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« Le monde est bleu comme une orange » (Paul Eluard)

INDIA / SRI LANKA : June-July 2017

June17

Vendredi 9 Juin – Samedi 10 Juin : St Denis – Chennai – Mahabalipuram

Au moment de partir vers Chennai, point de départ de notre périple de deux mois en Inde et Sri Lanka, nous nous faisons une petite frayeur : en enregistrant, on nous dit que la feuille imprimée reçue par mail du service des visas indiens et que nous présentons n’est pas valable . Apparemment nous aurions sauté une étape , mais nous ne sommes pas les seuls ! Heureusement il n’y a aucune affluence aux comptoirs d’enregistrement et une équipe d’Air Austral qui a l’habitude se connecte directement au service des visas pour imprimer la bonne feuille . Aucun problème avec le visa d’Antony, mais malgré le bon numéro et tous les téléchargements de photo etc …faits au préalable, le mien n’apparait qu’à la troisième tentative ! La responsable nous dira ensuite avoir eu peur pour moi, d’autant que les contrôles sont très rigoureux et que la compagnie doit fréquemment rapatrier des passagers refoulés, avec une amende à la clé !

Ce ne sera pas notre cas, nous voilà partis pour six heures de vol, sans passager entre nous de surcroit ! A six heures du matin, nous atterrissons à Chennai où il fait déjà 31°et passons très rapidement les contrôles de police du e-visa. Chennai , 4ème ville du pays n’offre rien de sensationnel et nous avons décidé de la quitter tout de suite. Un taxi nous amène directement à Mahabalipuram ( 1500 roupies + 40 de droit d’entrée) en une heure et demie et à travers d’abord la cacophonie urbaine de Chennai puis de petites villes qui se succèdent . J’ai réservé à l’hôtel Daphné, près du centre et de la plage , une chambre tout à fait correcte avec ventilateur pour 800 roupies . Il fait très très chaud et nous commençons par nous reposer !Puis vers midi nous allons succinctement découvrir la ville, une petite cité balnéaire relativement touristique ; nous prenons nos premiers repas indiens , dhal, curry indien, avec délicieux jus frais et salade de fruits pour moi , pour 775 roupies ( 10 euros!) . Et on achète même au restau le guide du Routard 2017 de l’Inde du Sud qui trainait chez eux et me conviendra davantage que le Lonely en anglais . Puis nous rentrons à l’hôtel, il fait décidément très très chaud et c’est fatigant, nos membres sont tout gonflés ! Vers 16 h, nous ressortons nous promener sur la plage et assister au spectacle des barques rentrant de la pêche, des hommes pliant les filets, des familles indiennes qui se promènent…C ‘est très agréable .Il y a bien quelques touristes mais ce n’est pas la pleine saison, d’ailleurs les innombrables guest-houses et restaurants ne semblent pas faire le plein, et nous serons les seuls dans le restaurant où nous allons ensuite manger . Demain nous essaierons de nous lever très tôt pour visiter les très nombreux monuments de la ville, qui est aussi connue pour ses sculpteurs de pierre. Partout des échoppes proposent les petits éléphants ou autres éléments de pierre évidés, plus faciles à ramener chez soi que les gigantesques statues de Ganesh ou autres dieux hindous !

Dimanche 11 Juin : Mahabalipuram

En fait nous avions tant dormi que le sommeil a été long à venir et la nuit très brève ! Nous faisons néanmoins le gros effort de nous lever tôt pour profiter des heures les plus fraîches .Tout est fermé mais de nombreuses indiennes aux saris chatoyants sont dehors , faisant la queue aux points d’eau communautaires pour remplir tous leurs récipients . Nous devons nous contenter d’un thé brûlant dans la rue avant de partir vers le temple du rivage ; celui-ci domine la mer et , étant un des plus viens temples de l’Inde, ses sculptures ont été bien érodées par le sable et les moussons . Puis nous allons voir la «  descente du Gange « , une belle fresque sculptée de 27 m sur 9 m, et toute la colline autour , un ensemble très original qui date des VI au VIII siècles et qui est composé de grosses masses granitiques dans lesquels les temples ont été directement creusés. Après le repas et encore une grosse sieste car nous sommes assommés par la chaleur, nous ressortons vers 17 h et prenons un rickshaw pour rejoindre les Five Rathas ( 500 roupies /personne, avec le même ticket que pour le temple du rivage) .Cet ensemble de cinq temples très proches les uns des autres a été sculpté à la même époque que la colline, et là aussi les temples ont été sculptés d’une seule pièce dans de gigantesques blocs de granit qui se trouvaient déjà sur place . Les temples sont en forme de chars de possession et chacun est dédié à une divinité indienne. Ils sont moins abîmés que le temple du rivage et l’endroit est agréable . Il y a là beaucoup de familles indiennes qui se promènent et se prennent en photo à qui-mieux-mieux, on voit les classes moyennes ou supérieures avec de beaux appareils photos, les derniers smartphones et des habits à l’occidentale ( bien que couvrants) chez certaines femmes . Nous rentrons pour boire un verre sur un des nombreux toits-terrasses , regardant le soleil se coucher sur la ville pendant que les centaines de corneilles se rassemblent sur les arbres. Puis c’est encore le repas au Yogi, ce très sympathique restaurant franco-indien .

Lundi 12 Juin : Mahabalipuram – Pondichéry

Après avoir réglé nos deux nuits ( 1800 roupies) et nous être régalés d’un bon petit-déjeuner avec café au lait et jus /fruits frais, nous prenons un rickshaw pour rejoindre la route nationale où s’arrêtent les bus vers Pondichéry . C’est à 160 kilomètres et un taxi nous y aurait amenés pour 1800 roupies mais après avoir hésité ( nous craignons de devoir faire le trajet debout dans un bus bondé) nous décidons de prendre un des nombreux bus qui se succèdent jour et nuit . En fait nous avons beaucoup de chance car notre attente sur la route n’a même pas duré trente secondes et surtout nous allons trouver deux places assises dans le bus ! Je suis tout à l’avant sur une place qui était dédaignée ( la place du mort?) ce qui me permet de bien profiter du paysage. Maisons aux toits de chaume, végétation rabougrie , petits villages qui se succèdent, ceci m’évoque un peu la côte est de Madagascar, en bien plus sale puisque des immondices et d’innombrables résidus de plastique traînent un peu partout. Au bord de la route , une belle nationale à deux voies, puis brièvement à quatre, puis encore à deux, des étals sommaires proposent des papayes, des mangues et plus souvent encore des citrons. Bien que fluide, la circulation fait fi de toutes les règles de prudence ; notre chauffeur comme les autres klaxonne presque en permanence, que ce soit pour prévenir une chèvre au milieu de la route ou pour enjoindre un rickshaw roulant moins vite devant lui de s’écarter au maximum lorsque notre bus doit croiser un autre véhicule …Ces rickshaws sont souvent surchargés ( j’en ai vu un avec sept adultes en plus du chauffeur!) et les bus les frôlent à quelques centimètres ! Nous passons dans plusieurs petites villes, souvent de gros bidons ont été disposés en quiconque à l’entrée de ces villes afin d’obliger ponctuellement les conducteurs à ralentir . Sur plusieurs kilomètres nous longeons aussi des marais salants.

Une fois à Pondichéry, un rickshaw nous amène à New Guest house, indiquée sur le Routard, c’est l’annexe de l’ ashram Aurobindo et il est interdit de boire ou fumer si on y réside ( et il n’y a bien évidemment pas de wifi !) mais les chambres sont très propres, avec un petit balcon et un ventilateur efficace pour le prix sans concurrence de 500 roupies. Après nous être installés, nous partons manger dans un petit restaurant typiquement local ( Indian highlights ) où nous prenons deux baryanis végétariens, deux jus de mangue et une bouteille d’eau pour 140 roupies ( 1, 95 €!). Nous nous promenons un peu ( ok, on se perd!) avant de revenir pour la sieste dont nous avons pris l’habitude, il fait en effet si chaud que cela nous ôte toute énergie . ..Je remarque quelques vieilles maisons créoles, quelques longères de la Compagnie des Indes – dont Pondichéry était le siège- qui rappellent évidemment celles de la Réunion, ainsi que quelques noms de rues évoquant leur passé commun  : rue Mahé de la Bourdonnais, rue Suffren, rue; On se reperd ! Il faut dire qu’il y a par exemple deux rues : rue Mahé de la Bourdonnais et rue de la Bourdonnais , qui ne sont pas dans le même coin ! Plus tard nous allons nous promener comme les nombreuses familles indiennes sur la promenade longeant la mer, il n’y a pas de plage mais une jetée dominant des blocs de granit .Une grande statue de Gandhi trône devant la mer et j’y tremarque même un buste de Shoelscher ! Nous continuons par un cocktail ( à 250 roupies l’un) dans un bar plus cosmopolite où nous mangeons aussi un plat, ça fera une addition à 1000 roupies ( 14 €) , le luxe ! Au retour il n’est que 20h20 mais nous devons poireauter un moment devant la porte fermée de la guest-house, alors que le couvre-feu était bien indiqué à 22h…Ouf, fausse alerte, on nous ouvre !

Mardi 13 Juin : Pondichéry

Le matin nous allons petit-déjeuner à Eat My Cake , petit troquet sympathique tenu par un couple de Françaises, avec du personnel indien exclusivement féminin et tout fier de mettre en pratique leur français appris à l’Alliance. C’est un peu cher ( 600 roupies) mais pour la bonne cause, et nous apprécions leur wifi ! Au fil de nos pérégrinations dans les rues larges et ombragées de la partie française, nous rencontrons à nouveau quelques jolies maisons coloniales : certaines sont un peu délabrées, d’autres, dont on entrevoit les belles cours intérieures, ont été reconverties en guest-houses de luxe.Nous nous promenons ensuite dans la partie musulmane , peut-être un peu plus vivante , mais qu’il fait chaud ! Puis on reprend un rickshaw pour aller un peu à l’extérieur au vieux cimetière colonial et y déambulons un moment. Sous les frangipaniers et autres flamboyants, c ‘est un mélange un peu à l’abandon de milliers de tombes françaises et indiennes, parfois de riches caveaux de famille un peu délabrés , parfois de simples croix bleues. On ne mourait guère vieux au siècle dernier …Je remarque que les familles avaient l’habitude de faire graver les titres ( beaucoup de Légions d’Honneur) et la charge des défunts : commis principal de l’électricité, conseiller à la cour d’appel En tout cas, c’est bien émouvant de lire tous ces vieux noms de familles françaises et certaines épitaphes déchirantes : «  mort seul, loin de son épouse chérie et de ses six enfants » ou «  à notre fils unique et très chéri »…On se pose et repose un moment dans la même cantine indienne qu’hier , pour boire et prendre une assiette de riz tout en réfléchissant à la suite du périple. On pourrait descendre en bus ( 6 h + 4 h quand même!) vers Tanjore et Maduraï, grandes villes où il y a aussi de superbes temples, ou bien partir plutôt vers l’intérieur et les montagnes, ce qui nous rapprocherait du Kerala. Nous prenons un rickshaw pour aller nous renseigner aux compagnies privées situées près de la gare des bus départementaux et découvrons que sur les grandes lignes il n’y a quasiment que des bus privés roulant de nuit ; après moult tergiversations nous décidons finalement de partir ce soir vers Kodaïkanal, par le bus de 23h30, et en attendant nous repartons en ville. On va d’abord faire un tour à l’ashram de Sri Aurobindo, philosophe et leader du mouvement nationaliste qui s’est ensuite consacré à son travail intérieur . Lui et «  La Mère » , une française l’ayant rejointe, ont accueilli par la suite les disciples voulant le rejoindre et ce fut le début de l’ashram .Actuellement l’ashram est apparemment devenu «  une organisation financière et administrative puissante autant qu’une communauté spirituelle et religieuse «  …On visite la jolie maison créole où la Mère et le philosophe vivaient ; leur tombeau de marbre blanc, recouvert d’une magnifique composition de pétales et fleurs multicolores, trône dans la cour, au milieu des fidèles en méditation …Une librairie vend toutes leurs oeuvres dans plusieurs langues, et de multiples photos d’eux à tous âges .

Après des boissons fraîches bien méritées, on repasse à la guest-house nous préparer et refaire les sacs, on mange un brin et à 23 h nous voici prêts à affronter les huit heures de bus semi- couchettes et sans air conditionné ( les seuls directs vers Kodaïkanal/1275 roupies /2 ) .

Mercredi 14 Juin : Pondichéry – Kodaïkanal

Partis à l’heure exacte de Pondichéry où je découvre du bus des dizaines et des dizaines de malheureux dormant sur les trottoirs , nous passons donc la nuit dans ce bus relativement confortable ;;; j’ai connu mieux mais bien pire ! A six heures du matin, le bus quitte les plaines pour entamer sa montée dans la montagne, ouvrant de magnifiques perspectives , et à huit heures nous voici à Kodaïkanal, à 2370 m d’altitude. L’air y est frais et c’est agréable mais la ville en elle-même est moche et très sale .De plus le guide nous avait prévenus : l’offre hôtelière est chère pour des bâtiments décrépits et sales .Effectivement nous trouvons une chambre très très basique pour 700 roupies, avec de l’eau chaude seulement le matin, mais la dame est charmante . Après un petit-déjeuner très indien, on fait une petite balade au dessus du village : les vues sont époustouflantes et on est déjà quasiment dans les nuages ..Une jolie chapelle blanche et bleue accueille un pèlerinage pour Notre Dame de la Salette, comme à St Leu ! Il y a une petite communauté tibétaine dans le coin et je mange à midi un délicieux curry de mouton dans un restaurant tibétain . Mais au moment de redescendre, on entend ce qu’on prend au départ pour une fanfare, on se rapproche et c’est en fait une longue procession tamoule que nous allons suivre pendant un moment. Il y a bien des musiciens, des danseurs, des femmes parées de leurs plus beaux saris portant des pots de terre d’où jaillissent des flammes, et des couronnes de jasmin , mais la ferveur religieuse se manifeste aussi d’une façon plus radicale et pour nous plus dérangeante.En effet quelques fidèles , surtout des femmes, ont les lèvres et les joues transpercées de longues tiges de métal ; ceux qui sont dans ce cas sont entourés par plusieurs personnes qui s’en occupent et font en sorte qu’ils ne soient pas heurtés .Je remarque une femme qui a lèvres et joues percées, avec une espèce de très long balancier transversal , et qui visiblement souffre beaucoup. Mais le pire est une espèce de char tiré par un tracteur , sur lequel se balance un homme suspendu en l’air par des crochets qui transpercent ses épaules, son dos, ses cuisses et ses mollets . Lui ne semble pas souffrir ( transes dues à des drogues ? Sadhu transcendant sa souffrance ?) mais ce spectacle me dérange et je ne comprends pas les extrêmes de quelque religion que ce soit …La procession continue sous une pluie de mousson, c’est notre première journée de pluie . Le soir dans la guest-house nous apprécions les couvertures.

Jeudi 15 Juin : Kodaïkanal

Nuit moyenne avec un lit très dur, pas de drap de dessus, pas d’eau chaude et où j’ai eu presque froid …Mais j’ai mis le réveil pour 7h30 afin que nous puissions profiter de la belle première moitié de journée. Effectivement il fait assez beau ce matin, et après le même petit-déjeuner qu’hier, nous nous entendons avec un taxi pour partir faire un tour ( 1600 roupies, c’est bien cher!) . Le véhicule est un de ces petits Hitachi en forme de mini-mini-bus , qui sont en fait si bas qu’avec la bande bleue anti-luminosité du soleil, même le conducteur doit baisser la tête pour bien voir la route ! A travers une belle forêt protégée, principalement d’eucalyptus , nous faisons une quarantaine de kilomètres , avec deux arrêts à des magnifiques points de vue sur les collines en contrebas, pour arriver à un délicieux petit village : entouré de quelques rizières et de zones de maraîchage en terrasses, ramassé sur lui-même, il se caractérise surtout par toutes les couleurs de ses maisons et le soin apporté à la décoration des portes et fenêtres. Rose, jaune d’or, violet, vert anis, et bien sur beaucoup de bleu … toutes les couleurs cohabitent gaiement .Il semble y avoir une communauté tranquille, les femmes préparent le bois pour la cuisine ou s’occupent du linge, tandis qu’aujourd’hui les hommes sont assemblés sur la place du village où ça discute ferme ; on nous explique qu’il s’agit d’un meeting de revendication pour une meilleure desserte du village par bus. Nous nous avançons vers l’école où les enfants, avec leur petit uniforme marron, rentrent en classe mais sentons que nous ne sommes pas les bienvenus : la maîtresse ne parle pas un mot d’anglais et nous fait signe de rester à distance. Les femmes ne veulent pas trop être photographiées tandis que quelques hommes sont d’accord ou nous le demandent même .Ce village possède un temple sacré et nous faisons la queue avec les fidèles qui sont bénis par un prêtre. Arrivés à nous, il nous demande notre prénom, repart vers la statue d’un dieu qui est dans une niche , prie pour nous puis revient avec un plateau porteur d’une flamme et de cendre avec laquelle il met un point sur notre front. Les fidèles tamouls ont un rituel avec plus d’incantations, des phrases répétées en commun et des bracelets de fleurs de jasmin.Sur le chemin du retour, on fait en pleine campagne une halte près d’un autre temple, bâtisse moderne qui pour nous n’a pas d’intérêt mais des petits stands de nourriture se sont installés juste à côté , et nous prenons de gobelets de bonne soupe parfumée, ainsi que sur des toasts , une préparation d’oignons et de champignons des prés juste sautés devant nous, c’est très bon .Nous avons juste le temps de remonter en voiture avant que ne tombent des trombes d’eau, la mousson est bien là. Sieste, un peu d’internet au cyber café ( et des pensées pour Charlotte qui a eu aujourd’hui son épreuve de philo ), un verre, un petit repas de mouton dans un restaurant tibétain, un film sur l’ordi…le reste de la journée se passe comme d’habitude !

Vendredi 16 Juin : Kodaïkanal- Maduraï

Deuxième nuit moyenne et réveil à 7 heures pour partir vers Maduraï. Juste le temps de défaire la moustiquaire ( car oui, il y avait des moustiques à 2300 m d’altitude !) et de rejoindre la gare des bus…à 8 h nous sommes dans un bus qui s’ébranle. C’est un bus gouvernemental ( 140 roupies pour nous deux) car les bus privés, plus confortables et rapides, ne partaient qu’à 16 h et le taxi coûtait 2500 roupies. Donc ce n’est pas le grand luxe mais enfin nous sommes assis .En descendant la montagne, on a à nouveau de belles perspectives sur la forêt à perte de vue. Lors de la pause il y a des tas de singes qui s’approchent, espérant sans doute un peu de nourriture. Le bus fait un peu omnibus , et c’est bien long, Au total le voyage va durer quasiment cinq heures pour 120 kms . L’arrivée à Maduraï, une des plus vieilles villes d’Asie qui fait actuellement 1, 3 million d’habitants, nous plonge directement dans l’Inde telle qu’on l’imagine, avec sa saleté, sa circulation démente et une cacophonie indescriptible . On traverse pour y arriver un pont enjambant un large cours d’eau quasiment asséché, véritable décharge à ciel ouvert, où de ci de là les femmes font leur lessive dans des mares d’eau sale . On se pose au MR International Hôtel , recommandé par le compte-rendu récent de voyageurs que j’ai imprimé sur le forum du Routard, où nous avons pour 900 roupies une grande chambre toute propre, avec même, c’est la première fois, du papier toilette et de petits savons ! Et nous avons bien sur retrouvé la chaleur ! On ne fait pas grand chose de la journée, le fameux temple ce sera pour demain . Quand nous ressortons manger à la nuit, il a plu , les rues défoncées sont remplies de véritables mares, les trottoirs inexistants ou remplis de trous n’aident guère , on se fait frôler en essayant d’éviter les plus grosses mares par les dizaines de voitures et motos qui klaxonnent à qui mieux mieux ….C’est l’aventure, c’est l’Inde !

