils entendent quelqu’un évoquer son ascension et son enseignement dans un autre monde, ils écoutent et respectent mais que pour eux, c’est de l’imagination…Pour finir, ils me donnent une nouvelle plante de diète, qui doit agir sur le deuxième chakra. Je leur demande de me prêter un livre «  adapté mais pas trop ésotérique » pour les jours suivants. Après leur départ, je décide de me bouger un peu. N’ayant plus peur de déranger des compagnons de diète, je me promène dans les sentiers, fais pas mal de photos à nouveau. Il y a des nuances de verts magnifiques, des insectes…, je prends des gros plans de cette nature exubérante. Plus tard, je reçois une louche de riz complet. Puis je décide de faire un feu, je vais ramasser du bois, et en utilisant  une bougie comme aide à l’allumage, avec des brindilles et des branchages, j’obtiens après pas mal de fumée – car tout est détrempé- un assez joli brasier .Plus tard dans la nuit j’entrevois des lueurs et pense que Martine en a fait un aussi : j’espère alors (ah l’égo !) que le mien est plus joli que le sien car j’ai bien bossé et suis assez fière de moi !  J’allume également une bougie et reste longtemps à regarder les flammes avant de regagner ma couche de rondins. Mais je mets du temps à m’endormir, longtemps après que les deux hommes soient repassés avec leur torche vérifier que tout va bien. A 23heures (oui, je n’ai pas suivi les conseils et emporté ma montre dans mon sac), je ne dors toujours pas, je n’ai pas peur à proprement parler mais me sens moins à l’aise que la première fois dans la solitude de la forêt, et je commence à penser au retour. Dans deux semaines exactement, Ch. et moi serons sur le point d’atterrir à Gillot…

Dimanche 6 Janvier 2013 :

La nuit a été un peu agitée, avec des rêves volatiles. Je crois qu’il y en a eu deux, mais je ne me souviens que de celui-ci. Je vais revoir une maison imaginaire, grande, à étage, et même à galerie comme en Amérique du Sud, située à Ménesplet, car je dois demander à une dame si elle est toujours d’accord pour l’échanger contre mon terrain (le vrai terrain où en 86-87 j’ai fait bâtir une maison). Mais il y a du linge qui sèche aux fenêtres, une très vieille dame  toute petite sort de la maison et commence à s’occuper de son linge à l’extérieur. Elle me reconnait et m’appelle pour mon prénom en disant qu’elle se rappelle de moi, ce qui m’étonne. Apparemment elle serait un peu ma grand-mère aussi, je me souviens dans mon rêve du mot « abuella », grand-mère en espagnol. La propriétaire me dit que ses grands-parents habitent la maison pour quelque temps, et qu’elle ne veut plus faire l’échange maison-terrain pour deux raisons .D’abord sa propriété  fait 900 m2 au total et pas seulement 300 comme je croyais, alors que mon terrain en fait 800 ( 8000 en réalité) .Ensuite et surtout l’emplacement est trop bruyant car proche de la route départementale de Villefranche ( vrai), où il y a beaucoup de circulation.je lui réponds que la route de l’autre côté est beaucoup plus calme et mon rêve s’arrête là …

En début de matinée, Luis me monte un livre de la part de Romulo, c’est «  Mettre en pratique : Le pouvoir du temps présent » d’Eckhart Tolle , que je commence à lire et feuilleter. Se libérer du mental, du monde assourdissant de l’abstraction mentale, et du »temps psychologique » ( l’identification au passé et  la perpétuelle projection compulsive dans le futur), si seulement…Et pourtant je trouve souvent de la douceur à me remémorer des moments du passé, et surtout beaucoup de plaisir à imaginer à l’avance des moments heureux .Malheureusement il y a aussi beaucoup de ratiocinages stériles et négatifs  et je prends la décision d’essayer de profiter davantage du présent pour ce qu’il est ( généralement heureux) et d’être à fond dans le moment .Puis Luis me porte une louche de riz complet, non assaisonné, accompagné d’une banane plantain qui me donne l’impression de manger du bois ; je finis néanmoins le tout puis somnole dans mon hamac. Plus tard, Emilio et Romulo remontent me voir, ils ne m’apportent pas de plante puisque ce soir je prendrai l’ayahuasca, mais à nouveau du riz, en me demandant de manger ce que je peux. Je suppose que c’est pour prendre des forces, donc je me force à manger quelques cuillerées. Puis je redescends à la rivière et reprends quelques photos. Et bien sur je me demande  ce que donnera cette troisième expérience avec l’ayahuasca, tout en sachant que l’idéal est d’être dans le lâcher-prise plutôt que dans l’attente ou la curiosité…Pas facile !