Samedi 17 Juin : Maduraï

Lever tôt pour aller à deux rues d’ici visiter le temple Sri meenakshi dont nous voyions depuis hier les 4 grands gopurams dominer la ville de leurs 60 mètres . Il y a en fait 11 tours ( gopurams) décorées de centaines de divinités colorées. Le temple en lui-même est comme une ville dans la ville, avec ses multiples cours et ses innombrables salles .Rien ne date d’ailleurs de la même époque puisque sa construction puis son agrandissement s’étalent entre le VIIIième et le XVIIième siècles. De nos jours, l’entrée en est sévèrement contrôlée, avec fouille des sacs et fouille au corps puisque les appareils photos ainsi que les briquets et allumettes sont interdits.Prévenus , nous avons aussi une tenue décente donc nous rentrons sans problème .Seules quelques parties sont exclusivement réservées aux Hindous, dont beaucoup sont en prière ou apportent des offrandes, ce qui nous permet de flâner dans la majeure partie des salles et d’admirer les milliers de colonnes et statues de pierre dont seule la partie haute est, comme les plafonds, peinte de couleurs vives. Les salles sont dallées de gigantesques pierres, et le plafonds aussi sont constitués de ces dalles, on comprend qu’il faille de nombreuses colonnes pour soutenir ce poids ! D’ailleurs le mandapa aux mille colonnes ( 985 en fait) est sans conteste la galerie la plus grandiose , avec une forêt de piliers sculptés, tous différents, qui ouvrent une fantastique perspective d’alignement de quelque côté qu’on les regarde. Mais cela fait tellement de piliers dans cette pièce, et tous si proches, que je trouve cela plutôt oppressant .Au final la visite , très bon marché de surcroît, vaut vraiment la peine .Nous prévoyons d’y retourner le soir puisque à 21 h tous les soirs a lieu une cérémonie rituelle : la statue de Shiva est transportée d’un lieu interdit aux non-Hindous jusqu’au sanctuaire de Parvati son épouse afin que les deux divinités dorment ensemble afin de régénérer tout l’univers…

Après la visite nous repassons par l’hôtel et achetons nos billets vers Colombo ( 185 € pour nous deux) ; on a en effet décidé de quitter l’Inde où il fait si chaud pour nous consacrer dorénavant au but premier de notre voyage , le Sri Lanka. Nous allons ensuite manger dans ce que le guide décrit comme une « bonne cantine végétarienne des temps modernes » et y faisons pour 200 roupies /2 un délicieux repas .On ne commande rien, on prend comme tout le monde ce qu’il y a aujourd’hui. Sur des tables en formica, on pose pour nous une feuille de bananier , et une armada de serveurs qui jongle entre les tables avec une gamelle métallique , simple, double ou triple, nous sert à la louche, déposant sur la feuille qui le riz, qui diverses préparations végétariennes, verte, rouge ou jaune, toutes délicieuses et étonnamment pas trop épicées . Nous nous régalons ! On vient nous resservir et on nous propose de tout plusieurs fois.Dommage que comme le font les locaux, il faille manger avec un lance-pierre !

Après le riz et les préparations salées , on nous donne un petit pot de lassi à mélanger avec un peu de riz, puis en dessert une espèce de riz au lait et au citron, tout ceci délicieux ( j’ai tout mangé!) et tout ceci pour 2,78 € à deux avec la bouteille d’eau  …

En fin de journée , nous voulons ressortir boire un verre en admirant le coucher du soleil sur la ville mais ce sera un jus de fruit, pour la bière il faut comme hier descendre dans une salle sombre et vraiment glauque en sous-sous de notre hôtel ! Nous mangeons ensuite rapidement ( pléonasme ici!) dans le même restaurant que pour notre premier repas à Maduraï , et avec le même délicieux carry de mouton, avant de retourner au temple . A cette occasion nous allons entrevoir trois touristes : avec un jeune croisé cet après-midi, ce sont les seuls touristes croisés depuis quasiment notre arrivée en Inde. Je suis étonnée par le nombre de pèlerins qui sont dans le temple à cette heure, la cérémonie se fait d’ailleurs attendre et lorsqu’elle a lieu n’a strictement rien d’extraordinaire : le palanquin portant la statue cachée aux regards est transportée à toute vitesse devant le temple dédié à son épouse.A ce moment le palanquin est posé par terre, et pendant qu’un officiant l’évente, des musiciens jouent une musique plutôt agréable et presque aussi jazzy qu’indienne ! Mais le temple de nuit est toujours aussi beau ! Et ce soir il n’a pas plu .

Dimanche 18 Juin : Maduraï / Colombo

Petit-déjeuner quasiment occidental ce matin sur le toit-terrasse d’un hôtel, avant de prendre un taxi ( 400 roupies) pour nous rendre à l’aéroport à 20 kms . L’aéroport «  international «  de Maduraï ( puisqu’il dessert Colombo) est un tout petit aéroport flambant neuf , où on ne transige pas avec la sécurité. Tous les bagages sont scannés deux fois, d’abord par les services de police, puis par la compagnie elle-même ( Spice Jet) avant que nous n’ayons le droit d’enregistrer . On change nos roupies indiennes en trop contre des roupies du Sri Lanka et je trouve dans la seule petite boutique moche de l’aéroport deux aimants, je ne prends pas en revanche le seul mug, trop laid ! Et nous voici partis pour une heure de vol, quittant une côte rouge et brûlée pour survoler un océan turquoise et arriver sur une côte très verdoyante : rien que de nos hublots la différence saute aux yeux .En arrivant à l’aéroport de Colombo, les formalités sont très rapides . En une minute, nous payons les 80 dollars de nos visas pris à l’arrivée, en trois minutes nos passeports sont tamponnés , en dix minutes nous sommes dehors et prenons immédiatement un bus direct pour le centre ville ( 240 roupies + 200 pour les bagages!) . On sent tout de suite qu’on a perdu dix degrés, quel bonheur ! Ce qui saute également aux yeux sur les 30 kms de trajet, c’est le côté verdoyant, et , même si ça se gâte un peu vers les faubourgs de Colombo, l’extrême propreté . Du centre un tuk-tuk nous amène à la pension réservée, c’est un peu moyen , me semble- t-’il, pour 16 €, mais Colombo est plus cher que le reste du pays. Il est 15 h et on ressort immédiatement manger dans un troquet très populaire et où il n’y a que des hommes, deux plats du jour riz frit- poulet et trois grands jus de mangue pour 730 roupies, 4, 20 €…Après ,petit tour dans un marché où on ne peut que remarquer les nombreuses femmes toutes voilées de noir , ça j’aime moins…Idem le soir où il y a une affluence énorme autour des stands , il est vrai qu’on est dans le quartier musulman, mais une femme sur trois ou quatre est un fantôme noir . On s’assoit à un stand de rue pour grignoter quelques bricoles avant de rentrer .

Lundi 19 Juin : Colombo

Après un petit- déjeuner dans une pâtisserie en face, nous entamons une journée qui sera rythmée par plusieurs déplacements en tuk-tuk . D’abord Colombo est une grande ville ( 4,6 millions d’habitants) ensuite nous commençons par chercher un réparation d’appareils électroniques, le camescope d’Antony ayant son obturateur qui reste ouvert. Une fois l’appareil confié à une boutique adéquate, on part visiter le musée national ( 1200 roupies /2) , situé dans d’anciens bâtiments coloniaux tout blancs et qui est plutôt intéressant avec ses collections préhistoriques ou plus récentes , ses multiples bronzes et statues, ses armes, pièces etc de l’époque coloniale à nos jours .Nous nous faisons ensuite déposer au New Palm Leaf hôtel ( hôtel voulant dire ici petite gargote) pour prendre comme les locaux une assiette de riz frit avec quelques accompagnements végétariens, plus un délicieux jus de mangue frais. Il y a partout de multiples stands de fruits , dont de magnifiques ramboutans bien rouges et dodus .On continue notre après-midi en flânant dans le quartier du Fort, cœur historique d’une ville en plein renouveau avec de beaux bâtiments coloniaux en rénovation . C’est le coin des ministères et des ambassades , des boutiques de luxe aussi et là on ne croise aucun « fantôme »…Juste à côté, le quartier de Pettah est un des plus vieux quartiers de Colombo ; infiniment plus vivant et coloré, avec ses marchés et boutiques qui vendent de tout , et on y croise une foule bigarrée et bruyante . Mais je note beaucoup de différences avec l’Inde ; même si la circulation est parfois chaotique, les conducteurs des deux-roues portent un casque, les passages piétons sont respectés , et surtout les gens klaxonnent raisonnablement, ce qui est infiniment reposant ! On finit à Galle Face Green, une bande d’herbe étroite en front de mer , ce n’est pas très folichon d’autant qu’il n’y a pas de plage mais c’est un lieu de promenade et on y croise quelques jeunes s’adonnant au cerf-volant….Après avoir récupéré le camescope fonctionnant et tout révisé ( 100 dollars quand même ! ), nous rentrons bien fatigués à l’hôtel.

Mardi 20 Juin : de Colombo à Galle

C ‘est par le train que nous rejoignons Galle en deux heures ce matin ( 300 roupies) , et coup de chance, lorsque nous arrivons à la gare vers 10 heures, nous avons 10 mn pour attraper le train qui va partir, le suivant n’étant à 14 h 45 ., et en plus nous prenons les deux dernières places assises du wagon. C’est un vieux train avec un passage métallique entre les wagons comme les vieux trains de mon enfance. , et nous sommes côté mer , ce qui nous permet d’avoir de superbes vues car la voie ferrée longe en permanence la côte, parfois à 2 m, parfois laissant entre la mer et mes trains une étroite bande remplie de maisons de pêcheurs ou de quelques hôtels .A destination, un tuk-tuk nous conduit à notre appartement , chez Dam que j’ai choisi hier sur Booking ( 20 € )au vu des commentaires dithyrambiques bien qu’il habite à 2 kilomètres du fort de Galle et non dans la presqu’île même. Effectivement l’appartement est nickel, l’endroit super calme avec plein de singes dans les arbres alentour et de plus Dam nous propose de cuisiner un carry de crevettes avec nous ce soir. Antony part donc en moto avec lui au supermarché pendant que je lance une machine, puis nous nettoyons les crevettes et les laissons mariner , avant de prendre un bus pour rejoindre le Fort ( 2 mn de bus et 20 roupies /2) . Le Fort a été édifié par les Hollandais à partir de 1663, il s’étend sur 36 hectares et sur un promontoire bordé sur l’océan sur trois côtés. C’est très agréable de s’y promener et d’admirer de beaux bâtiments coloniaux hollandais , d’autant que la plupart ont été très bien restaurés. Les petites rues à l’intérieur comportent énormément de boutiques plutôt branchées, de cafés et de guest-houses. Alors oui, c’est touristique , mais c’est beau, c’est propre, il y a très peu de monde, donc nous profitons du moment et ne partons des remparts qu’une fois le soleil couché sur les flots …La nuit étant tombée, et comme nous avons oublié de reprendre l’adresse de White House apartment, nous galérons un peu pour retrouver notre chemin ! Comme promis, Dam monte nous rejoindre à 19h 30 et nous allons cuisiner ensemble un curry de crevettes, qui avec ses légumes et ses nombreux épices va se révéler délicieux….A refaire ! Nous sommes vraiment contents de notre première approche du Sri Lanka, la nature, la propreté, la gentillesse de ses habitants , et impatients de découvrir la suite. De plus , ce soir, et comme nous ne la prenons jamais, nous allons apprécier de dormir avec la clim !

Mercredi 21 Juin : Galle et alentours

Petit-déjeuner inclus dans le prix et préparé par Dam ce matin à l’appartement : une omelette, des toasts avec beurre et confiture, une salade de fruits et du café au lait . Puis Dam nous trouve un tuk-tuk pour la journée ( 3500 roupies) puisque nous avons décidé de nous promener aux alentours . Nous passons par la ville moderne de Galle car Antony doit acheter des chaussures de marche mais il a le plus grand mal à trouver sa taille ! Toujours dans la ville et par hasard je fais s’arrêter le tuk-tuk devant un immense entrepôt/ atelier d’antiquités et de réfection de meubles où il y a de très jolies choses et où j’achèterais presque tout ! Puis on continue ensuite sur une quinzaine de kilomètres vers une forêt tropicale où d’après le guide de jolis chemins sont balisés . Ce sera au final une déception puisque nous commençons à marcher sur un chemin qui se révèle vite pas du tout entretenu et impraticable , et à un autre endroit nous nous faisons entreprendre par un guide qui nous propose de cheminer le long d’un arboretum, mais entre les tickets du parc et sa prestation cela fait cher et ne semble surtout pas en valoir la peine. On poursuit donc en se faisant amener au temple de Yayagala Raja Maha Viharaya , un joli temple troglodytique et très tranquille où des moines habitent depuis plus de 1500 ans. On admire le Bouddha couché de 9 mètres et surtout les peintures qui couvrent murs et plafonds , et sont d’après le guide caractéristiques de la période kandyenne. Tout près alors de la plage de Unawatuna, nous allons y manger ; la plage est superbe mais l’endroit très touristique. Bien qu’il n’y ait quasiment pas de clients aujourd’hui, c’est une succession de restaurants de plage, de centres de plongée et de guest-houses. Je relativise néanmoins, on n’est pas encore sur les îles de Thaïlande et c’est tant mieux ! Mais ce n’est pas à Unawatuna que nous avons prévu de nous baigner, le tuk-tuk nous dépose à Jungle Beach, une petite plage bien plus isolée et qui est effectivement bien agréable avec son sable blond et l’ombre de ses grands arbres. Premier bain dans l’Océan depuis notre départ et l’eau est à température idéale, c’est un vrai bonheur ! Après une bonne douche et un temps de repos, nous cuisinons à nouveau avec Dam ( vraiment adorable mais deux jours nous suffiront!) , ce soir c’est du poulet et c’est également excellent ! Au moment de me coucher, je réalise que mon pantalon est tâché de sang à plusieurs endroits ; même protégée par des chaussures de marche et pantalon long, j’ai été attaquée à quatre endroits par des sangsues, berk !

Jeudi 22 Juin : De Galle à Tangalle

Le matin , deux heures de bus ( 310 roupies / 2) nous amènent à Tangalle , toujours sur la côte. Nous longeons donc des plages plus jolies les unes que les autres , et quantité d’hébergements . Notre chauffeur roule comme un fou , et en dehors d’une gare routière au milieu du trajet, s’arrête si brièvement que tous les passagers doivent quasiment monter en marche . J’ai choisi la guest-house Sea Breeze garden pour son prix ( 11 €), sa situation au calme à 50 mètres de la plage et pour ses commentaires très élogieux. Effectivement nous arrivons chez une délicieuse famille sri-lankaise, qui nous prépare d’excellentes nouilles frites avec le meilleur jus de citron que j’aie bu jusque

là, et la chambre est simple mais confortable, avec un excellent lit . Pendant que notre hôtesse cuisine, nous pouvons observer dans les arbres du jardin de magnifiques oiseaux  : loriot à capuchon noir , barbu, martin-chasseur de Smyrne, perruche … Nous partons ensuite nous rafraîchir, la plage est paradisiaque et déserte, mais de gros rouleaux incitent à une baignade très prudente… dans les petites vasques protégées par les rochers des extrémités de la plage ! Comme on est vraiment au calme et à 10 minutes du centre de Tangalle, nous mangeons sur place le soir, des crevettes sur commande donc hyper fraîches, et nous partons ensuite avec le taxi de Tharu (1900 roupies) à un centre de préservation de tortues marines. Il y a en effet quelques sites où elles montent pondre quasiment toutes les nuits et Antony n’a jamais vu cela . A destination et pour 2000 roupies /2, un guide local mais qui ne parle pas anglais nous amène sur la plage où un petit groupe est déjà auprès d’une tortue. Par chance car elles sont plus rares ici, c’est une grosse tortue luth . Même s’il y a un manque criant d’information, les guides sont tout à fait respectueux de l’animal et donnent de bonnes consignes sur le moment et la manière de se placer autour d’elle, et on peut prendre quelques photos à la lumière rouge. Sous une voûte céleste extraordinaire, Dame Tortue pond donc ses œufs, les recouvre longuement , s’extirpe du trou et bien qu’exténuée regagne la mer…Nous regagnons , nous, nos pénates vers minuit .

Vendredi 23 Juin : Tangalle

Il a apparemment plu cette nuit mais la journée s’annonce belle . Antony s’est levé tôt pour aller filmer quelques oiseaux et notre hôtesse nous prépare un petit déjeuner pantagruélique avec des crêpes à la noix de coco. J’ai ensuite envie d’aller « piquer une tête « , ou plutôt en fait de revenir dans les mêmes petits bassins, bien que la mer soit un peu plus calme ce matin. La température est idéale , 28° dehors et sans doute la même température pour l’océan, c’est le bonheur ! On fait ensuite appeler un tuk-tuk pour rejoindre la gare routière car nous avons décidé d’aller en bus à 17 kilomètres de là voir les temples rupestres de Mulkirigala . Nous savions qu’il fallait deux bus, comme ce n’est pas sur une route directe, mais le chauffeur de tuk-tuk nous en annonce trois, et comme , après un premier refus de notre part , il nous propose le prix imbattable de 1800 roupies de notre chambre à notre chambre, nous le gardons pour la visite. Tout fier, il fait même un petit détour pour nous montrer sa maison, son épouse et son chien , mais pas son fils qui est en classe, nous savons tout ! Après avoir traversé une forêt avec beaucoup de cocotiers , et quelques rizières , et croisé le chantier d’une future autoroute ( beaucoup de chantiers semblent en cours dans le pays ), nous arrivons au temple . Il s’agit en fait de sept temples troglodytiques, construits à plusieurs niveaux sur un éperon rocheux ( beaucoup de marches!) et qui vont s’avérer une bonne surprise ; en effet toutes les salles des Bouddhas couchés sont entièrement peintes ;cela date apparemment du XVIIIième siècle . Les multiples scènes de la vie des humains goûtant les fruits défendus puis des pêcheurs affrontant les tortures éternelles sont majoritairement peintes de couleurs vives, ce qui est gai, et j’aime en particulier les plafonds qui ont été peints sans laisser un cm2 de libre mais en suivant exactement les formes bosselées du plafond des grottes, l’effet est original. Nous sommes quasiment seuls, les quelques pèlerins rencontrés n’ont pas dépassé le troisième temple ! Quelques ondées nous surprennent , mais il s’agit plutôt de giboulées et le soleil brille à nouveau après cinq minutes. Au temple supérieur , nous trouvons un moine qui nous bénit et nous attache deux bracelets au poignet ( obole!) , et nous accédons du sommet à une vue magnifique sur la forêt à perte de vue …Il est temps de repartir et nous allons manger local au Saliya Restaurant, recommandé par le Lonely Planet , et donc effectivement le calamar grillé est un délice ! Fin d’après-midi tranquille à la guest-house, sur la petite terrasse au milieu des fleurs et des arbres , et nous nous contentons de finir les crêpes du matin …Un scorpion de belle taille vient nous visiter sous la terrasse, et se met en position d’attaque quand on veut le chasser !

Samedi 24 Juin : de Tangalle à Wallighata

Nous pouvons faire un check-out tardif donc ce matin nous prenons le temps ! Nous rejoignons à 10 mn de marche une autre plage un peu plus loin, toujours aussi jolie et toujours aussi déserte. Dommage que là aussi les grosses vagues me freinent un peu ! On repart vers midi 30 et Tharu nous dépose sur la route principale où le bus arrive en même temps que nous . Nous voici partis pour deux heures et pour 200 roupies / 2 vers Wallighata ; le bus sera plein quasiment tout le temps mais après quelques minutes nous avons la chance de pouvoir nous asseoir. Wallighata fait la jonction avec le parc de Bundala où nous irons demain, un parc où il y a énormément d’espèces d’oiseaux et où on peut voir aussi des singes, des crocodiles, des éléphants si on a de la chance. Effectivement , du toit terrasse de notre petit hôtel, le seul du coin, mais très pratique à 2 kms du parc, on voit bien une végétation type savane africaine. Le propriétaire nous propose un petit safari pour demain, le prix des entrées est de 5000 roupies / 2 et le prix négocié de la jeep à 4000 roupies. Banco ! Il faudra se lever tôt !

Dimanche 25 Juin : de Wallighata à Tissamaharama

Effectivement le réveil sonne à 5h30, à peine le temps d’avaler un café et nous voici en route vers le parc . La Jeep est très confortable, avec des sièges de belle voiture, et surtout nous ne sommes que deux , ce qui est super ! Notre chauffeur a l’œil et avant même l’entrée du parc nous montre plusieurs oiseaux intéressants et un crocodile. Ensuite un jeune guide monte avec nous, et jusqu’à 10 heures le chauffeur nous promène successivement dans plusieurs parties du parc.( savane, étangs…) On voit énormément d’oiseaux , puisque ce sont principalement eux qui font l’intérêt du parc : beaucoup de guêpiers, des aigles, des perroquets , beaucoup d’oiseaux endémiques dont j’ai oublié les noms , et beaucoup d’échassiers : des aigrettes , des flamands, des cigognes etc. mais aussi plusieurs crocodiles, des centaines de singes ( deux des trois espèces du Sri Lanka ), une grosse tortue, plusieurs varans ( beaucoup moins sympathiques que les iguanes!) , une mangouste et …un éléphant. Il n’y a ni lion ni girafe dans les parcs du Sri Lanka , mais des léopards et des ours dans d’autres parcs que celui-ci. Au final, le safari, quoi qu’un peut cher, vaut la peine, surtout pour les oiseaux . Après un petit-déjeuner tardif, nous nous postons sur la route et comme d’habitude vu la fréquence des bus, nous repartons immédiatement vers Tissa, à 12 kms seulement ( mais 100 roupies / 2, va comprendre!) . Le bus porte comme beaucoup au dessus du conducteur un tableau multiple de Bouddha agrémenté de leds multicolores et qui clignotent à qui mieux mieux . L’effet est surprenant, mais pas autant que les gigantesques panneaux religieux clignotant ensemble que nous avons croisés l’autre soir en allant voir les tortues….Cela faisait plutôt Las Vegas ou salle de jukes-box que temple ! A Tissa, j’ai réservé le Safari Hotel car il est bien noté, avec petit-déjeuner et prêt de vélos compris , mais pour 11 € je ne sais pas trop à quoi m’attendre…Bonne surprise, chambre confortable et salle de bains immaculée, avec une immense terrasse couverte et ventilée ! Dans l’après-midi on prend donc les vélos pour aller nous promener aux alentours . Au détour des rizières, se profile un assez grand lac autour duquel se sont établis quelques commerces . Une promenade longe le lac sur 2 ou 3 kilomètres, et à plusieurs endroits de longues marches descendent en pente douce vers l’eau. Ces endroits sont très animés, des groupes se baignent , groupes mixtes je le remarque, même si les femmes sont plutôt en short qu’en bikini, des enfants jouent dans l’eau, des groupes de jeunes hommes chahutent, des femmes se lavent les cheveux , des hommes se savonnent tout le corps …Des marchands ambulants proposent des fruits ou des boissons.On nous hèle, on nous fait des petits saluts de la main. On sent une atmosphère familiale et bon enfant , sans agressivité , qui concourt encore à nous faire bien apprécier cette belle île. Le soir nous mangeons tranquillement au Safari Hotel.

Lundi 26 Juin : Kirinda

Petit-déjeuner pantagruélique ce matin , inclus dans le prix : omelette, hoppers divers ( des œufs dans des nans) et divers curries ! Un peu trop épicé pour moi néanmoins . Comme il semble qu’il n’y ait pas trop de bus vers Kirinda, qui n’est qu’à quelques kilomètres, nous y allons en tuk-tuk (600 roupies) .L’idée était d’être sur la plage , mais le Sea front Wiew hôtel n’est pas si bien que les derniers, et la mer est là aussi assez démontée . Néanmoins l’équipe de jeunes qui gère l’hôtel est sympathique et nous annonce qu’il y a aujourd’hui un festival pour fêter la fin du Ramadan. Ils font en effet partie des 8% de Musulmans du Sri Lanka ( même si dans le quartier de Colombo où nous avons logé, ils étaient majoritaires!) .Ces jeunes nous invitent à venir manger et boire avec eux , sortent l’arrack, l’alcool local, un plat de poulet où tout le monde se sert, et du yaourt léger fait avec du lait de buffle qui est très bon . Certains chantent également au son du tambour. Puis nous partons nous promener dans ce tout petit village . Kirinda est dominé par un temple bouddhiste, tout en haut d’un promontoire d’énormes rochers ronds et je lis que lors du tsunami toute la population survivante s’est réfugiée près de ce temple.En tout cas aujourd’hui il doit y avoir un pèlerinage ou une cérémonie car des dizaines de cars amènent des pèlerins, la plupart vêtus de blanc . Entre la mer et les terres, il y a quelques petites pièces d’eau et plusieurs tortues ( pas très belles, ce ne sont pas des tortues marines) paressent au soleil sur les rochers alentour. Nous marchons ensuite un peu le long de la mer , mais n’arrivons pas à trouver un endroit propice à la baignade, avant de revenir vers le village pour boire des oranges pressées, mais, va savoir pourquoi, la jeune fille me sale la préparation , berk ! Après un peu de repos, lecture, sieste, nous cherchons un endroit où manger mais il semble qu’à cause du festival, tout soit fermé dans le village .Néanmoins un monsieur qui conduisait un tuk-tuk avec sa fille ou sa femme nous dépose gracieusement quelques kilomètres plus loin à un grand hôtel : c’est cher mais étant les seuls nous avons le privilège de manger dehors tout au bord de l’immense piscine à débordement illuminée . Nous rappelons le monsieur qui nous avait donné son numéro, en pensant qu’au moins il aura ainsi gagné une course , mais celui-ci refuse que nous sortions le moindre argent. D’ailleurs , nous dit-il, il n’est absolument pas taxi mais directeur d’école ! Il nous explique que dès qu’il peut aider des Français il le fait, car lors du tsunami, alors qu’il avait tout perdu, sa maison et toutes ses possessions au point de n’avoir plus rien à se mettre, ( et où il a aussi perdu son frère ), un Français inconnu lui a donné 5000 roupies .Son histoire nous émeut …

Mardi 27 Juin : de Kirinda à Ella

Nous payons 11,50 € pour notre chambre et le petit-déjeuner, et c’est notre ami d’hier soir qui vient nous chercher pour nous ramener à la gare routière de Tissa. Au passage il nous montre brièvement l’école de 580 élèves dont il est le directeur, école entièrement construite après le tsunami., et où les cours reprendront demain après les vacances d ’un mois liées au ramadan. Nous bavardons pendant le trajet et c’est un plaisir de converser avec un homme érudit .Il y a 4 langues dans son école, nous dit-il : le ceylanais et le tamoul comme partout au Sri Lanka , mais aussi le malais car une importante communauté d’origine malaise vit dans la région, et l’arabe. A la gare routière nous prenons immédiatement un bus vers Wellawaya , puis dans la foulée un autre vers Ella. Notre destination est une propriété de la famille de Dam, où il fait construire des chambres d’hôtes dont une au moins est opérationnelle, et qu’il nous a décrite comme un endroit idyllique au beau milieu de la jungle . Comme nous avons juste comme indication de nous faire arrêter au km 19 avant Ella et que c’est un peu dur à expliquer à l’aide du chauffeur qui vend les tickets, nous lui donnons une fois dans le bus le numéro de Dam et ce monsieur l’appelle gentiment pour avoir toutes les informations. Une fois de plus cela nous confirme l’extrême gentillesse des gens du cru, qui sont quasiment sans exception chaleureux et serviables sans contrepartie. Les trajets en bus se passent bien, ce sont de véritables omnibus qui s’arrêtent à la demande, soit parfois 15 m après le dernier arrêt, et nos chauffeurs, qui roulent tout à fait calmement, ont bien du mal à passer la 4ième ! Du coup nous mettons autour de 4 heures pour faire 60 kilomètres ! Le bus ramasse tous les enfants qui rentrent de l’école, dans leur uniforme blanc pour les filles, blanc également pour les garçons les plus grands ( pas très fonctionnel sous ce climat) , blanc avec short bleu pour les garçons les plus petits .Les derniers kilomètres sont dans la montagne mais l’arrivée n’est pas aussi haut que je le craignais et il ne fait pas du tout froid. Au point de rendez-vous nous sommes attendus par la famille de Dam, je crois que c’est son frère et sa compagne ukrainienne , qui nous amènent chez eux.C ‘est effectivement au milieu de nulle part, et si dès les premières minutes nous voyons plusieurs singes devant le balcon, plus un aigle noir qui passe majestueusement à 4 mètres au dessus de nous, nous nous demandons néanmoins assez vite ce que nous allons bien pouvoir faire ! On verra cela demain. La construction n’est pas finie et les propriétaires cuisinent sous une tente ; Dam nous a d’ailleurs bien dit qu’il n’y a pas de prix imposé pour le moment. Mais la chambre est confortable , et s’ il n’y a pas la wifi bien sur, il y a de l’eau chaude !

Mercredi 28 Juin : Ella

Curieux petit-déjeuner que celui qui nous a été apporté ce matin : une omelette accompagnant une copieuse assiette de pommes de terre, carottes et chou ! J’avoue que je n’ai rien mangé …On nous propose ensuite une randonnée pour aller voir une belle cascade, et nous partons , accompagnés par un petit jeune qui travaille ici. Non seulement celui-ci ne connaît pas le chemin et va téléphoner une bonne vingtaine de fois pour se faire guider à distance, mais en plus…pour les deux premières heures il n’y a pas de chemin ! On doit passer en pleine jungle sous des arbres dont les feuilles tombées glissent sous nos pieds, escalader des lits de cascades asséchés en grimpant de rochers en rochers…c’est simple, ça ne fait que monter , et sévèrement . On dirait par moments la montée au Choungi, mais en dix fois plus long !C, est interminable ! Heureusement vers la fin nous tombons sur le vestige d’un ancien chemin , qui n’est plus du tout entretenu mais est un peu plus plat, puis sur un vrai chemin de terre plus récent. Nous avons dépassé la forêt et il y a de très jolies vues sur toutes les collines et forêts à perte de vue . Finalement nous arrivons au sommet d’un plateau, où il y a quelques maisonnettes . Comme notre jeune guide ( qui ne parle pas anglais) est totalement perdu, et appréhendant la descente sûrement plus dangereuse que la montée, nous décidons d’abandonner . Des cultivateurs nous indiquent la direction d’une route goudronnée , que nous atteignons en 1 ou 2 kms à travers des plantations de thé, et un monsieur nous ramène jusqu’à la route ^principale avec son tuk-tuk personnel.( 600 roupies ), c’était vraiment loin ! Il ne nous reste qu’à faire les 2 kms de montée sévère de la route à l’habitation…on ne ferait pas ça tous les jours ! Après-midi de repos…L’endroit est sympa mais vraiment trop excentré, et nous ne pouvons être autonomes, on prévoit donc de lever le camp demain. Journée bizarre quand même car Antony a totalement oublié mon anniversaire  :-( et cela me peine.

Jeudi 29 Juin : De Ella à Haputale

Toujours un petit-déjeuner d’omelette ( je la donne !) et de légumes ce matin, non de fruits en fait puisqu’il s’agit de tomates et ça passe déjà un peu mieux ! Après avoir demandé et réglé une note de 2000 roupies pour les deux nuits et tous les repas, nous sommes amenés à 9h 20 à la gare, avec un arrêt à la fameuse cascade que nous découvrons finalement de sa base ! La gare de Ella est toute petite et mignonne …et remplie de plus de touristes que nous n’en avons vus depuis notre arrivée en Inde le 10 Juin…Le wagon panoramique ( 1000 roupies d’après le Lonely) du train de 9h30 est tout réservé , il faudrait attendre une heure et nous prenons donc deux billets de seconde classe pour Haputale, à une heure de route. ( 100 roupies /2) . On a peur que le train n’arrive déjà bondé, et que vu le nombre de touristes il soit dur d’avoir une place, mais en fait il arrive presque vide et nous pouvons nous installer tranquillement près d’une fenêtre, voire par moment sur le marchepied du wagon, et avoir de magnifiques vues sur le paysage . On passe peu à peu de 1100 m à 1700 d’altitude et les paysages sont extraordinaires , surtout vers la fin du trajet quand le train roule au milieu des immenses plantations de thé vallonnées . Arrivés à Haputale, on s’installe dans un hôtel recommandé par le guide, la chambre a un balcon s’ouvrant sur une perspective à perte de vue…Il paraît qu’on peut même voir la mer à certains moments ! Haputale est une petite ville essentiellement tamoule ( bien qu’une mosquée domine l’hôtel), accrochée sur une longue crête étroite , et la ligne de chemin de fer , véritable prouesse technologique du XIXième , a été entaillée dans la montagne, elle est donc bordée d’un côté par un précipice . Après avoir grignoté quelques gros samoussas et autres en-cas indiens au village, nous négocions avec un tuk-tuk pour qu’il aille nous déposer à la prochaine gare, Igalnashinna , afin de revenir à pied en longeant la voie ferrée pour encore mieux profiter des vues splendides . La négociation est dure car il nous dit devoir emprunter une route très mauvaise et plus longue pour rejoindre la gare , voie ferrée et route principale étant éloignées l’une de l ‘autre. Ce sera donc 1100 roupies et nous partons dans son tuk-tuk. Effectivement , la route devient vite très peu praticable et nous sommes secoués comme des pruniers, mais cela nous permet aussi d’avoir d’autres points de vue , de découvrir de plus près les plantations de thé qui couvrent les versants bien soignés , de croiser les femmes tamoules qui s’en reviennent du travail avec leur grand sac de toile sur l’épaule …Pendant les 30 / 40 mns du trajet, nous traversons visiblement la même propriété «  Plantation Beauvais «  . Puis la minuscule gare d’Igalnashinna est là, posée sur une crête alors que je m’attendais à ce qu’elle soit plus bas , et nous faisons à pied les 8 kms du retour, avec toujours un magnifique ciel bleu et des vues enchanteresses

On rencontre un train dans chaque sens , et vers la fin du trajet, quand on arrive dans les alentours de Haputale , quelques locaux qui utilisent aussi la voie comme accès pédestre , mais pas un seul touriste. Au final c’est une superbe promenade, et puis plate, celle-ci ! Petit shop-suey le soir au Sri Lak holiday inn.

Vendredi 30 Juin : Haputale

Après un petit-déjeuner normal tout simple ( ouf!) , nous prenons un bus «  local mais special » ( 300 roupies / 2) qui va nous amener jusqu’au point de vue du « siège de Lipton, » encore 7 kms plus haut que la fabrique de thé que nous prévoyons de visiter en redescendant . Cette fabrique a été construite en 1890 par Sir Thomas Lipton et c’est la plus grande fabrique de thé du Sri Lanka . Pour le moment nous voilà dans le bus, qui monte encore nettement sur 11 kms à partir d’Haputale, dans une autre direction que la voie ferrée et sur un autre versant qui n’est pas en reste de paysages somptueux. A un moment le bus est complet mais une quinzaine de travailleurs ou villageois montent à un arrêt et tout le monde se serre ! Dès que nous entrons dans le domaine de Dambatenne Tea factory ; qui s’étend sur des centaines d’hectares vallonnés, je vois que tous les buissons de thé sont plantés encore plus régulièrement qu’ailleurs , les parcelles sont séparées par des escaliers de pierre facilitant l’accès set des dizaines de travailleurs avec leur sac sont en train de ramasser les feuilles de thé du jour , tout est propre, tout est vert à perte de vue …On dépasse la maison du manager qui doit dater de l’époque victorienne, avec sa façade et ses bardeaux typiquement anglais, puis l’immense fabrique elle-même, avant de continuer quasiment jusqu’au sommet par une étroite route goudronnée . Je n’ai plus de superlatifs pour dire à quel point les paysages sont magnifiques …Le bus nous laisse à 1 km et nous finissons la montée jusqu’au point où Sir Lipton, cet homme d’affaires écossais, prospère bien avant de devenir le leader mondial du thé , aimait s’asseoir pour contempler son empire … la vue est époustouflante ! On doit être là à au moins 2000 m . Un petit troquet nous sert du thé et quelques en-cas avant que nous n’entreprenions la descente à pied. A un moment je veux faire un détour par un petit chemin desservant un village, et je commence à « discuter » avec une famille qui se laisse volontiers prendre en photo et m’offre une tasse de thé. J’appelle Antony qui préfère continuer par la voie principale , et du coup je ne m’attarde pas trop, bien que cette famille , qui vit dans une maison misérable, soit adorable et qu’on me présente toute la famille pour que je leur tire le portrait ! Hélas, je n’ai pas d’argent sur moi mais je prends leur adresse et me promets au moins de leur envoyer les tirages . Je rejoins Antony à la fabrique que nous visitons ( 500 roupies /2) ; nous sommes seuls pour la visite, qui n’est pas inintéressante avec ses explications du processus de séchage, fermentation, roulage, coupe, tamisage etc , mais un peu expédiée !Que tout semble antique ! A chaque étape, le thé reste par terre sur des petits carrés bien délimités entre lesquels les ouvrières balaient … Le soir, une fois n’est pas coutume, nous mangeons un steak sauce poivre à notre hôtel ; il est trop cuit ( héritage anglais ? ) mais la sauce est très bonne .