Décidément j’aime mieux les cérémonies de nuit, où l’obscurité fait qu’il est tellement plus facile de s’abstraire du monde extérieur. La cérémonie a commencé à 19 heures, dans une très belle maloca octogonale et tout en bois. Nous n’étions que quatre femmes dont trois arrivées hier, la sœur, la cousine de Romulo et une amie, mais elles n’ont pu me parler ni m’embrasser parce que j’étais en diète. Tout a été plus rapide cette fois-ci, et sans transition, je suis passée du stade d’attente à un autre plan, où j’étais à la fois consciente mais non dans la pensée, bien que ce soit dur à expliquer. Je naviguais dans un kaléidoscope géant, avec des diagrammes et des formes géométriques de magnifiques couleurs vives : rose, vert tendre, bleu turquoise…A deux reprises, les choses sont devenues noires et blanches mais cela n’a duré qu’une seconde. J’ai vu dans mon corps l’ayahuasca s’infiltrer dans les plus petits vaisseaux et toutes les ramifications , et je l’ai acceptée, je lui ai même demandé de continuer, d’aller plus loin, de me soigner et de me guérir . J’ai également ressenti à quel point les chants et la musique aident ; j’avais l’impression que les sons des tambours et encore plus certaines vibrations, certaines

modulations de voix  faisaient également partie de ce tout et résonnaient directement dans mon cerveau. Puis il y a eu un moment désagréable où je me sentais mal, où je me débattais. J’ai pensé que je voulais que ça s’arrête, que je ne reprendrais plus cette plante, que je ne participerais pas à la cérémonie du 9 ! J’ai vomi et à nouveau, Emilio et Romulo étaient à côté de moi, en appelant aux pouvoirs guérisseurs de l’ayahuasca curandera (« qui soigne », et pas courant d’air, comme avait pensé avec incompréhension Anne qui ne parle pas espagnol !) .Ensuite cette partie là était terminée et je suis retombée dans des processus déjà expérimentés : ça chauffe par moments  dans mon ventre, dans ma poitrine ou dans mon front, je ne me sens pas bien, toute position m’est inconfortable et je n’arrête pas de gigoter, l’odeur de la plante me révulse, il y a en moi plein de vagues qui viennent et refluent, je respire fort, parfois je geins et j’ai l’impression de me débattre, j’ai froid et m’entortille dans le sac de couchage. Je sens plusieurs fois Emilio à côté de moi, qui prononce des formules, m’évente, m’asperge de liquide, une fois touche ma tête, ma main, me redresse, en un accompagnement  très sécurisant. Plus tard, il viendra appuyer fort sur ma tête et mon front (mon troisième œil). Durant tout ce temps, je suis remplie d’empathie  pour Romulo qui chante depuis des heures et dont la voix est cassée. Puis je sens que c’est quasiment fini, je m’allonge par terre  et me repose, je me sens fatiguée mais lucide et en forme. Je pourrais dormir là mais je préfère remonter à ma hutte .Emilio me donne à boire et me raccompagne, je ne marche pas très vite sur le chemin rempli de racines mais ça va. Je demande à Emilio si je vais sortir de diète demain soir comme prévu pour faire l’awarpanga, et en entendant qu’il n’est pas sur qu’on la fasse, j’exprime mon désappointement  car je voudrais connaitre l’intégralité du processus. Nous en parlerons demain, me répond Emilio. Je déplie mon sac de couchage et me mets au lit. Une fois couchée je me dis que je devrais faire une expérience avec mon corps pour voir comment il réagit sous drogue, je me le dis au moins dix fois, mais je suis fatiguée, un peu amorphe et au final je m’endors paisiblement.

Lundi 7 Janvier 2013 :

J’ai très bien dormi et ne me lève qu’à 9h30.je me rappelle confusément d’un rêve dans lequel je fais partie d’une espèce de camp de jeunes ( pour faire un film ?) dans lequel il y a plein d’activités et un emploi du temps très serré ; mais moi je dois aller à la Poste envoyer du courrier, ou bien j’ai déjà donné à quelqu’un ce courrier à poster, mais je vois que cela ne sera possible qu’après 17 h et comme cela fait plusieurs jours que cela dure, je suis mécontente. Je décide d’aller le dire à la directrice et je m’exprime en anglais mais je peux à peine parler et surtout je ne vois rien car mes deux yeux sont abominablement gonflés, voire purulents. Ca me gène beaucoup et cela semble soudain. Il n’y a aucune réaction à mon discours et en fait je me demande même si j’ai parlé à la bonne personne, donc je dis à haute voix que j’en ai assez et vais regagner ma chambre.