Samedi 1 Juillet : de Haputale à Nuwara Eliya

Dernier petit-déjeuner à l’extérieur et devant le magnifique panorama de Haputale, qui est je crois pour le moment mon étape préférée. Puis nous partons en tuk-tuk vers le monastère d’Adisham, à 3 kms ( 400 roupies jusqu’à la gare) . Adisham est un monastère appartenant à un sous-ordre des Bénédictins, mais en fait il prend place dans une demeure de style Tudor qui n’a été construite qu’en 1931 par un planteur de thé anglais ( 500 roupies) et donc de surcroît on ne visite que trois pièces . Donc pour nous cela n’a pas grand chose d’exotique ni même de très intéressant, même si les jardins de style cottage ne sont pas mal . On repasse donc à l’hôtel prendre les sacs, payer la note ( 9900 Roupies pour les 2 nuits,et les repas) et rejoindre la gare où nous prévoyons de prendre le train de 12 h30 en buvant un jus. Mais notre chance continue car nous avons juste le temps de prendre des billets ( 160 roupies) et de monter dans le train direction Kandy qui avait du retard ! Nous sommes partis pour deux heures de trajet jusqu’à la gare de Nanu Oya , la plus proche de notre destination Nuwara Eliya .La première heure se passe paisiblement, on s’arrête à quelques petites gares mignonnes comme tout, avec leurs plates-bandes de bégonias, d’hémérocalles, de canas …et leur chef de gare en uniforme blanc! Puis les collines de thé disparaissent au profit de cultures vivrières, haricots, choux…On voit les familles travailler leurs lopins de terre, dont la plupart sont très soigneusement agencés et géométriquement préparés pour la culture. Finalement les nuages voilent le soleil, l’atmosphère fraîchit et la brume commence à envelopper le haut des collines. Un bus nous amène à Nuwara Eliya, «  la Petite Angleterre «  . Notre première vision de cette ville depuis le bus ne va pas nous emballer : dans le parc pour enfants rempli de jeux multicolores, quatre fantômes noirs côte à côte surveillent du seul centimètre qui libère leurs yeux les jeux de leurs enfants …Contraste violent entre les couleurs, le bruit, la vie et l’enfermement …La guest-house Blue Moon est correcte sans plus, surtout pour plus de 20 € mais j’avais vu en choisissant que c’est le prix minimum. La ville est touristique , on est à 1900 mètres d’altitude c’était jadis le lieu de villégiature favori des riches planteurs et beaucoup y avaient d’ailleurs leur «  villa changement d’air » . Même si le centre ville de Nurawa a l’animation poussiéreuse et bruyante d’une petite ville du Sri Lanka, on y trouve toujours l’hippodrome, le golf , de belles villas style Tudor, des cottages coloniaux , de beaux vieux hôtels très chics , et même le climat anglais car la ville est quasi toute l’année noyée dans la brume . Ne trouvant pas le restaurant sans prétention que nous cherchions , on s’attable au Two, pour ce qui sera hélas notre pire repas du voyage et le plus cher pour le moment ! Malgré le prix de 1500 roupies, je décide de me faire plaisir avec un ragoût de mouton qui va se révéler immangeable ( que du gras et des os!) tandis qu’Antony a des nouilles en sachet ! On est servi dans des assiettes et avec des couverts en plastique , et alors que nous sommes toujours dans la région du thé, on nous donne un sachet Lipton pour 250 roupies. ( total : 2700 roupies) . Je crois que cette ville voit trop de touristes, d’ailleurs les «  happy hours » et autres pancartes de ce style sont symptomatiques . Ne voulant pas aujourd’hui partir aux alentours, on décide de se promener au parc Victoria, mais c’est là aussi une déception (600 roupies / 2,) . Seule une partie du parc est entretenue , vu la saison il y a peu de fleurs et pas d’oiseaux, mais en revanche des dizaines et dizaines de fantômes…Heureusement les gens sont toujours aussi aimables et accueillants. Le soir nous allons manger dans un restau un peu bizarre, où on nous abandonne complètement…

Dimanche 2 Juillet : de Newara Eliya à Kandy

La ville ne nous emballe pas, il fait gris et on ne pense pas pouvoir voir de plus beaux paysages qu’à Haputale donc nous décidons de repartir en bus vers Munu Oya afin de reprendre ce midi le train vers Kandy ( 260 roupies /2) . Hélas, nous aurions peut-être mieux fait d’attendre demain, ou de faire pour 1200 roupies /2 une réservation donnant droit à un wagon spécifique ( et presque vide! ) car avec la fin du week-end beaucoup de gens repartent vers Kandy ou Colombo et le train est bondé. Nous n’avons pas de siège et même si nous arrivons peu ou prou à nous asseoir par moment sur le marchepied ou sur un bout de sac, les 4 h ¼ du trajet s’avèrent très longues ! Le train redescend très lentement de la montagne, à travers les forets tropicales et les champs de thé , passant de 1400 à 500 m d’altitude . A presque 5 heures, nous voici à Kandy, la deuxième ville du pays avec ses 110 000 habitants . La guest-house retenue est bien mais Antony la trouve trop excentrée, nous en changerons probablement donc demain .En attendant nous allons manger car nous avons le ventre vide, et nous ne faisons pas long feu , plus fatigués que si nous avions passé une super journée de visites !

Lundi 3 Juillet : Kandy

Le matin nous demandons juste un petit-déjeuner standard et la famille nous amène un véritable repas avec omelette, curry de pommes de terre,saucisses, dal, nans, préparations pimentées, crêpes à la noix de coco, bananes, papaye….On doit donc se forcer ( surtout moi!) pour manger un peu de tout, mais ça passe quand même mieux que le chou et carottes bouillies de Ella ! Puis nous rejoignons en tuk-tuk ( 400 roupies) l’hôtel réservé hier en plein centre , nous y laissons les sacs et partons nous promener. Kandy est une ville spéciale car elle a été la capitale du dernier royaume cinghalais, qui ne fut conquise qu’en 1815 par les Anglais, après avoir résisté trois siècles aux Portugais et aux Hollandais ! Un petit lac artificiel est au cœur de la ville et nous le longeons avant de visiter le temple de la dent. Ce temple conserve la plus grande relique bouddhique du pays, une dent donc, qui n’est pas exposée, mais des dizaines de personnes sont en prière dans la salle où est le reliquaire .Nous sommes un peu mécontents car l’entrée du complexe religieux ( qui comprend en effet plusieurs autres temples et musées mais sans grand intérêt) est de 3000 roupies /2, ce qui est totalement disproportionné ( et c’est gratuit pour les locaux) . On monte ensuite jusqu’au petit cimetière militaire, remarquablement bien entretenu, où la plupart des tombes , toutes datant du XIX ième siècle et très austères, abritent de bien jeunes défunts. Presqu’aucun n’a plus de 40ans . Si certains sont morts de fièvres tropicales ou …de la charge d’un éléphant, on y trouve aussi de jeunes femmes, des enfants et des bébés. On grignote quelques en-cas au Kandy Muslim hotel et on se promène un peu, la ville est animée et assez agréable, avec quelques magasins de fringues ou d’artisanat qui peuvent correspondre à nos goûts . C’est quasiment la première fois que nous voyons des mendiants, certains ont des membres amputés , conséquence probable de la guerre et des mines, mais il y en a assez peu pour qu’on puisse leur donner . Il y a également toute une petite vie d’économie de subsistance, avec des gens qui vendent quelques fruits ou font de menues réparations : j’en vois un qui répare la baleine d’un parapluie en fin de vie, et cela me fait penser à la Chine . A 17 heures, nous allons regarder et écouter un spectacle de danses traditionnelles au Kandyan Art Association and Cultural Centre ( 2000 roupies /2) .Au son des tambours kandyiens, une dizaine de danses avec de jolis costumes, du feu, quelques acrobaties mettent à mon sens surtout les danseurs hommes en vedette, le tout se termine par une marche sur le feu pour deux des danseurs.

Mardi 4 Juillet : Kandy

.Pendant que je paresse au lit , Antony se lève tôt pour partir voir la réserve d’ Udawattakelle, au bout du lac ( 500 roupies) , où il espère voir quelques animaux . Sans que ce soit exceptionnel, il va croiser un daim, une tortue, un serpent , quelques singes, un pivert à dos rouge et le cul d’un sanglier ! Pendant ce temps, et après avoir un peu traîné, je vais faire du shopping ! Puis nous devons changer d’hôtel car celui-ci est complet aujourd’hui …et nous ne gagnons pas au change ! Dans l’après-midi nous prenons un bus pour le jardin botanique de Peradeniya dont l’entrée est là encore hors de prix ( 3000 roupies /2) .Mais nous y passons un moment agréable car ce parc de 60 hectares est fort bien entretenu. Arbres gigantesques, allée de palmiers royaux, massifs multicolores et pelouse verdoyante, c’est très joli. Ceci dit, pour moi qui connais bien la flore tropicale, il n’y a rien de nouveau et la surprise vient plutôt de la découverte de milliers, oui de milliers de chauve-souris géantes colonisant les centaines d’arbres du parc. Jusqu’à 16 h environ, pendues aux branches par grappes, elles sont plutôt paisibles, nonobstant les cris qu’elles poussent, et puis à l’approche du soir on en voit plusieurs commencer à prendre leur envol, j’imagine qu’à la nuit elles quittent toutes leur abri pour aller chercher leur nourriture . Antony qui filme est très étonné de voir un corbeau attaquer une chauve-souris en plein vol, comme un faucon, la faisant tomber au sol puis la lardant de coups de bec. Le soir nous regardons sur internet : en 2009 il y avait déjà 25 000 chauve-souris dans ce parc, c’est l’endroit au monde où il y en a le plus . Repas du soir à l’hôtel Mango Garden, pour changer un peu d’ambiance, mais il n’y a que des touristes et c’est bien cher ( 2700 roupies)

Mercredi 5 Juillet : de Kandy à Elkaduwa

Notre choix d’hotel était bien malencontreux, il était rempli de gens si bruyants que nous avons à peine fermé l’oeil! Aprés un petit-déjeuner en ville, nous nous entendons avec un tuk-tuk pour nous emmener faire deux visites, puis récupérer nos bagages puis nous déposer à la satation de bus. ( 1500 roupies) . Nous commençons par rejoindre à quelques kilomètres de Kandy le petit temple rupestre de Degal doruwa Raja Maha Vihara dont les parois intérieures et le plafond sont entièrement recouvertes de jolies peintures dans les tons rouges. Il y a également un Bouddha couché mais j’avoue que je n’en vois pas grand chose car c’est le moment où Charlotte m’appelle pour m’annoncer ses résultats du bac : mention très bien !!! Puis nous allons visiter Helga’s folly, un hôtel / galerie d’art totalement surréaliste créé et dirigé par Helga Da Silva qui selo, le Lonely Planet, «  a grandi dans un monde de célébrités hollywoodiennes, d’artistes, d’écrivains, de politiciens et d’intrigues desannées 50 » .Il y a donc là de grandes pièces totalement surchargées de cadres et peintures, d’accumulation ou de détournements d’objets ( décorations de Noël…) . D’ailleurs j’imagine qu’il y a toujours des sortes de stages car à l’étage une jeune fille est occupée à préparer des morceaux de miroirs. J’aime bien le rez-de-chaussée qui a un charme baroque et surréaliste, mais certains corridors peints en noir et tout en longueur sont plus sinistres, et la piscine aurait bien besoin d’être nettoyée. Malgré son charme et le grain de folie qui l’habite , la batisse semble un peu défraichie et je ne suis pas sure que j’aimerais y dormir ; nous nous contentons de la visiter et d’y boire un jus de fruit . Puis nous quittons Kandy vers les Knukles Range, qui culminent à 1800 mètres.Sans monter si haut, nous avons prévu encore une petite excursion avant de revenir vers les vraies chaleurs. En deux courts trajets, deux bus, l’un vers Wattegama puis l’autre vers Elkaduwa nous permettent d’atteindre notre destination, Green View Lodge . Là il y a si peu de touristes que l’hôtel est carrément vide ! Comme lui aussi est un peu défraichi, sans internet, et qu’on nous annonce le prix de 3500 roupies, on pense à en repartir ( non, ce n’est pas parce qu’on pense à Shining!) , mais le prix baisse illico à 2500 roupies, la vue est objectivement magnifique sur les montagnes à perte de vue, il y a même une piscine propre …et nous sommes quand même au milieu de nulle part ! Ce sera donc le Green View Lodge pour cette nuit . On nous épargne l’immense salle à manger sinistre en nous servant dehors, ça fait un peu pique-nique, c’est rigolo. En revanche, on nous refait le coup du jus de fruit salé, et ce n’est toujours pas bon ! Nous ne faisons rien de spécial, que nous reposer en admirant l’immensité de la forêt…

Jeudi 6 Juillet : de Elkaduwa à Sigirya

Nous faisons une petite promenade dans le foret ce matin, Antony est content car il y observe trois nouvelles espèces d’oiseaux et un écureuil géant .Puis nous prenons un tuk-tuk qui en une heure nous descend à, Matale ( 2000 roupies) mais avant de nous déposer à la gare routière nous emmène à trois kilomètres du village voir le temple (500 roupies /2) .Construit sur un site de plusieurs gigantesques rochers, il a comme les autres, des peintures rupestres mais alors de pas drôles du tout ! Elles représentent le royaume des enfers et tous les châtiments qui attendent les pêcheurs. Et au cas où ce ne serait pas assez réaliste, des scènes épouvantables ( homme émasculé suspendu tête en bas…) sont reproduites dans une autre salle sous forme de statues très très gores…et un gardien nous incite à donner une obole supplémentaire : sûrement pas ! Nous repartons de Matale après avoir mangé un dhal e tun riz-curry , et ce sont à nouveau deux bus (pour 210 roupies /2 en tout) qui via Dambulla nous amènent à Sigirya. Ce n’est pas cher mais qu’est-ce que c’est long, 3 heures 30 sans interruption ( on a vraiment sauté d’un bus dans l’autre) pour seulement 35 kilomètres ! N’ayant pas la wifi hier, nous n’avons rien pu réserver à Sigiriya et débarquons au Lodge , sympathique sans rien de spécial .Sigiriya est une toute petite bourgade avec pas mal de restaus et de guest-houses autour de sa seule rue ; on y croise pas mal de touristes mais ça reste très familial.

Vendredi 7 Juillet : Sigiriya

Aujourd’hui nous louons le scooter du frère de notre logeur pour 1200 roupies et nous partons nous balader . On va rejoindre Dambula par les petites routes afin d’y visiter à nouveau des temples troglodytiques , et cela nous permet de découvrir de jolis paysages : des milliers de cormorans en vol au dessus d’un petit lac artificiel, des familles travaillant dans des rizières, un homme passant le motoculteur sur son arpent de terre, au milieu des aigrettes…Je trouve le site de Dambulla vraiment joli une fois qu’on a dépassé l’horrible Bouddha doré tout récent qui trone au pied du promontoire, et que l’on a trouvé la bonne entrée avec le kiosque des tickets, remarquablemnt mal indiqués ! ( et encore 3000 roupies /2 ! ) .Il s’agit de 5 grottes agencées sous un énorme surplomb : cela me fait penser au site de Datong en Chine, avec là aussi d’énormes Bouddhas directement sculptés dans la grotte, mais en plus toutes les peintures colorées murales et de plafond que nous rencontrons au Sri Lanka . Le site a apparemment été utilisé comme lieu de culte depuis le 1er siècle avant JC, et certaines des 150 effigies du Bouddha qui sont dans les grottes ont plus de 2000ans ! Puis nous faison un tour très rapide au marché de gros de Dambulla, le « ventre » du sri Lanka , tour rapide car les hommes travaillent, portent de lourdes charges afin de remplir les camions qui vont partir livrer toute l’île en produits frais, et qu’on n’a rien à faire au milieu de cette hyperactivité. On va boire un excellent jus de frais frais comme plusieurs fois dans la journée, on en trouve un peu partout et ils sont excellents ( quand ils ne sont pas salés!), puis manger en profitant de la wifi , avant de rentrer à Sigiriya par la route principale. A Sigiriya même, on va tourner un peu dans les petits chemins alentour, le parc national de Minneriya est adjacent au village et apparemment de nombreux éléphants se promènent régulièrement sur les petites routes, Antony aimerait beaucoup en rencontrer dans la campagne mais aujourd’hui nous ne voyons qu’un panneau de signalisation «  éléphant » !

Samedi 8 Juillet : de Sigiriya à Habarana

Nous nous levons tôt et avalons un café ( enfin comme d’habitude ce qui en a le nom au Sri Lanka ) avec quelques biscuits avant de prendre un tuk-tuk pour être dans les premiers à l’ouverture des guichets du site de Sigiriya . Cela fait trois jours que ce gigantesque rocher nous attend et nous allons enfin le découvrir. C ‘est un site archéologique plutôt que religieux , même si les historiens ne sont pas d’accord sur sa destination, certains penchant pour des fonctions royales et militaires sous le règne du roi Kassapa au Vième siècle, d’autres pensant que ce site était un vaste monastère bouddhique. En tout cas, et malgré le prix prohibitif de 4950 roupies chacun ( mais 50 pour les Sri Lankais!) , c’est très intéressant, et le site englobe bien plus que le spectaculaire rocher . Nous commençons néanmoins par lui pour profiter de la relative fraîcheur et surtout du peu de monde à l’ouverture , car l’escalade est raide, il y a toute une série d’escaliers vertigineux accrochés à la falaise ( escaliers modernes mais on voit encore les vestiges de renfoncements creusés dans la pierre et qui devaient soutenir des escaliers de planches ou de bambou) .L’esplanade en haut est bien plus grande qu’on s’y attendrait, elle fait 1,6 hectare et est entièrement recouverte de ruines dont on ne voit plus que les soubassements en briques et pierres , on y trouve également un énorme bassin de 27 m sur 21 creusé dans la roche et qui devait servir de réserve d’eau. Le plus impressionnant , c’est la vue époustouflante qui s’étend sur des dizaines de kilomètres à travers la forêt …En redescendant, nous nous promenons dans les jolis jardins, avec là aussi de très nombreux soubassements, des douves, des jardins en terrasse …et nous nous félicitons surtout d’être venus tôt au vu de la foule indescriptible qui est en train de monter.Vu l’étroitesse et le dénivelé des escaliers, surtout ceux en colimaçon mais aussi ceux à flanc de falaise, accéder au sommet dans cette cohue doit être un cauchemar !

Après un peu de repos à la guest-house, où l’écureuil géant qui traîne dans les arbres alentour nous offre un joli spectacle, et payé notre note ( 5500 roupies pour deux nuits et 2 petits-déjeuners), nous partons avec notre hôte qui nous amène avec sa vieille Jeep à un centre d’ayurveda . Pour 6400 roupies ( un peu cher je trouve), Antony et moi nous faisons masser pendant une heure et c’est bien agréable .Nous sommes dans la même pièce avec chacun un masseur du même sexe, et on finit même par un bain de vapeur local. Chacun doit s’allonger dans un bain en forme de coffre de pirate, dont on rabat sur nous la partie bombée, laissant juste dépasser notre tête, tandis que nous reposons à l’intérieur sur une partie grillagée recouverte de plantes diverses , et que de l’eau boue dans la partie inférieure. Passée la première impression d’être dans sa tombe, ça va ! Puis nous sommes déposés à notre nouvel hébergement à 10 kilomètres, Homely Guest à Habarana , une jolie maison récente au milieu de la campagne. Dès notre arrivée, Antony repère encore trois nouvelles espèces d’oiseaux, cela fait 76 pour le moment , sur les 400 du Sri Lanka ! Après le massage, je fais la sieste, puis le soir , comme notre hôtesse est à Kandy, un tuk-tuk nous emmène manger en ville .

Dimanche 9 Juillet : de Habarana à Polonnaruwa

Agréable petit-déjeuner compris ce matin, pour : café et toasts avec confiture déjà «  beurrés » pour nous, mais aussi petits beignets à l’oignon, omelette , pastèque, crêpes au miel et à la noix de coco ! Puis le tuk-tuk d’hier nous emmène à une quinzaine de kilomètres visiter les ruines de Ritigala ( 2000 roupies AR) et c’est une agréable surprise. Ce sont les ruines couvertes de végétation d’un vaste ensemble monastique et troglodytique , d’après le Lonely planet, qui parle également d’ »une montée de trois heures raide et épuisante à travers la forêt » . Comme ces ruines existant dès le IV ième siècle avant JC, se trouvent au milieu de la réserve naturelle de Ritigala Strict, je pense que seule une partie du site est accessible maintenant, car pour nous la visite consiste en une montée de 45 minutes, avant de rencontrer des clôtures , et nous ne voyons pas non plus de grottes alors qu’il y en aurait environ 70 où auraient vécu des moines avant le IXième siècle. Mais la visite en elle-même est très plaisante, et pour une fois, le prix est très raisonnable , 670 roupies / 2 .  : dans une forêt peuplée d’arbres magnifiques , une voie pavée de pierres serpente doucement entre plusieurs édifices en ruine . On admire la taille des blocs, et l’agencement entre eux, même s’il ne reste plus que la base des bâtiments. Il n’y a quasiment personne. Et, une fois n’est pas coutume, c’est moi qui remarque un magnifique oiseau à longue queue qui est apparemment rare et très peureux : hop, le voilà dans le film ! Plus bruyamment, nous entendons à un moment un cri énorme et vraiment impressionnant, , comme un rugissement, couplé à des bruits de feuillage ; un singe hurleur comme en Guyane ? Ou même un éléphant de l’autre côté des clôtures ? La personne à l’entrée nous confirme qu’il s’agit bien de très gros singes et de conflits de territoire…

Après avoir repris nos bagages et payé notre nuit ( 2400 roupies), nous partons avec le tuk-tuk vers un arrêt de bus vers Paulonmaruwa et les choses s’enchaînent comme d’habitude, c’est-à-dire que nous avons à peine le temps de nous extirper du tuk-tuk qu’un bus s’ arrête. Il est déjà plein mais nous avons néanmoins de la chance car je trouve à m’asseoir la première demi-heure sur le marchepied puis nous aurons de la place tous les deux et surtout c’est un bus qui ne s’arrête pas tout le temps ! On met 1h 30 pour 45 kms ( et 150 roupies /2) , c’est mieux que d’autres trajets ! A Paulonmaruwa nous rejoignons notre guest-house, Ruins Villa, grande chambre dans un endroit très calme, mangeons des nouilles sautées puis nous mettons sur internet puisque nous avons décidé de nous occuper de notre extension de visa. A l’arrivée en effet, le visa n’est que de 30 jours et nous savions d’emblée qu’il faudrait le prolonger. Hélas, nous découvrons que cela n’est pas possible en ligne et qu’il nous faut donc prévoir un aller-retour express à Colombo ! Il ne sert à rien d’attendre, d’autant que nous sommes ici sur une ligne de train, et plus nous serons loin plus cela sera long …On repart donc en ville réserver deux billets de train pour Colombo où nous partirons demain à 22h30 , et avec deux fauteuils inclinables ( 1260 roupies /2) puisque toutes les couchettes sont réservées …Puis on se fait déposer au bord du lac et nous nous promenons un moment ,( et Antony arrive à filmer un magnifique pivert ) avant de revenir manger une délicieuse soupe poivrée et passer la soirée à la guest-house .A la nuit, notre hôte charmant nous emmène aux alentours et , torche en main, essaie de nous montrer quelques animaux qui ont l’habitude d’être dans le coin, porc-épic, animaux qui ressemblent, dit-il, à des lémuriens, daims, mais nous ne voyons que les yeux d’un daim …

Lundi 10 Juillet : Polonnaruwa

Après un bon petit-déjeuner sur l’immense terrasse, nous enfourchons les vélos loués par notre hôte ( 600 roupies /2) et nous dirigeons vers l’entrée principale du parc archéologique de Polonnaruwa . On longe pour cela sur 3 ou 4 kms un canal qui hier était presque vide mais on a du faire un lâcher d’eau depuis le lac pendant la nuit, car ce matin le niveau de l’eau est très haut, c’est propre, on croise des femmes et des hommes aussi qui lavent leur linge ou font leur toilette. L’entrée du site, gratuite pour les Sri Lankais comme souvent, est vraiment chère pour les étrangers, 4850 roupies par entrée. Après avoir visité le musée qui est intéressant et de qualité, nous partons donc à la découverte de cette cité vieille de plus d’un millénaire, et qui pendant 300 ans a été la capitale de la dynastie Chola et des rois cinghalais . La cité ancienne de Polonnaruwa fait d’ailleurs partie du patrimoine de l’humanité. On part donc à vélo explorer les ruines qui se concentrent sur cinq sites , plus ou moins mis en valeur ou restaurés , plus ou moins anciens aussi puisque les dernières constructions datent du XIIIième siècle, mais qui sont tous intéressants . Cela fait penser aux ruines de Sukkhotai, elle aussi ancienne capitale impériale . Tout est bien entretenu, et quelques policiers sécurisent le site, ce qui est notable car nous sommes étonnés par le peu de présence policière ou militaire au Sri lanka …mais ce sera surement différent dans le Nord. Inutile de tout raconter mais au bout de trois bonnes heures de visite au fil de plusieurs kilomètres, nous en avons pris plein les yeux et avons notre content de dagobas, de vestiges de temples, de Bouddhas debout ou couchés ( certains magnifiques) , de piliers gravés et de sculptures d’éléphants . Il est temps de rentrer manger quelques légumes, boire encore et toujours ( il fait très chaud ) et nous reposer à la chambre avant d’en repartir pour faire imprimer en ville les documents nécessaires pour l’extension de visa …On pose aussi un sac de linge, puis le soir nous ressortons à pied voir les deux plus beaux sites des ruines illuminées. Enfin il est temps de reprendre un tuk-tuk pour nous faire amener à la gare et , sans enthousiasme,monter à 22h28 dans le train où nos deux sièges nous attendent pour la nuit !

Mardi 11 Juillet : de Colombo à Polonnawura

Journée évidemment fatigante et sans intérêt mais mission accomplie ! Après une nuit courte et difficile dans un train qui bringuebale dans tous les sens et est horriblement bruyant, nous voici à cinq heures du matin à Colombo avec une violente averse tropicale qui heureusement ne dure pas . Nous avons le temps de prendre le bus 190 qui nous amène dans la banlieue chic, à l’office de l’émigration . C’est un bâtiment très moderne avec huit ascenseurs et une climatisation glaciale ! Nous sommes les premiers à faire la queue dans le service des extensions de visa, tout est bien organisé même si c’est un peu long. A 8h30, tout le monde se lève quand retentit une chanson au rythme plutôt enfantin et sirupeux qui s’avère être l’hymne national . Il nous faut 4 heures en tout en passant d’une salle d’attente à une autre pour récupérer nos passeports revêtus du nouveau visa ( à nouveau 80 dollars!) . Nous sautons immédiatement dans un tuk-tuk pour rejoindre la gare des bus , puis dans un bus pour Polonnawura ( aucun train avant 21 h ce soir) . C’est à nouveau reparti pour 5h30 dans un bus surchauffé et bondé, ouf nous retrouvons notre chambre à Polonnawura à 17h30 seulement! Nous pouvons continuer sereinement notre voyage…

Mercredi 12 Juillet : de Polonnawura à Trincomalee

Matinée tranquille à la guest-house pour profiter du calme et nous reposer, avec juste une petite incursion en ville pour récupérer le linge, acheter une carte SD et quelques bricoles pour midi. Nous avons finalement décidé de faire un safari éléphants car il semble qu’il y en ait beaucoup dans le petit parc national de Kaudulla , beaucoup moins fréquenté que celui de Minneriya. La meilleure heure pour les voir étant l’après-midi, lorsqu’ils se rassemblent autour des points d’eau , on vient nous chercher en jeep .La différence de prix n’étant pas énorme entre la jeep à 6 et une privative, c’est ce choix que nous avons fait, pour 12000 roupies, ce qui nous permet d’emporter nos bagages afin d’être déposés en fin de journée sur la route menant à Trincomalee.

Le safari commence donc et nous venons à peine de voir 3 éléphants passant juste à côté du chemin de terre, lorsque, sans que rien ne l’ait laissé prévoir, débute un violent orage ! Il faut recapoter la jeep, puis protéger même un côté par les plastiques tant l’orage est violent ! Le chauffeur nous explique alors que tous les éléphants se réfugient dans la forêt lorsqu’il y a du tonnerre, et nous pensons que l’après-midi est fichu…Notre jeep et les autres passent 10 minutes autour du seul éléphant qui se baigne dans le plan d’eau , et je me dis qu’on en aura au moins vu 4 . Puis progressivement l’orage se déplace, la pluie se calme, et le chauffeur reprend son tour. Parfois on est sur des chemins de terre, parfois hors piste et nous sommes secoués comme dans une essoreuse ! On voit des buffles sauvages, beaucoup d’oiseaux des marais, plusieurs gros aigles de près ( pourquoi y en a t’il tant , 4 espèces, à cet endroit ? C’est un mystère) , on entrevoit une hyène , deux éléphants qu’on devine dans la forêt, et puis soudain à un autre endroit deux, puis trois éléphants commencent à sortir du couvert de la forêt pour revenir dans la savane. Puis d’autres, et encore d’autres les suivent : au final c’est une harde d’une douzaine d’éléphants qui passe à côté de nous . Nous en rencontrons d’autres un peu plus tard traversant la forêt, il y a des énormes, des normaux et même un tout petit bébé, c’est vraiment un magnifique spectacle. Au total, on a du en voir une trentaine et c’est une belle expérience, rien à voir avec la télé !

Comme nous avons toujours de la chance avec les bus, à peine le chauffeur est-il en train de nous déposer sur l’axe de Kaudulla à Trincomalee qu’un bus s’arrête . Il est archi bondé mais c’est là aussi un bus plus rapide, d’où le prix de 200 roupies /2 pour 124 kms) : oui, 1, 15€ , c’est plus cher que les bus standart ! Nous avons là aussi la chance de trouver un siège après une trentaine de minutes, et à 20 h nous débarquons à Trincomalee , puis prenons un tuk-tuk pour Uppaveli à 6 kms, pour quelques jours de plage ! L’endroit semble sympa, avec des guest-houses et des paillotes en bord de plage, nous allons manger un nasi goreng délicieux avant de rentrer dans notre hôtel : Trinco Water Sports , très très basique et puis surtout avec un patron pas sympa ! Nous qui ne rencontrons que des Sri Lankais adorables depuis notre arrivée, il nous fallait bien une exception pour confirmer la règle  !

Jeudi 13 Juillet : Uppuveli

Aujourd’hui, rien, et c’est super ! On change de guest-house : Shiva’s Beach resort est simple aussi, mais les prix sont plus élevés qu’ailleurs et nous voulons rester dans le même budget : d’ailleurs pour la première fois nous avons une salle de bains commune ( 18 € ). Mais il suffit de traverser le parc de la guest-house pour arriver directement sur une belle plage , avec des matelas de plage sous les paillottes et pas mal de restaurants . Hop, nous voilà installés , et nous allons passer la journée à entrer et sortir de l’eau, revenir à la chambre, revenir à la plage…L’eau est à température idéale, les vagues sont tout à fait raisonnables et c’est agréable de ne rien faire ! Le soir, calmar à l’ail sur la plage.

Vendredi 14 Juillet : Uppuveli

Idem : il n’y a pas de vagues aujourd’hui ,on se lève, on va petit-déjeuner, on part à la plage, on lit, on se trempe, on lit, on se trempe, on mange, on se trempe, on fait la sieste, on se trempe ….En fin de journée, nous partons à Tricomalee même et tombons sur une cérémonie religieuse hindoue. C ‘est assez bizarre, il y a des tambours et des trompettes, des gamins avec des masques, plein de jeunes filles avec des parures de paon qui dansent plus ou moins harmonieusement. Au final ça fait plus carnaval que défilé religieux et au moins il n’y a pas les auto mutilations que nous avons vues en Inde. Puis nous allons chez un opticien où Antony commande pour 65E des lunettes solaires à sa vue, les autres sont restées hier dans une vague ! Enfin petit cocktail dans un bar touristique, avec Bob Marley à fond…..oui, de temps en temps c’est agréable et tant pis pour l’authenticité si tout le monde y trouve son compte ! Puis à nouveau devant notre hôtel calmar grillé ; le soir le personnel met toutes les tables directement sur la plage, c’est quand même super agréable de manger dans ces conditions ! Et nous prenons deux billets pour aller demain en bateau faire du snorkeling autour de l’île aux Pigeons . ( 3500 roupies / personne, c’est assez cher car l’entrée du parc national est déjà à 2500 roupies!)

Samedi 15 Juillet : Uppavali

On a donc rendez-vous à 8h30 , et un petit bateau à moteur nous emmène avec d’autres personnes vers l’île aux pigeons, à environ 20 minutes de navigation. L’île n’est pas grande et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous ne sommes pas les seuls ! Il y a des dizaines de bateaux identiques et même sur l’ile aux cerfs à Maurice , je n’ai jamais vu autant de monde ! Un couloir délimité par des bouées canalise les touristes vers la partie « coraux », où apparemment viennent régulièrement des tortues et des requins .Cette partie-là, aussi bondée qu’une piscine municipale par temps de canicule, n’offre pas grand intérêt. En revanche une autre partie de l’autre côté de l’île permet de voir de très beaux poissons. On nous a distribué palmes et masque -tuba pour faire du snorkeling , et Antony qui découvre s’étrangle et avale pas mal d’eau au début, avant de prendre du plaisir . Là il n’y a pas de beaux coraux non plus , mais des centaines de poissons multicolores qui butinent le corail et jouent avec les anfractuosités des rochers .Perroquets, poissons bagnards, et autres poissons turquoise, jaunes, oranges , de toutes tailles et couleurs sont un enchantement pour nos yeux….Nous nous enduisons copieusement de crème solaire et c’est indispensable vu la chaleur et la réverbération . De retour vers 13h, nous allons manger puis retour sur la plage, puis sieste …Plus tard dans l’après-midi , nous allons à Tricomalee récupérer les lunettes qui sont déjà prêtes, puis nous montons au temple de Koneswaram Kodil qui domine la ville . C ‘est un temple très récent , rempli d e »poupées » comme disait Charlotte petite très colorées, et qui n’a rien d’austère ni de sinistre comme certains temples indiens. Pas mal de fidèles s’y pressent, majoritairement en famille, et la montée au temple est bordée des deux côtés de stands de pacotilles diverses et assez kitsch ! Je ne peux résister et achète quelques petits Bouddhas de plastique coloré et translucide ! Tout autour du temple, il y a des types d’offrandes ou de marques de vœux que je n’avais jamais vus : des tissus colorés formant des nœuds ou accrochés sur des espèces de cagettes.C’est assez esthétique mais curieux ! Nous finissons par aller boire un cocktail dans un bar de plage, puis nous régaler de crevettes à l’ail dans un petit restaurant tellement agréable que c’est notre troisième repas là-bas ! J’aurai vraiment aimé cette étape à Uppavali !

Dimanche 16 Juillet : De Uppuveli à Anuradhapura

Nous restons à la plage jusqu’au check-out de 11h30 , avant de partir en tuk-tuk à la gare routière. Il n’y a que deux bus par jour vers Anuradhapura et nous prenons les dernières places assises dans celui de midi 30 ! Les 110 kms sont avalés en 2h 45 ( et pour 330 roupies) , ce qui est pour le Sri Lanka une moyenne honorable , et nous voici bientôt à Anuradhapura . A partir du IV ième siècle avant JC ,comme Polonnawura mais donc avant elle, cette ville a été une capitale ; et c’est à partir du III ième av JC, au moment où le bouddhisme a atteint le Sri Lanka , qu’elle est devenue une magnifique cité , riche de prestigieux monuments. Nous découvrirons demain cet ensemble de temples, ruines et autres édifices et cet après-midi nous allons jusqu’au Sri Maha Bodhi, l’arbre sacré de la Bodhi, un banian poussé à partir d’un rameau provenant de Bodhgaya en Inde. Ce serait d’ailleurs avec ses 2000 ans l’arbre le plus vieux du monde, même si la vérité oblige à dire qu’il ne me paraît pas extraordinaire . Le temple dont l’entrée est gratuite s’étend sur un très vaste espace et les arbres alentour ainsi que des grilles et supports sont recouverts de drapeaux de prière colorés . C’est dimanche, jour où la plupart des pèlerins apportent leurs offrandes et il y a effectivement des milliers de fidèles tout de blanc vêtus , qui assis par terre en train de psalmodier ou de lire des textes sacrés, qui en train d’apporter des corbeilles de fruits ou des bouquets de fleurs de lotus. …L’atmosphère est calme et paisible, et le reste même quand deux prêtres se mettent à jouer de la flûte et du tambour .On est loin du bruit et du quasi fanatisme d’autres cérémonies . En repartant , nous voyons un barbu à tête brune, et surtout plusieurs gros calaos avec leur gros bec si étrange ; cela porte à 100 environ le nombre d’espèces d’oiseaux filmées par Antony !

Nous tombons ensuite par hasard sur le restaurant Swiss Garden, où nous pouvons manger dehors dans un beau jardin et où je me régale pour 700 roupies d’une gigantesque assiette de beignets de calmar et Antony de filets de carpe du lac .

Lundi 17 Juillet : Anuradhapura

Le matin , nous nous entendons avec un tuk-tuk pour nous amener à une autre guest-house ( De Best Holiday , dont le propriétaire nous a gentiment amenés en voiture jusqu’à un endroit pour notre petit-déjeuner, a un excellent lit mais n’a plus de disponibilités pour ce soir) puis nous faire visiter les différents sites de Anadhapura . ( 1500 roupies) .Quelques courageux se hasardent à faire les visites en vélo mais l’ancienne ville est infiniment plus étendue que Polonnawura, et sous la chaleur cela ne nous tente pas . En fait et pour résumer, nous allons trouver Anuradhapura bien moins beau et intéressant que Polonnawura, il y a certes deux dagobas gigantesques ( l’un d’entre eux était à l’époque l’un des plus hauts monuments du monde avec deux pyramides d’Egypte) mais à part ça,et à part peut-être quelques gigantesques bassins qui sont intéressants, il ne s’agit vraiment que de ruines, des centaines de soubassements de briques, des milliers de piliers…Il est vraiment difficile de se représenter ce que pouvait être la ville, et encore une fois le prix est totalement excessif ( 3850 roupies / personne) . Notre chauffeur nous indique ensuite un petit restaurant local, très propre et agréable, où on nous sert un carry végétarien sur feuille de bananier, c’est bon mais trop épicé pour moi ! Après la sieste, je rentre dans un salon de coiffure pour faire faire ma couleur ( 2500 roupies) .Les filles sont adorables, j’en ai 4 autour de moi, l’une applique la couleur, la deuxième tient le récipient et deux font les groupies ! On me propose du thé, des petits biscuits et même des string hoppers …Malheureusement la couleur sri lankaise n’est pas fantastique ( dixit la patronne) et mes racines prennent une couleur plus orange qu’autre chose mais la patronne me propose illico de me refaire la couleur si j’ai assez de temps devant moi , et envoie sa collègue acheter une couleur de marque internationale . Je n’ai pas le courage de tout recommencer, et puis les cheveux une fois secs, ça passe., donc je ferai avec! Nous mangeons à nouveau au Swiss Garden , mais prévoyons de quitter dès demain Anuradhapura qui ne nous emballe pas . La ville n’est pas désagréable en soi, bien que, très étendue , il soit difficile d’y flâner , et l’intérêt du site archéologique nous est donc apparu un peu surfait ( mais peut-être sommes-nous devenus trop difficiles ? ) . J’ai en tout cas noté que dans Anuradhapura je n’ai pas croisé un seul fantôme mais qu’en revanche l’immense majorité des femmes de tous âges sont habillées à l’occidentale .On ne va sûrement pas retrouver cela en montant dans le Nord, dont la culture tient plus de l’Inde tamoule .