Peu de temps après que je me sois lavé les dents et installé dans mon hamac, Emilio passe et me donne ma part de riz. Je lui raconte mon expérience de la veille et il me confirme qu’il faut du temps  pour que les défenses tombent, que c’est pour cela qu’il faut au moins douze jours. Une des personnes de la veille, pour laquelle c’était la première fois et qui avait beaucoup d’appréhension, a juste ressenti un malaise dans l’estomac. Emilio m’annonce ensuite que comme j’en ai envie, ils vont me faire faire l’awarpanga même si je suis seule. C’est un nettoyage du corps mais aussi énergétique  et ils m’expliqueront mieux au repas puisque je dois en conséquence couper ma diète ce soir et dormir dans ma chambre.

La journée se passe tranquillement, je médite pas mal,  les deux hommes reviennent à 17 h30, pratiquent les rites pour couper la diète et je rentre au bâtiment principal. J’ai droit pour le  diner à de la soupe, des lentilles et à des crêpes au fromage, que j’apprécie bien sur, mais ce n’est pas le manque de nourriture qui m’aura le plus  pesé dans mes deux épisodes de diète. Puis je reporte mon texte sur l’ordinateur et me couche.

Mardi 8 Janvier 2013 :

Dure journée ! Je voulais mon awarpanga et je l’ai eue !

En me levant, je ne me rappelle pas de rêves au cours de la nuit, cela fait moins de choses à écrire. Je ne peux prendre au petit-déjeuner  qu’une boisson chaude et à 8h30 Emilio m’appelle, il me dit de prendre une serviette, car ensuite je devrai aller me laver au fleuve, je pousse un cri et il me confirme  que c’est ce que je devrai faire si je veux prendre l’awarpanga. Je persiste néanmoins et  nous descendons tous les deux à la maloca octogonale. Je sais qu’après la prise de la plante émétique, je vais devoir boire énormément , entre deux et quatre litres, même si cela semble impossible …Avec des rites, Emilio  me donne donc l’awarpanga,un fond de tasse verdâtre  qui vient d’être préparé car on ne peut l’utiliser que frais. Puis je bois  d’un coup deux litres d’eau légèrement salée et tiède, le troisième litre est un peu plus difficile. Je vomis très vite de l’eau, ce qui me soulage à peine. Emilio me demande de boire encore un demi-litre. Il chante et tourne autour de moi. Evidemment je ne me sens pas très bien. Je vomis à nouveau, je dois aller aux toilettes et me vide également. Ensuite les heures passent, interminables, je vomis plusieurs fois mais beaucoup d’écume, là où on devrait déjà en être à de la bile. Je croyais qu’on n’avait pas beaucoup de bile  mais Emilio me dit que si, qu’elle est d’abord verte puis jaune et finalement noire pour la bile la plus impure,  Jessica m’a confié  ce matin qu’elle avait pris l’awarpanga avant la naissance de ses enfants et qu’à la fin ce qu’on vomit est comme du sang. C’est de plus en plus difficile de vomir, et Emilio me demande si je me sens le courage de reprendre un demi-litre d’eau, je ne m’en sens d’abord pas capable puis décide de le faire pour accélérer le processus, j’aurai donc bien bu quatre litres d’eau ! Je revomis très vite, et ensuite il n’y a plus qu’à attendre. Romulo a remplacé Emilio et joue du tambour en chantant doucement, ils ne me quittent pas d’une semelle et je pense à nouveau que leur accompagnement et leur implication vont bien au-delà du commercial. (Mais ils me diront plus tard que j’ai souffert en silence, que j’ai été tranquille et discrète, alors qu’un groupe est beaucoup plus lourd à gérer).J’attends,  c’est très désagréable car j’ai régulièrement des spasmes  mais n’arrive que peu à vomir, environ une fois par heure, bien que je m’aide en me chatouillant la luette. Depuis un moment déjà,  je me suis couchée et enveloppée dans mon sac de couchage, je pense que j’en ai assez, que  je ne prendrai pas l’ayahuasca le lendemain et que je vais arrêter de faire ce genre d’expérience avec mon corps. De plus, mémoire du corps, chaque fois que je vomis ou que j’ai des spasmes, je sens le goût  et  l’odeur, surtout l’odeur, de l’ayahuasca qui me révulse. A partir de 13h, je ne vomis plus, je somnole par moments et petit à petit je me sens moins mal. Mon angoisse permanente  est de devoir boire encore, ce dont je me sens totalement incapable, mais à 15h30 Emilio me demande si je me sens bien et si je peux remonter, ô bonheur c’est fini ! Je n’ai vomi que peu de bile, et claire, mais cela arrive parfois lorsque la personne a une alimentation saine, ce qui est mon cas, je pense. De plus je suis gâtée car étant seule, j’ai le choix entre le fleuve et la douche pour un lavage complet corps-cheveux, je ne me le fais pas répéter deux fois ! Puis fatiguée, avec encore quelques douleurs dans l’estomac mais soulagée, je m’installe sur le patio dans un hamac et lis toute la fin d’après-midi et en soirée. Au repas, je peux manger de la soupe, du quinoa et une demi-escalope de poulet panée, mais je n’ai pas très faim et surtout je suis incapable de seulement regarder la carafe d’eau…