Mardi 18 Juillet : de Anuradhapura à Jaffnar

En quittant ce matin notre guest-house Lake Front View, nous découvrons que la patronne nous a mesquinement rajouté sur la note 200 roupies pour un verre de cuisine qu’Antony a malencontreusement cassé hier soir. : rien d’important en soi , mais une voix dissonante dans la profonde gentillesse et générosité des centaines de personnes de tous âges et conditions sociales que nous avons croisées depuis un gros mois ! A 10 heures, nous voici à la gare pour partir vers Jaffnar, hésitant à prendre un billet avec réservation afin de ne pas avoir à nouveau à voyager debout, mais nous sommes mardi, et tablant sur le fait que le train vient de Colombo et que beaucoup de voyageurs vont descendre, nous nous contentons des billets ordinaires ( 698 roupies /2) . Effectivement lorsque le train arrive à 11h30 avec beaucoup de retard, nous trouvons facilement des places. Le Nord a été l’épicentre de la guerre civile , et si on n’a plus besoin d’un permis spécial pour s’y rendre comme c’était le cas il y a encore quelques années, ce n’est néanmoins pas la partie du pays la plus touristique. Le trajet dure 4 heures pour …kilomètres, avec de nombreux arrêts , et le train bringuebale tant qu’il peut, avec à chaque fois qu’il redémarre un choc extrêmement violent comme si le wagon précédent le percutait ! Nous traversons un paysage de plaine qui devient peu à peu très aride, avec de très nombreux » brûlis » , et dans la dernière heure de trajet on commence à voir de nombreux bâtiments détruits et éventrés . Puis on passe le « passage des éléphants », une étroite chaussée de 1 km entre lagune et golfe du Bengale qui sépare la péninsule de Jaffnar du reste du territoire, et qui a été l’objet d’intenses combats pendant la guerre. Une fois arrivés, on se rend dans une guest-house où nous pensions avoir réservé par téléphone ce matin mais il y a eu un malentendu et tout est plein. Néanmoins la dame nous propose un hébergement chez sa sœur ( que nous déclinons) , nous donne accès à sa wifi pour trouver un autre hébergement et nous appelle même un tuk-tuk. Dans l’urgence nous choisissons donc sur Booking un hébergement qui n’a même pas encore de commentaires, et c’est une agréable surprise, la G Guest-house a un joli jardin et nous prenons une chambre confortable avec clim pour 22 €. Le soir nous allons manger au Cosy restaurant, la carte indienne – chinoise- sri-lankaise est impressionnante, des centaines de plats et pourtant le korma de mouton que nous commandons est prêt en dix minutes, comme les délicieux nans au fromage qui l’accompagnent. Curieusement alors que nous nous attendions à des chaleurs torrides, il fait plutôt moins chaud que vers Tricomalee. nous verrons demain en scooter si ça se confirme !

Mercredi 19 Juillet : Jaffnar

Notre hôte nous a organisé la location d’un scooter pour 1500 roupies et nous partons nous promener dans la péninsule de Jaffnar. Au passage, je m’arrête faire quelques photos du fort, qui fut à l’époque un des plus grands forts hollandais d’Asie, avant de servir de base pour les forces gouvernementales pendant la guerre civile. En roulant, on entrevoit un petit marché couvert et nous y entrons ; c’est un marché aux poissons , marché de gros et , lorsque les poissons ne sont pas tout simplement déversés au sol, les stands sont tenus principalement par des femmes âgées, mères ou épouses des pêcheurs ? Nous repartons vers Avarangai et Nellyadi avant d’arriver à Point Pedro, le point le plus septentrional du Sri Lanka , puis d’obliquer en longeant la mer. Il y a là des petits hameaux de pêcheurs le long d’une belle bande côtière de sable blond, avec des petits récifs coralliens faisant un mini lagon et à perte de vue l’océan paisible. Sur des kilomètres le long de la petite route, des morceaux de poissons, requins, raies manta, vivaneaux…sèchent au soleil. Les hommes sont de retour après leur pêche du matin et sont occupés, certains découpent les poissons en morceaux qu’ils roulent immédiatement dans du gros sel , un homme travaille dur à découper les parties comestibles de deux énormes raies tandis qu’autour de lui une cinquantaine de corbeaux attendent leur pitance . Je me trempe en short et t-shirt suivant les préconisations du guide sur une immense plage … totalement déserte mais nous n’y restons pas car il n’y a aucune ombre .On essaie ensuite d’en trouver une autre avec plus d’ombre, et on part un peu au hasard sur plusieurs chemins mi-goudron mi sable . C’est sur une ornière de sable que nous tombons , rien de cassé heureusement mais quelques grosses égratignures , du coup l’étape suivante n’est plus plage mais pharmacie ! Nous repartons prudemment en longeant la mer dans l’autre sens , admirant au passage les dizaines de barques multicolores au mouillage , elles sont toutes rouge, turquoise, jaune …c’est superbe ! Sur le rivage on trouve régulièrement des squelettes de maisons, mais là ce n’est pas la guerre mais le tsunami qui en est responsable .La vague avait été si forte ici qu’on a retrouvé des bateaux à 1 km à l’intérieur des terres .

De retour à Jaffna, nous nous offrons un bon jus puis faisons réparer ( 50 roupies!) un rétroviseur du scooter qui avait sauté dans le choc. Heureusement, rien d’autre que quelques rayures ! Jaffna est une ville étendue et paisible . Même végétation de palmiers, manguiers, badamiers…, mêmes constructions basses de béton et même atmosphère paisible de bord de mer, Jaffna m’évoque certaines villes côtières de Madagascar comme Morondava . Il y a très certainement des cicatrices que nous ne percevons pas, car la guerre a quand même tué 200 000 personnes et s’est achevée dans le Nord par un bain de sang , mais la région me semble avoir une atmosphère de vie tranquille , et être infiniment moins sinistre que ne l’indiquait le guide . Je remarque quelques jolis frontons et des vestiges d’église de style portugais et nous rentrons dans un immense édifice ( couvent ? ) entièrement détruit et à l’abandon qui ferait le bonheur de fans d’urbex.

Le soir nous partons au temple qui est juste derrière notre hôtel car depuis hier nous y entendons musique et chant et on nous a dit qu’il s’agit du Nallur festival, qui dure deux semaines. La voix du chanteur est en particulier assez fascinante, parfois on dirait qu’il sanglote, c’est émouvant , et Antony se polarise davantage sur les rythmes qu’il dit très complexes. Nous y arrivons pour une grande cérémonie, un dieu est promené sur son palanquin et tourne autour du choeur du temple tandis qu’une dizaine de musiciens jouent sans interruption de la trompette , de la clarinette et des percussions et que les centaines de fidèles prient .Il y a quelques chants au milieu mais moins que ce que nous avions entendus à 18 h . Tous les hommes sont torse nu et Antony doit faire de même .Une dame se met à nous parler pour nous expliquer les tenants de la cérémonie , nous offre des gâteaux et souhaiterait que nous restions avec elle pour faire à nouveau le tour du temple mais à l’extérieur cette fois .Comme il y en a pour des heures, nous remercions et nous éclipsons. Nous allons manger au Green Grass les fameux crabes de Jaffna, gôuteux mais dans une sauce horriblement épicée .

Jeudi 20 Juillet : Jaffnar (péninsule)

Avec le contrecoup d’hier, nous ne sortons de la chambre qu’à 13 h et commençons par aller prendre quelques bricoles à grignoter puis un jus de fruit et une délicieuse coupe de glace chez Lingam, un fabricant de glaces du cru. Nous continuons avec le Gold temple, le plus grand temple de Jaffna qui est entièrement recouvert d’une peinture dorée, mais il est en travaux et des dizaines d’ouvriers travaillent à l’intérieur , avec groupe électrogène et plein d’outils, inutile de dire que l’atmosphère n’est pas vraiment au recueillement ! Puis nous allons traîner un peu au marché, je cherche les cadeaux « commandés «  par les filles, bracelets indiens avec écriture pour Charlotte , casquette Nike noire pour Amélie l mais ne trouve pas grand chose . Antony quant à lui cherche de la musique sri-lankaise pour le montage de son film et rentre dans quelques échoppes, mais elles ne vendent toutes que la musique indienne ! Donc nous rentrons et au final c’est surtout une journée de repos à l’hôtel! Le soir nous allons manger au Jaffna Héritage Hotel, le restaurant végétarien d’un hôtel plutôt chic . Le dal est délicieux mais tout est quand même un peu surévalué et, vu le prix, nous n’avons cette fois pas de scrupule à renvoyer notre jus de citron salé !

Vendredi 21 Juillet : Jaffnar ( Delft)

Lever tôt ce matin afin de partir avec un tuk-tuk à 6h45 vers la jetée desservant l’île de Delf ( 1800 roupies) .C ‘est à une trentaine de kilomètres et très vite on ne sait plus où on est, tant on est entre lagune, mer, bras de mer, ile ou presqu’île reliée par des jetées …Difficile de se repérer dans ce lacis d’étendues d’eau! La carte m’aide néanmoins à comprendre que nous passons de Jaffna à l’ile de Velanai par une chaussée, puis de Velanai à l’île de Punkuduvitu par une belle chaussée, puis enfin de Punkuduvitu au port de Kurikaduuuwan par une chaussée plus petite. Fréquemment de part et d’autre de la route on ne domine que de quelques dizaines de centimètres des eaux très peu profondes et translucides tendues de filets . Notre chauffeur lambine un peu et ce n’est que lorsque nous lui rappelons que nous allons à Delft ( il n’y a que deux bateaux par jour et par sens) qu’il accélère un peu , nous arrivons pile pour prendre le bateau de 8 heures. Après un trajet de 45 minutes, entièrement gratuit car pris en charge par la marine sri-lankaise , nous arrivons à Delft. 3500 personnes , essentiellement des familles de pêcheurs, vivent dans cette petite île écrasée par le soleil. C’est une partie du Sri lanka qui n’a pas été exposée au tsunami . Nous prenons un tuk-tuk qui nous promène pendant trois heures ( 1500 roupies) pour nous montrer les points d’intérêt de l’île . En fait c’est plus une ambiance : chemins de terre au milieu des cocoteraies, centaines de murets en coraux qui séparent les champs , très impressionnants, ( mais curieusement je ne vois aucun four à chaud comme à la Réunion où on utilisait le corail à cet effet), un baobab qui est actuellement en fleurs ( apparemment il n’y a que deux baobabs au Sri Lanka donc ils sont très fiers de celui-ci) , des chevaux sauvages, descendants de ceux amenés par les Hollandais , paissant avec le bétail dans des champs totalement arides, quelques vestiges ( ruines de fort, de stalles de chevaux, de colombiers pour les pigeons voyageurs) de l’occupation hollandaise …Nous finissons par nous baigner sur une très belle plage totalement déserte , l’eau turquoise doit être à 32°…Après avoir mangé un riz frit très quelconque dans la seule épicerie-gargotte du petit port d’arrivée, nous repartons à 14h30 avec un autre petit bateau pour une traversée que le guide présentait comme « mémorable «  ( le bateau de ce matin était relativement plus confortable et moins plein) .Effectivement je ne sais combien nous sommes mais en grande surcharge en tout cas et très entassés . Cinq minutes avant d’arriver, on voit tout le monde se précipiter vers la sortie pour être dans les premiers à toucher la terre ferme , c’est que les bus attendent le bateau et que les places assises sont chères ! Nous faisons le trajet debout et tellement serrés que quiconque ne peut bouger un bras ou un pied .L’aide du conducteur arrive toujours à faire monter d’autres personnes jusqu’au moment où vraiment c’est matériellement impossible ! Comme il n’y en a pas pour des heures, j’arrive à trouver ça presque rigolo, mais nous sortons du bus dégoûtants et totalement trempés de sueur. Une bonne glace et un jus nous requinquent un peu, puis nous passons à la gare dans l’idée d’acheter deux couchettes pour rejoindre Colombo demain soir dans le train de nuit .Hélas, tout est complet pour trois soirs et il va nous falloir trouver une autre solution.Nous ne sommes pas chauds à l’idée de nous taper 11 heures de train de jour, ou même de nuit sans couchettes…Le soir, dîner au Cosy restaurant, un peu moins bon que le premier soir .

Samedi 22 Juillet : Jaffna

La solution , puisqu’il n’y en a pas de parfaite, sera un bus de nuit ce soir à 21h30 ( 2400 roupies /2) . Nous nous entendons avec G guest-house pour pouvoir y rester jusqu’à 21h en payant la moitié d’une nuit , et nous profitons de la journée pour nous reposer. A 13 h, nous allons manger le traditionnel curry végétarien sur une feuille de bananier au Malaysian Café, c’est correct pour un prix dérisoire mais bondé et pas très propre. Nous allons ensuite traîner un peu dans les rues commerçantes autour du marché, c’est vivant et animé, on achète quelques cd de musique indienne, on nous en trouve même un du Sri Lanka . Puis comme nous sommes à côté et que nous allons repartir dans la campagne , j’ai envie de passer à l’hôpital, j’ai toujours très mal aux côtes et je me demande s’il n’y a pas un peu de sable dans la grosse égratignure de mon genou, car aucune amélioration depuis trois jours.. Une dame parlant anglais me donne un bon d’admission pour aller faire des radios ( pas ce qui me semble le plus judicieux mais bon…) avant de nous envoyer vers un service qui s’avère être le service des accidents. Là il y a des gens blessés qui attendent sur des brancards, et je me dis que les soignants ont bien mieux et plus urgent à faire que des radios inutiles, et nous ressortons donc de l’hôpital. Le gag est que, alors qu’Antony a déjà traversé la route en slalomant entre les véhicules et que je suis encore côté hôpital, je suis poursuivie par un garde de sécurité , puis entourée par trois , qui me demandent mon bon d’admission .Comme c’est en anglais, ils ne comprennent pas mais essaient de m’expliquer péniblement que «  Patient ….Out ….No ! » .Je leur réponds que je ne suis pas une patiente et que je m’en vais, avant de les planter là ! Avant de revenir à l’hôtel, nous nous offrons une dernière glace et des jus de fruits chez Lingam. Comme depuis trois jours, chaque fois que nous sommes dans notre chambre, nous entendons les musiques et les chants des cérémonies tamoules dans le temple voisin et certains sont vraiment magnifiques . Ce ne sont pas des chants enregistrés, mais bien de véritables incantations psalmodiées par un chanteur, dans des styles parfois orientaux parfois andalous , et ce pendant des heures entières ..Très surprenant !

A 21h30, nous voilà partis pour 7 ou 8 heures de voyage , ce qui est un peu décourageant pour 300 kilomètres….Le bus, qui est super confortable, avec de bons sièges inclinables et la clim , nous prend sur la route près de l’hôtel et notre hôte vient avec nous l’attendre pendant une demi-heure, quelle gentillesse ! Pendant les deux premières heures, nous subissons un film indien mais après , ouf, c’est le silence et j’arrive à dormir un peu

Dimanche 23 Juillet : Colombo – Kitulgala

Nous arrivons à la gare routière de Colombo à 3 h 45, c’est déjà très très animé et nous prenons un café en attendant le deuxième bus qui va nous amener à Kitulgala. Là c’est un bus gouvernemental qui est vite bondé ( heureusement nous sommes assis) et met 3 h pour faire 70 kilomètres, que c’est long ! Sans beaucoup monter en altitude , nous rentrons vite dans des paysages de forêt tropicale et de collines embrumées, avant d’arriver sous la pluie à notre destination . Adventure Camp est une espèce de campement de bric et de broc, qui propose des tentes sur pilotis totalement basiques ( et très chères, 25 dollars) et la wifi annoncée ne fonctionne pas, mais l’emplacement du camp tout en bord de rivière est assez agréable et de toutes façons on n’a pas trouvé mieux : la région qui est devenue le haut lieu du rafting pour les jeunes sportifs sri-lankais est assez chère. Pour commencer, nous nous faisons amener à un dispensaire car le long voyage n’a pas arrangé nos jambes, nous avons tous les deux cheville et mollet terriblement gonflés et une douleur qui ne cesse pas . Une médecin nous reçoit tout de suite, et si le local est très rudimentaire, elle semble en revanche très compétente. Elle nettoie sérieusement nos plaies qui se sont infectées, ( aîe, ça pique fort) tout en riant gentiment des Occidentaux qui ne supportent pas grand chose puis nous fait un bandage et nous prescrit des antibiotiques .Elle est en train de lire, nous dit-elle, «  Les misérables » qui est posé sur son bureau, traduit en indi ! Le jeune homme de l’hôtel qui nous a amenés et ramenés dans son tuk-tuk après nous avoir attendus ne veut pas que nous le payions ! Ensuite, c’est repos, sieste, et une petite promenade de l’autre côté de la rivière, puis un peu de lecture dans un hamac, bercée par le bruit de l’eau…

Lundi 24 Juillet : Kitulgala

Les médicaments ont fait leur effet , les bobos sont en bonne voie de cicatrisation et nous sommes beaucoup plus lestes ! Apparemment l’hôtel sera plein ce soir donc il nous faut trouver autre chose, cela nous contrarie un peu de reprendre les sacs mais pas de quitter cet hébergement rudimentaire , avec douches communes à l’eau froide . Le tuk-tuk nous amène quelques kilomètres plus loin dans le même style d’hébergement : je suis étonnée des prix locaux ( 4000 roupies pour la chambre, le plus cher que nous ayions jamais payé ici) car on est loin du luxe ou même du « bon état » , mais au moins nous avons une chambre , des sanitaires privés, et même la wifi. Le Adventure Camp base a une grande terrasse qui domine la rivière, pile au dessus d’une petite chute de 1 mètre environ , et nous voyons défiler toute la journée les embarcations de rafting ( mais une seule va chavirer ! ). Mais nous découvrons aussi que l’endroit sert de base pour des stages de motivation de groupe , et je peux observer plein de « techniques » que j’ai lues mais qu’heureusement je n’ai jamais eu à expérimenter dans ma vie professionnelle ! Passe encore d’entendre tout le groupe pousser des rugissements à l’unisson, de les voir partir pour une course pieds nus, ou se déplacer en hauteur entre deux cocotiers ( avec une ligne de vie quand même) pendant que le groupe tape des mains et crie des slogans pour encourager les timorés ; mais les voir plus tard déambuler en chenille, yeux bandés sauf le premier et le dernier , avec la tête recouverte de mousse à raser et pendant que des instructeurs font éclater des pétards à leurs oreilles fait quand même se poser de sérieuses questions sur l’intérêt réel de tels stages ! Pour nous, c’est bien plus calme, lecture et repos !