Mercredi 9 Janvier 2013 :

Cela fait quasiment deux semaines que je suis ici, et cela m’a fait beaucoup de bien. Je n ai pas trouvé  au centre une quelconque révélation mystico-chamano-machin, mais beaucoup d’humanité, de la générosité et de la bienveillance .Pour le reste, je ne sais ce qu’il en est du travail des plantes et de mon propre travail intérieur, mais j’ai le sentiment d’avoir évolué et nettoyé beaucoup de choses. Il me faudra continuer le travail …

Pas de rêves dont je me rappelle cette nuit. Et ce soir donc la dernière prise d’ayahuasca, que j’appréhende un peu, sans envisager une seule seconde d’y renoncer !

La cérémonie aura lieu sous le patio, bien sur nous avons jeuné  et à la nuit nous nous installons. Nous ne sommes à nouveau que des femmes ; après la première prise, je ne ressens pas grand-chose et sans impatience je décide d’en reprendre car c’est la dernière fois et dut-ce être désagréable je veux aller au bout de ma démarche. J’attends donc une bonne heure mais  étant sans effet, je fais signe quand Romulo est disponible que je souhaite reprendre de l’ayahuasca .Dès que c’est fait, je vomis et le travail commence.

Travail pour être positive, bad trip pourrais-je dire aussi car je vais souffrir ! D’emblée je suis ailleurs, sans aucune notion de lieu ni de temps, et totalement inconsciente de mon corps ou de mon mental, avec seulement le ressenti  d’une grande souffrance qui dure, qui dure ; je me débats dans des ténèbres, en me demandant pourquoi c’est si difficile …Plus tard, je réinvestis un peu mon corps et réalise que je suis en train non seulement de pleurer mais de geindre, j’entends des sanglots et des plaintes sortir de ma gorge, sans que je puisse me contrôler, je me sens me débattre concrètement, en cognant ma tête contre le pilier, en m’enserrant de mes bras , en bougeant dans tous les sens. J’ai honte, j’ai le sentiment que je gêne le groupe, que je fais l’intéressante. C’est affreux, les sensations sont extrêmement violentes et le fait que je ne sache pas combien de temps cela va durer rend cette étape encore plus difficile. Cela va en fait durer des heures, durant lesquelles Emilio et Romulo vont être très présents, soit séparément soit ensemble. Je suis à nouveau dans une dualité, culpabilisant  parce que je monopolise leur attention, et capable de me dire froidement en voyant leur implication«  Eh bien  je dois être un sale état ! ». Pour ce dont je me rappelle, ils vont et viennent régulièrement  me parler, voir si je suis capable  de les comprendre, de serrer leur main en réponse, ils me secouent, me mettent la lumière d’une torche dans les yeux, m’aspergent le visage à intervalles réguliers ; je les entends vaguement commenter mon état entre eux, ils me verseront même  une fois de l’eau glacée sur la tête et le torse  pour que je ne parte pas trop loin… Je n’ai pas peur, je me sens en sécurité  mais que c’est dur. Je vomis à nouveau de nombreuses fois, dans de spasmes très douloureux et profonds, et quand cela remonte j’ai un rejet profond (sans jeu de mots), je pense «  Oh non, pitié, pas encore ! » tant ce que je vomis a un goût ignoble… j’ai le sentiment de vomir des quantités incroyables de choses noirâtres, pas le repas de midi en tout cas !  