GREECE: May 2016

November21

TAIWAN: July-August 2015

August18

Notre voyage en avion  ayant été épique, je laisse la parole à Charlotte qui a eu  envie de le raconter ( c’est dans son jus, orthographe incluse)…et je reprends le fil  de mon journal de voyage ensuite :

Day 1: On se lève à 6h de Lapenne ( village an ariège ), en gros à 9h on prends l’avion de Toulouse vers Paris, donc on arrive à Paris à 11h30 et notre vol vers Shangaï est à 13h et on doit récupérer nos bagages et ré-enregistrer. Par chance nos bagages étaient les premiers sur le tapis, donc ouf, on a couru , on est passé devant tout le monde par manque de temps.On arrive et l’aéoroport nous annonce que notre vol est retardé d’une heure! Donc voilà maman regarde son téléphone et Justine lui dit qu’il y a 3 cyclones en même temps sur la zone et qu’ils ont fermé l’aéroport donc pas sûr de partir. Après 2 heures à attendre ils nous annoncent  qu’on ne part pas et que notre vol est annulé ! Donc ne venant pas de Paris, on avait nul part où aller, et comme on avait prit un vol “indépendant ” de Toulouse vers Paris ben en gros on avait pas le droit d’avoir un hôtel alors que tous les chinois en avaient, bref, on a parlé pendant près d’une heure pour en avoir un (avec un chinoi parlant à peine français , donc après 1h d’attente ils nous disent de prendre un bus ( étant à l’opposé de notre terminal évidemment ) donc 30 minutes pour trouver et tout on prend la navette et on arrive à notre hôtel, à peu près vers 18h, épuisées après plusieurs kilomètres parcourus en courant dans l’aéroport ! Notre RDV pour demain est à 6h à ce terminal.

Day 2 : 6h on devait être au terminal sachant qu’on mettait une heure pour y aller avec la navette quoi, donc on se lève à 5h, on déjeune à 5h30 et on part, encore une heure à aller partout , bref ils nous disent de venir à 6h, et eux ( les agents de l’aéroport ) se pointent à 8h, donc 2h d’attente avec nos bagages et tout. Bref, on arrive une queue sur 200 mètres pour enregister, et au bout d’un nombre incalculable d’heures on arrive enfin à enregistrer ( mais toujours pas sûr que notre vol parte et franchement on y croyait pas ) alors nos places d’origines était maman hublot et moi coincée entre 3 chinois à 30 rangées d’écart de maman, mais on arrive à changer pour des issues de secours résulat au moins 2 mètres devant nous pour mettre nos jambes ” le rêve”. Donc voilà de bons films donc 12 heures de vol, on arrive enfin à Shangaï sans turbulences !

Day 3 : On arrive là bas 7h30 ( TOUT ÉCRIT EN CHINOI EVIDEMMENT  ) on se dirige vers “transfer” vu qu’on devait repartir vers Taiwan, mais on devait changer notre billet puisque à la base notre vol d’origine était la veille, donc ils arrivent pas à nous le changer , on attends 30 minutes , 200m finalement nous dire d’aller récupérer nos bagages pour ensuite changer notre billet, on fait 200 m là où il fallait passer à la douane des frontières, on fait la queue 20 minutes, on moment de passer ils nous expliquent en anglais peu compréhensible qu’il faut d’abord changer notre vol, alors encore 200 m à parcourir , là bas ils étaient débordés les pauvres ( En faite tout l’aéroport de Shangai avait été fermé la veille donc c’était des milliers de vol qu’ils avaient annulé et donc c’était réelement la merde quoi pour tout réorganiser ) donc une femme part pour nous faire nos nouveaux billets donc encore une attente d’une heure. Bref elle revient et nous donne un papier à donner aux agents de douanes, donc rebelotte encore 200 mètres à se taper ( on était 5 en tout ) ,ils regardent ce papier minable et nous disent qu’il y a un seul prénom dessus, on refait 500 mètres ( j’te jure je voulais mourir avec nos bagages cabine de 500 kilos ( ordi+ appareil photo + tous mes zooms ) on refait faire un papier pour chacun d’entre nous, il y avait une grande queue mais on passe devant tout le monde, bref on passe ils nous disent qu’il y a peut-être un vol mais qu’il faut se grouiller ! On passe enfin, donc tampons sur passeport, on court et on récupère nos bagages planqués dans un coin car ils les avaient enlevé du tapis pour un arrivage d’un autre vol, et encore une queue de 5 minutes, ah non on se rend compte que c’est pas par là la sortie alors on sort, et là on doit encore faire 800 mètres, prendre plusieurs escalators et on arrive enfin à l’étage “départ” on doit encore changer notre billet puis enregistrer les bagages. On aperçoit une queue de 300 mètres de chinois #ce moment où tu pries pour que ce ne soit pas ta file# eh bien si, on se dit qu’on y arrivera jamais on essaye de le faire à la ” chinoise ” c’est à dire froder et passer devant tout le monde , mais à 5 avec un bagage par personnes ça fait pas trop ” discret” quoi , donc on se fait recaler et on nous dit d’aller au compte de l’agence China Eastern , alors là petite attente donc on fait la queue, au fur et à mesure d’un moment c’est un peu parti en cacahuète , les chinois crillaient, se faufillaient à l’intérieur des bureaux alors la sécurité, une fille tout menue d’à peine 1m60, est venue et là le calme est de suite revenu , donc bref on le refait à la chinoise et on demande à refaire notre billet, on apprends alors que ce n’est pas là qu’il faut être pour avoir de nouveaux billets, alors on va voir quelqu’un se trouvant près des comptoirs d’enregistrements et il nous dit alors que le n°16 c’est le “standby” c’est à dire que des centaines de gens attendent que des places se libèrent pour aller à Taiwan en plus des vols déjà remplit et qu’il n’y a plus de places jusqu’au 15 juillet, ( on était le 12) alors là on était désespérées, déjà 1 jour à Paris de perdu on pouvait pas pire et bien si … Mais là on entends ” Taiwan Taiwan ” et on voit un guichet s’ouvir alors on a couru ,bousculé les gens, on arrive enfin et on donne notre bout de papier minable avec uniquement notre nom dessus ( c’était censé être un nouveau billet ) et notre ancienne carte d’embarquement, et là miracle elle nous demande de poser nos bagages alors là SOULAGEMENT , on va surement enbarquer  CE QUI N’ÉTAIT PAS DU TOUT ENVISAGEABLE CAR TOUS LES VOLS AYANT ÉTÉ SUPPRIMÉS DES CENTAINES DE PERSONNES PASSAIENT PAR TAIWAN POUR ALLER À HONG-KONG PAR EXEMPLE , enfin bref happy happy. Donc là pas d’attente vu que le vol était prévu à 11h mais vu le chao , on est parti à 15h.  Donc voilà on arrive enfin à Taiwan à 17h et là on prend un bus pour retrouver ma soeur et rentrer à son apart, on était tellement fatiguées en plus il pleuvait sous 32° je te dis pas la chaleur épouventable. Donc  on est enfin arrivé avec je ne sais pas combiens de kilomètres dans les jambes et plusieurs jours sans dormir ( ou très peu ) .  Je précise qu’une femme française qui était avec nous parlait parfaitement chinoi ce qui nous a sauvé sinon on aurait réelement été bloquées jusqu’au 15, voilà voilà, sinon le soir et on resorti car 2 jours à Taipei c’est court donc on en profite le maximum voilà, voilà sinon je ne suis pas morte mais c’était un peu l’enfer quoi surtout que pour notre nuit à Paris, l’aéroport à gardé nos bagages donc en tout trois jours sans se brosser les dents et sans nouveaux vêtements, je te dit pas nos gueules à l’arivée ! Résumé : entre Lapenne 6h du mat le 10 juillet et Taipei 18h le 12 juillet on a dormi 5 heures ( à l’hotel ).

Je reprends le fil …

Dimanche 12 Juillet : Shanghaï-Taipei

Justine nous rejoint alors à la station de métro et nous prenons un taxi pour nous rendre à son appartement et prendre une douche oh combien bienvenue ! Puis nous sortons manger, Justine nous montre le trajet de 7 minutes à pied pour rejoindre la station de métro la plus proche , où nous achetons une carte illimitée pour trois jours. Il semble assez facile de se déplacer car il n’y a que 5 lignes de couleurs différentes et à la différence de Bangkok par exemple  un seul  réseau . Tout est hyper moderne et immaculé . Charlotte qui avait un chewing-gum en bouche se fait d’ailleurs reprendre par la responsable car il est interdit de manger, boire ou mâcher du chewing-gum dans le métro . Tout est très fonctionnel  …et directif aussi !  Il y a  un traçage au sol des files d’attente devant chaque wagon, des lumières qui clignotent pour indiquer de  quel côté on sortira , des sièges réservés qui, nous dit Justine, peuvent rester vides même en cas de grosse affluence …A Taipei, j’avais envie de tester les restaurants à thème et donc ce soir nous allons au restaurant «  toilettes » …Oui, nous mangeons sur des sièges de wc et nous sommes également servies dans des mini wc .Quant à toute la décoration, elle est très suggestive également et l’obligatoire glace au chocolat du menu a une belle forme d’étron ! C’ est assez rigolo !

On mange assez tôt à Taïwan, et c’est très bien, spécialement pour ce soir .  Ne tenant plus debout, nous ne demandons pas notre reste une fois à l’appartement et nous écroulons !

Lundi  13 Juillet : Taipei

J’ai bien entendu Justine partir, mais nous sommes tellement fatiguées que nous faisons une grasse matinée et ne quittons l’appartement qu’à 11 h 30. On prend une espèce de petit-déjeuner dans une boulangerie, café au lait et brioche, ( le café est cher, comme en Chine) avant de continuer en métro vers le mémorial de Tchang Kai-Chek.C’est un grand bâtiment de marbre blanc et dans le hall principal trône une statue de bronze de 25 tonnes du président qui a gouverné l’île pendant près de trente ans. Deux soldats casqués et gantés montent la garde sur une estrade de part  et d’autre  du hall, et les yeux fixés devant eux ,ils sont si figés et inexpressifs que nous les prenons pour des statues de cire avant de les voir déglutir …Il fait 34° dehors , avec un fort  taux d’humidité , et nous regardons sans comprendre tout de suite un fonctionnaire aller de l’un à l’autre des soldats pour  rectifier la position d’une main ou la rectitude de la tête  et surtout  essuyer la sueur sur leur visage…Pauvres gardes ! On comprend pourquoi ils ne restent qu’une heure sur place ! On descend ensuite dans le mémorial et avec une climatisation bienvenue visiter une exposition sur le rôle du président et l’occupation japonaise, avant de remonter pour la relève de la garde. C’est une cérémonie assez curieuse, avec une chorégraphie hyper rigide, un quasi-jonglage avec les fusils et quelques cris gutturaux…Puis nous nous promenons dans le joli parc qui entoure le monument, à la recherche d’un jardin de pierres pointues sur lesquelles on doit marcher pour ré équilibrer ses énergies …Comme nous ne le trouvons pas, je mime notre recherche à un jardinier et il comprend tout de suite ! Effectivement la marche sur les cailloux pointus est douloureuse et nous abandonnons assez vite ….Puis comme le ciel est assez bleu et que nous ne sommes pas sûres que cela dure, nous décidons d’aller à la tour Taipei 101, qui n’est plus avec ses 508 mètres et ses 101 étages le plus haut gratte-ciel du monde mais reste impressionnante . La vue d’en haut est certes grandiose, mais comme depuis d’autres gratte-ciel vus à  Bangkok ou à Sydney .En revanche la montée au 88 étage en 30 secondes , sans aucun à-coup ni aucune sensation spécifique, est très étonnante  de rapidité  et de naturel ..Ce qui est spécial aussi est le fait que le bâtiment soit conçu pour résister à des tremblements de terre de magnitude 7.Nous voyons  à l’intérieur la gigantesque sphère de 8OO tonnes qui permet d’équilibrer les mouvements latéraux du gratte-ciel  lors des typhons . En reprenant encore le métro, notre troisième visite sera pour le temple Longshan, grouillant de vie avec  ses nombreuses cours remplies de pèlerins  en prière, de diseuses de bonne aventure…Puis nous retrouvons Justine qui nous emmène dans un petit restaurant connu pour sa cuisine de Hangzhou , où nous nous régalons de « dumplings « ou xiaolongbao . Mais je me sers de ce que je pensais être du thé glacé et s’avère être une atroce boisson vinaigrée ! Après une telle journée, nous n’aspirons plus qu’à rentrer à l’appartement mais une enseigne de massage sur le chemin du retour nous donne envie de confier à des mains expertes nos pieds douloureux et échauffés .Ce sont des aveugles qui vont s’occuper de nous, dans un massage à la chinoise, donc parfois un peu plus énergique que je ne l’aurais voulu !

rappel: ne pas oublier de changer de page pour voir les photos lorsqu’il y en a plusieurs …

Mardi 14 Juillet : Taïpei

Fête nationale aujourd’hui…et surtout dernière matinée au bureau pour Justine ! Quant à Amélie et moi, nous quittons la chambre  un peu plus tôt qu’hier pour profiter au maximum de la journée .Direction le mémorial du docteur Sun Yat-Sen où nous n’entrons pas, mais déambulons dans le petit parc attenant  que le guide  annonçait comme le meilleur endroit pour les photos de la tour 101. Effectivement le reflet de la tour dans un petit lac entouré de végétation est assez sympa. Puis nous reprenons le métro pour aller visiter deux temples, qui sont intéressants bien que très récents. Le temple de Confucius a été édifié au 20ème siècle en remplacement d’un temple détruit par les Japonais et il est très sobre. Dans les salles, nous trouvons comme hier au mémorial de Tchang Kai Chek plusieurs  tampons à la disposition des visiteurs, cela semble être très commun ici et plusieurs touristes locaux ont leur carnet de tampons. Autant le temple de Confucius est simple, autant celui de Bao An, à deux pas, est richement orné .Dans les multiples salles, les peintures dans les bleus, rouges et verts,  les dorures et les sculptures voisinent avec de bizarres statues noires. C’est vraiment un très joli temple que nous découvrons avec plaisir. Puis nous voyons que nous avons encore le temps de prendre une autre ligne pour aller au musée national du palais. Après le métro, il faut prendre un bus puisque la bâtiment est tout en bout de ligne, quasiment dans la montagne, mais les explications sont clairement affichées en anglais, et nous y arrivons facilement. C’est un immense musée dont on ne voit qu’une infime partie, la majeure partie de la collection (650 000 pièces!) étant  conservée dans des galeries creusées dans la montagne. On dit d’ailleurs qu’il s’agit de la plus belle collection au monde d’art chinois, puisque c’est au début de la dynastie Song, au Xième siècle, qu’elle a vu le jour ! Enrichie en permanence  et pendant des siècles de milliers de trésors , cette prestigieuse collection sera au XXIème siècle empaquetée dans 20 000 caisses et trimballée pendant 15 ans et sur 12 000 kilomètres pour éviter qu’elle ne tombe aux mains de l’envahisseur japonais…Ayant lu tout cela et ayant déjà visité en Chine de magnifiques musées, j’avais peut-être trop d’attentes .Je ne sais pas s’il s’agit de la plus belle collection au monde,  il y a néanmoins comme à Shanghai ou à Xi’an de magnifiques collections , présentées de façon très moderne .Impossible de tout voir  en profondeur : nous décidons de nous laisser un peu porter par le hasard et nous admirons en particulier de merveilleux objets en jade, des pièces incroyablement raffinées … de la période de bronze  , des porcelaines délicates …Puis nous repartons retrouver Justine à une sortie de métro et nous allons boire un verre dans un quartier branché et dans un endroit incroyable dont j’avais vu les photos et où je voulais aller. Cela ressemble aux docks réhabilités que nous avions visités à Shanghai. Il s’agit en l’occurrence d’un grand bâtiment aux murs de briques, au sol recouvert d’anciens carreaux en ciment comme dans les vieilles maisons françaises, à la charpente apparente, décoré dans un style campagne-vintage-récup que j’aime beaucoup. L’étage se présente comme une vieille maison remplie de livres, d’anciennes machines à écrire  ou appareils photo, de meubles blanchis ou détournés, et si tout est à vendre, c’est fort discret, car sans prix apparents. Mais en l’espèce nous nous contentons de boire deux bières et un thé, ce qui nous coûte  quand même 814 dollars taïwanais ( 28 euros) . Nous partons ensuite vers le marché de nuit Huasi  où nous aurons trois bols de nouilles chinoises  pour 90 dollars ( 3 euros) ! Ce marché nous tentait car on y trouve  encore des serpents dont les Taïwanais étaient autrefois friands .La consommation  de leur sang et bile fait moins recette maintenant, mais on peut encore y voir des combats de serpents ou carrément en manger dans certains restaurants. Nous voyons effectivement des reptiles gigantesques dans des vivariums à l’entrée de restaurants mais nous sommes trois à être peu tentées …On prend plaisir en revanche à se balader un moment dans les travées, à retrouver l’ambiance de ces marchés d’Asie où on trouve un peu de tout .Justine s’achète un petit service à thé et un joli chapeau de paille, je trouve un adaptateur pour 3 euros  et un petit chargeur portable. Nous nous couchons assez tard, ce qui me permet un petit skype avec la France …

Mercredi 15 Juillet : Taipei-Hualien

Pas de contrainte horaire ce matin, donc on traîne un peu avant de refaire les sacs, nettoyer la chambre puisque Justine la quitte définitivement et partir. Un taxi nous amène à la gare d’où nous prenons trois billets vers Hualien, qui se trouve  à l’Est , à environ trois heures sur la plaine côtière , et marquera le début de notre périple . Nous pourrions prendre le Taroko express, un TGV local, mais c’est assez cher et nous préférons un train local pour 1020 dollars en tout .On a un petit peu d’attente dans la grande gare et les filles choisissent de manger au Mc Do ! Le train est ensuite confortable, mais il fait carrément froid, la climatisation étant poussée à son maximum. On est vite dans un paysage de  montagnes recouvertes de forêts et le train passe dans beaucoup de petites gares .Puis nous trouvons la mer à notre gauche, et toujours la montagne à notre droite, avec une végétation tropicale. A Hualien, le taxi a un peu de mal à trouver la guest-house que j’ai réservée hier sur Booking.com, elle est un peu excentrée mais la chambre est très confortable , avec une décoration très kitch de dizaines de petits nounours et de cœurs….La famille qui nous reçoit est adorable et prend un grand moment pour nous présenter les différentes options de notre visite de demain : les gorges de Taroko. Le départ des gorges est à une trentaine de kilomètres, et si ces magnifiques gorges de marbre ne font qu’une vingtaine de kilomètres de longueur, il y a plusieurs points à voir et  l’idéal aurait évidemment été d’avoir notre voiture pour pouvoir nous arrêter quand nous le voulions. Là, la location d’une voiture avec chauffeur est trop onéreuse, la débrouille totale en jonglant avec les bus bien compliquée et finalement je choisis l’option tour de la journée en minibus pour le prix total de 2100 dollars. On viendra donc nous chercher ici demain matin après notre petit-déjeuner. Le propriétaire a ensuite la gentillesse de nous emmener en ville et de nous indiquer un restaurant où on fait des hot pot, des  fondues au bouillon. Nous en choisissons les ingrédients un peu au hasard car Justine a du mal à lire les caractères taïwanais, qui sont les caractères chinois  traditionnels, différents de ceux utilisés maintenant en Chine, mais le résultat est goûteux et sain . On nous amène d’office une boisson  granitée dont le goût n’est pas  désagréable,  et qui me laisse sur la langue une saveur que j’ai du mal à analyser, je pense à de la châtaigne ….En fait, il s’agit d’une boisson faite avec des  haricots !