Dans un moment de semi-conscience, je cherche qui pourrait m’aider, je demande à mes filles ainées Sophie et Justine de m’aider, je les supplie de me donner de la force. Je pense aussi à des gens que j’aime et je les vois, mais qu’ils sont loin…Je pense que je suis au Purgatoire, et que la notion d’éternité est épouvantable. Je pense  que je ne veux pas renaître, pas réinvestir un corps, que c’est trop difficile. Je vois les deux chamanes s’agitant autour de moi, écartant à un moment mes jambes comme pour mimer un accouchement, mais qui serait plutôt ma propre (re)naissance, sauf que comme je suis physiquement pudique, cela me choque, même dans l’état  d’hébétude où je suis et bien que je porte un pantalon long ! A un moment je me rappelle comme une évidence que j’ai  un jour (dans une vie ?) été assassinée.  Emilio me prend carrément contre lui pendant un grand moment, je me laisse aller dans ses bras et entre ses jambes comme une chiffe molle, incapable de me tenir, de ressentir quoi que ce soit, de penser. Je ne suis même pas consciente du moment où il me repose, en essayant de me faire tenir assise contre le pilier, mais je réalise que je suis seule, et que peu à peu mes sanglots, mes cris s’apaisent. Je pleure toujours par moments et touche mon visage comme celui d’une étrangère.  Romulo vient à côté de  moi plus tard et me parle doucement en espagnol, me demandant de lui raconter ce que je vis, mais je ne lui réponds même pas, d’abord je n’en ai  pas la force, et puis je ne sais que dire…Le lendemain, Emilio me dira que je suis visiblement plus une personne « à états » qu’à « visions » . Des périodes de semi-conscience alternent avec des absences, je me maitrise davantage, même si je m’entends gémir régulièrement. Je pense que c’est heureusement la dernière fois , que je n’aurai plus à prendre l’ayahuasca avant longtemps, et encore si je le décide, ce qui me parait presque inconcevable tant je suis mal … Au bout de plusieurs heures, je suis plus calme, j’arrive à tenir debout et à regagner péniblement ma chambre, pas de rêves mais je dors très mal …

Jeudi 10 Janvier 2013 :

Je suis encore très secouée, ne regrettant rien mais soulagée que ce soit la fin du séjour. Nous avons dans l’après-midi une réunion dans la belle salle du haut, Romulo anime d’abord une séance de yoga et je fais mon possible mais je ne me sens ni bien ni à ma place, comme essayant de jouer un rôle : ok, je n’aime pas le yoga, et j’assume. Puis nous récitons des mantras en musique et avec les gongs tibétains, avant de parler de notre cérémonie  de la veille. J’exprime tout mon ressenti, ma douleur, ma gêne, et tout le monde me met à l’aise, expliquant que par mon travail j’ai fait travailler tout le monde et suis devenue hier soir et pour eux  « un maître » …Plus tard, les deux chamanes et moi avons une discussion plus personnelle …

Vendredi 11 Janvier 2013 :

Je pars avant l’aube, mais Emilio et Romulo se sont levés pour me dire au revoir….nous nous enlaçons…je pars heureuse et consciente du travail que j’ai accompli sur moi. Merci.

PEROU 2012 December-2013 January

December25

Lima

Cusco

Around Cusco ( Sacsayhuaman, Q’enqo,Pukapukara and Tambomachay)

La vallée sacrée (Urubamba,  Pisac, Ollantaytambo )

Maras, Les Salineras

Lac Titicaca, islas Oros, Amantani et Taquile

Machu-Picchu

Volontariat à la maternelle de Santa Rosa

En repartant vers Lima; islas Ballestas

Ica et lagune de Huacachina + bodega

Réserve nationale de Paracas

Huamanwasi

COSTA-RICA 2012 November

November13

Alajuela, Grecia, Parc national de Tortuguero…

Sarchi, volcan Poas, isla Tortuga…

Parque national Manuel Antonio…

Sailing in BELIZE: 2012 Oct

October26

GUATEMALA 2012 September-October

September14

Antigua:

Lake Atitlan :

Chichicastenango market:

Independance day in Guatemala

Paccaya volcano

HONDURAS: Mayan ruins of Copan

Guatemala/ Samuc-Champey

Tikal

Florès

Rio Dulce-Livingston

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