Jeudi 16 Juillet : gorges de Taroko

Après un petit-déjeuner vaguement occidental, c’est finalement le propriétaire  qui nous amène  en ville retrouver notre compagnie, nous sommes bien évidemment les seules étrangères dans un bus d’asiatiques, et le guide ne parle pas anglais  mais peu importe. L’entrée des gorges, qui comptent parmi les sept merveilles d’Asie, se trouve à une trentaine de kilomètres de Hualien. Durant toute journée nous allons d’un point à un autre découvrant  ces 20 kilomètres de route surplombant un canyon fermé sur de hautes falaises de marbre. C’est le seul endroit dans le monde où s’élèvent des falaises de marbre d’une telle importance, atteignant des centaines de mètres. De nombreux tunnels jalonnent la route qui offre vraiment des perspectives impressionnantes et qui n’a été ouverte  sous sa forme actuelle qu’en 1960 : un mausolée rend d’ailleurs hommage aux 450 ouvriers morts en la construisant.  Le parc national compte, lui, des sommets de 3000 m dominant  la rivière Liwu qui serpente, nous évoquant le Yang Tse  bien que la couleur bleue  soit ici  moins soutenue. Le parc est aussi renommé pour la faune qu’il abrite, 34 espèces de mammifères comme le macaque de Formose, l’ours noir  ou le chat léopard, 144 espèces d’oiseaux comme la fameuse pie bleue de Formose que Justine a vue une fois. Aujourd’hui nous avons la chance de voir un singe ( le fameux macaque?) qui se laisse gentiment prendre en photo avant de s’éloigner …En fin d’après-midi, le bus nous emmène en bord de mer admirer au  départ du circuit panoramique de la côte Est, une côte merveilleusement découpée , de très belles falaises tombant dans la mer .Cela  fait penser à la Réunion et à la route du littoral, comme l’entrée dans les gorges de Taroko évoquait aussi le départ vers Cilaos .Je ne peux qu’aller dans le sens de Justine qui trouvait Taïwan et la Réunion semblables par de multiples aspects. Puis nous terminons le circuit par un arrêt à la grande plage de Chihsingtan qui offre un large panorama sur le Pacifique ; il n’y a aucun sable mais de jolies pierres marbrées et de minuscules gravillons de toutes les couleurs, noirs ou blancs, verts, ocres….J’en ramasse de qui remplir un petit flacon . Même s’il est encore tôt, nous mangeons en ville quand le bus nous y redépose ; cela ne pose pas de problème car les Taïwanais mangent tôt et les restaurants ré -ouvrent généralement à 17 h ! Je me laisse tenter par une autre fondue, à la crème et au fromage, c’est surprenant  mais assez bon et le système des menus, où on a d’office du thé et un dessert , est une bonne idée .Puis la soirée peut être assez longue, pas besoin de mettre le réveil demain !

Vendredi 17 Juillet : vers Taitung

Effectivement nous ne nous levons que vers 9 heures et traînons avec nos ordinateurs jusqu’au check-out de 11heures. Puis nous partons vers la gare routière, la route vers l’Est est si belle que le bus longeant la mer nous offrira de plus belles vues que le train, même si nous devrons pour cela changer de bus en route. Cette fois-ci nous prenons une petite veste avec nous ! La boite de Justine nous a réservé un hôtel pour les cinq nuits à venir, en échange d’articles qu’elle écrira  sur les visites faites à Taitung et sur Lanyu, l’île des orchidées.

Nous partons donc en bus vers Taitung, cela nous prend 4 heures au total plus le temps du transfert et de l’attente au milieu, mais le temps passe vite  tant le trajet nous offre de merveilleuses vues sur la côte découpée  et la mer turquoise .Avec la végétation de manguiers, frangipaniers, fromagers et autres arbres tropicaux, on se croirait sur une île tropicale de l’océan Indien, et pas du Pacifique…. Je me dis d’ailleurs que je vais enfin arriver à me baigner dans le Pacifique pour la première fois de ma vie : En Tasmanie et même en Australie en Janvier, l’océan était très froid et déchaîné, au Pérou il était grisâtre et également déchaîné, mais ici l’eau turquoise  arrivant sur les plages en gentilles vaguelettes est bien plus attirante. Néanmoins je ne vois aucun baigneur pendant tout le trajet. Justine dit qu’il n’y a pas de requins .Une différence de culture alors ? Il est vrai que les femmes ici semblent obsédées par la blancheur de leur peau. Hier ma voisine dans le bus avait tiré tous les rideaux latéraux, occultant ainsi toute vue sur les gorges, et lorsque je lui ai fait comprendre que je souhaitais voir le paysage elle s’est emmitouflée dans un grand gilet qui couvrait ses bras, a mis un chapeau et un masque chirurgical …Nous avons fini par changer de place et elle ne m’a plus adressé un mot, j’en suis restée toute ébahie !

A Taitung, nous sommes dans un hôtel très agréable et Justine  doit donc rendre compte de  quatre activités  .L’une des quatre est Tiehua Music Village, un endroit qui n’est pas signalé dans le guide et sur lequel nous n’avons aucune information. C’ est donc sans enthousiasme et avec l’idée de «  nous avancer » que nous décidons d ’y aller ce soir, les filles s’étant d’abord un peu ragaillardies au Mac Do ( pour 10 euros à trois!) . En fait c’est une très agréable surprise : un parc est entièrement éclairé de milliers, oui de milliers, de lanternes -montgolfières, toutes différentes, et faites  visiblement par  les enfants des écoles : c’est un spectacle absolument ravissant  et c’est avec un grand plaisir que nous nous promenons et prenons des photos. Il y a aussi quelques petits étals de souvenirs, et une partie du parc , payante, est réservée à des spectacles  de groupes aborigènes. Justine y rentre seule pour prendre quelques photos, mais nous l’attendons car cette  musique ethnique, très agréable d’ailleurs, est  diffusée dans tout le parc .Puis après un dernier tour parmi les lanternes, nous rentrons  car demain il nous faut nous lever très tôt .Il y a en effet à une heure de Taitung un festival de vraies  montgolfières, avec un spectacle tôt le matin, et pour y être à temps il nous faudra quitter l’hôtel à trois heures ….

Samedi 18 Juillet : Luye Gaotai

C’est dur de se lever mais nous sommes prêtes quand le taxi vient nous chercher et nous partons à 4 heures dans un  bus à nouveau glacial ! Très vite nous quittons la côte et nous voici attaquant la montagne par des « rampes » et sur de toutes petites routes. La végétation n’a pour nous rien d’exotique : des palmiers, des papayers, de grands champs d’ananas tous ensachés et même des flamboyants fleuris ! Après 1h 30 et alors que le jour s’est levé,  nous arrivons au grand plateau d’où s’envolent les montgolfières, juste à temps pour voir leur gonflage .Elles sont étalées à plat  sur de grandes pièces de tissu, leur partie technique reliée à un petit camion benne pourvu d’un genre de compresseur qui les gonfle très rapidement. Il y a également de belles flammèches de feu …Puis les montgolfières s’envolent, certaines vont survoler la vallée,  d’autres bien  qu’en hauteur restent amarrées à leurs cordes. C’est un spectacle magnifique de voir ces ballons de formes et tailles différentes dans le ciel, et nous nous asseyons un moment sur la pelouse en pente. Nous  comptons 13  montgolfières dont un magnifique soleil portant les couleurs de la France … Il y a beaucoup de monde mais l’aire d’où les spectateurs peuvent les  admirer  est très vaste :on ne se gêne pas . Et puis le festival dure trois mois en tout, avec  une prestation tôt le matin et une à 17 h,  donc l’affluence journalière reste  raisonnable. Cerise sur le gâteau, tout est gratuit, sauf bien sur si on veut faire un tour dans les nacelles et admirer  d’en haut les montagnes verdoyantes et nimbées de brume  … C’est enchantées et après avoir pris de belles photos et joui du spectacle que nous reprenons un bus vers Taitung.

Mais le programme de la journée n’est pas fini car Justine s’est engagée à commenter deux autres activités. A partir de là, tout part un peu en sucette, rien de grave mais il y a des jours comme ça ! Arrivées à Taitung, on voit que personne n’a emporté le programme  mais plutôt que de reprendre un taxi et repasser à l’hôtel on décide de se débrouiller directement .Il y avait un parc à visiter en louant les vélos mais on ne nous emmène pas au bon …Tant pis, on se rappelle qu’il y a le musée du riz à voir à Chéchang , donc retour vers la gare routière . Après nos 3 h de bus du matin, on tort un peu le nez en voyant que le village est à nouveau à 1h45 de bus , le prochain bus étant à midi .On va donc se sustenter un peu et on repart en bus ….Las, avant que le bus n’oblique on roule toute la première heure sur la même route !  C’est directement depuis Luye que nous aurions dû partir vers le musée ….L’autre ville est dans la vallée et le paysage s’enrichit de nombreuses rizières . Nous arrivons à Chéchang , une petite ville morte, sous des trombes d’eau et tournons beaucoup car les personnes interrogées nous donnent des renseignements contradictoires sur le Rice Museum .Finalement on nous oriente vers un bâtiment ( il est bien écrit Rice Museum dessus) qui ne rouvrira  qu’à 13h30, et nous allons attendre une heure au Seven-Eleven du coin . Ces petites supérettes sont bien pratiques à Taïwan car on peut y retirer de l’argent, aller aux toilettes et boire un coup, en plus d’y faire des achats. Mais quelle déception et quelle incompréhension quand le musée ouvre, il ne s’agit que d’une seule pièce, quelques explications et deux -trois anciennes machines agricoles pour  une exposition très familiale …A ce stade on se doute bien que quelque chose ne va pas:-) mais on ne voit pas trop que faire d’autre ! Heureusement le retour sera quand même plus court que l’aller car voyant que le train passe dans la ville, cela me donne l’envie d’essayer de rentrer en train et au final ce sera 40 minutes et moins cher que le bus ! Le prix s’explique peut-être par le fait qu’il n’y ait pas de siège mais on trouve deux places quand même. Il ne nous reste plus qu’à rentrer à l’hôtel , à 15h30 seulement mais épuisées , et à nous effondrer sur nos lits avec une clim délicieuse !

Le soir nous ne ressortons qu’à pied pour aller manger et trouvons un petit bouiboui où nous nous régalons, les filles de riz frit avec du bœuf et de spaghetti- crème -/lardons, pour moi de spaghetti-crème-fruits de mer .C’est notre meilleur repas depuis que nous sommes là et le tout, thé inclus, pour moins de 3 euros par personne…

( Et bien sûr Justine découvrira plus tard qu’ il y avait un autre musée lui aussi consacré au riz…eh bien c’est raté!)

Dimanche 19 Juillet : vers Lanyu

Encore un départ aux aurores, à nouveau sous la pluie, et nous voici à 7 heures au port en train de prendre nos billets vers Lanyu, l’île des orchidées. C’est une île volcanique de 44 km2 située à une soixantaine de kilomètres des côtes taïwanaises et que l’on vient visiter pour deux raisons principales : ses paysages de reliefs coralliens et la culture yami. Les Yamis sont en effet un groupe aborigène très enraciné dans sa culture, à cause de l’insularité bien sûr ( jusqu’en 1950, les habitants vivaient totalement à l’écart de l’île principale) et aussi parce que durant l’occupation japonaise, les autorités coloniales ont encore accentué ce phénomène en interdisant tout contact entre Taïwan et Lanyu. Même si les choses ont changé, parfois trop vite et douloureusement, les autochtones restent  très attachés au maintien de leurs traditions culturelles. Nous rejoignons l’île en deux heures et demie d’une traversée très mouvementée car le ferry bouge et tape pas mal et autour de nous ça vomit à qui mieux mieux .Nous avons la chance de ne pas souffrir du mal de mer mais sommes néanmoins soulagées d’arriver. L’arrivée est surprenante : nous longeons pendant un moment ce qui nous apparaît comme une  montagne recouverte de végétation, sans une seule  maison, et plongeant directement dans la mer , on dirait  vraiment l’arrivée sur l’île de Jurassik Park ! Puis nous débarquons dans un petit port où nous sommes attendues et amenées à notre hôtel, il s’agit en fait de petits bungalows  tout simples ouvrant directement sur la mer et ses falaises déchiquetées, avec de grosses vagues et d’énormes bourrasques de vent…Un Pacifique moins attirant que celui entrevu l’autre jour ! Nous nous installons puis allons manger au village le plus proche, au restaurant du patron des bungalows, où nous mangeons du poisson volant, spécialité de l’île .C’est bon mais cher pour Taïwan, 9 euros le plat ! Nous espérons ensuite louer des scooters comme tout le monde ici, mais alors que je me suis décidée à débuter en scooter, notre permis français n’est pas accepté et nous nous retrouvons assez ennuyées….Nous nous promenons un peu dans le village et prenons quelques photos. L’air est chaud et poisseux .Les habitants sont un peu plus foncés qu’ailleurs et souvent de type mélanésien. On voit que l’île , bien que peu touristique se heurte déjà au problème des déchets non recyclables et des carcasses de voitures et scooters  traînent un peu partout …En passant devant un petit bar, des jeunes femmes commencent à nous sourire et nous en profitons pour engager la conversation et parler de notre souci de déplacement .Le patron  va se renseigner et trouver pour nous une voiture pour demain, sa fille  fera le chauffeur si cela nous convient. Soyons clair, c’est très cher , 100 euros la journée plus l’essence mais nous n’avons guère le choix ! Nous convenons  de nous retrouver demain matin, en espérant que le temps s’améliorera, et nous revenons dans notre bungalow, qui ressemble plutôt d’ailleurs à un container aménagé, pas inconfortable à l’intérieur mais un peu abîmé par la rouille de l’air salin. Fatiguées, nous nous endormons toutes les trois, bercées par les bourrasques du vent et le bruit des vagues …Le soir nous sortons à pied trouver un petit restaurant où nous mangeons simplement des nouilles et un bouillon de poisson.

Lundi 20 Juillet : Lanyu

Coup de chance en nous levant ce matin, le ciel est bleu et le soleil est au rendez-vous. Après le petit-déjeuner, nous partons retrouver Emily qui s’occupe de nous faire amener la voiture. Elle vient avec nous mais c’est finalement son frère qui va conduire , et nous partons pour faire le tour de l’île . On longe d’abord le tout petit aéroport  avec sa piste d’atterrissage-digue  avant d’aller visiter le non moins tout petit musée de l’île. Tout est à petite échelle !  Avec 2000 habitants, l’île n’a pas d’hôpital, mais  quand même trois écoles élémentaires et un collège-lycée. Le petit musée est intéressant avec quelques photographies  anciennes , des sculptures et objets ethniques dont les fameux canoës peints que les Yami utilisent ( ou utilisaient ? ) pour la pêche . Mais ce qui fait surtout l’intérêt de la  petite route bétonnée ceinturant l’île, ce sont les récifs coralliens aux formes étranges qui la parsèment tout du long. Ils ont leurs noms : Crocodile Rock, Beauty Rock, Tank road….., et on rencontre aussi  une belle arche, quelques grandes grottes. La première moitié de l’île est le côté  le plus « urbanisé », avec quelques petits villages ; cela me fait un peu penser à Mayotte d’il y a  vingt ans, en beaucoup moins habité .Partout les cabris paissent tranquillement et les points de vue sont magnifiques sur les eaux turquoises et la forêt d’un vert soutenu. Mais dès qu’on s’approche de l’océan, il faut être prudent .Non seulement les vagues sont fortes mais à part deux ou trois minuscules criques de sable noir  on se heurte à des grattons coupants qui rendent la marche extrêmement difficile. Nous n’avions pas emporté nos maillots , mais après le repas nous n’en pouvons plus de chaleur, et demandons à Emily de nous trouver un endroit discret pour nous baigner  .Elle nous amène dans une anfractuosité des rochers où nous nous baignons en sous-vêtements avec un plaisir extrême que même la rencontre dans l’eau d’un long serpent rayé de noir et bleu n’arrive pas à ternir . Le premier bain dans le Pacifique pour Charlotte et moi !  La deuxième moitié de la balade se fait dans un paysage  encore plus sauvage , les voitures sont très rares, seuls des scooters d’autochtones ou de touristes asiatiques ( on n’a pas vu un seul occidental sur l’île) empruntent la route bordée de temps en temps de cultures de taro ( le songe de la Réunion) . Nous nous promenons autour de quelques maisons traditionnelles en bois , qui sont  semi  -enterrées  à flanc de colline afin d’offrir moins de prise au vent  .Recouvertes d’un tissu bitumé, certaines sont encore habitées mais Emily nous dit d’emblée de ne pas prendre de photos .Alors que l’après-midi tire à sa fin et que nous avons fait tout le tour de l’île, la voiture prend une route transversale et par une très forte montée accède tout en haut de la montagne  au site d ‘une station  de contrôle sismique. Nous avons de là une vue incroyable sur les deux côtés  de Lanyu…Voilà  pour qui aime la nature une île où il doit faire bon rester quelque temps à se reposer, pêcher, plonger, voire randonner s’il y a des sentiers à l’intérieur …Le soir Justine et moi ressortons à la nuit pour essayer avec un guide aborigène de voir des chouettes, cet animal  étant avec les bateaux rouge et blanc  l’emblème de Lanyu. Nous y allons avec la voiture alors tout le monde est en file  à scooter, c’est amusant. Un jeune stagiaire de notre petit hôtel nous traduit le plus gros des explications qui sont en chinois bien sûr, et c’est intéressant. Le guide nous présente plusieurs types d’arbres   et de plantes dont, ne venant pas d’Europe, nous connaissons la plupart, mais il nous fait aussi découvrir l’espèce de gomme rouge que les Taïwanais mâchent, le bétel . Nous voyons des petits escargots blancs qui sont protégés maintenant  mais que, d’après le guide, les anciens mangeaient au temps  de disettes et lors de la colonisation japonaise .Notre guide imite parfaitement le cri de la chouette , et plusieurs spécimens lui répondent dans la forêt mais au final nous n’en voyons que deux petites, de loin, blotties sur leurs branches .C’était bien néanmoins et c’était surtout délicieux d’être dehors à la fraîche  avec une petite brise …Demain nous allons faire la grasse matinée, puisque si nous pensions réduire notre séjour à deux nuits au lieu de trois nous avons appris que cela ne sera pas possible …les conditions météo étaient si mauvaises hier  qu’il n’y a eu ni avion ni ferry et les personnes bloquées ont réservé tous les billets pour demain !

Mardi 21 Juillet : Lanyu

Repos ! Grasse matinée…

Ecrire les comptes -rendus, lire, trier des photos, faire de l’administratif  pour moi ….Ça fait du bien ! Il y a aussi un peu de linge à laver …En journée je goûte le bubble tea, le thé  dans lequel il y a de grosses perles de tapioca, c’est un peu bizarre comme consistance mais pas  désagréable .J’aurais envie d’aller me baigner mais les filles ne sont pas partantes et j’avoue que je renonce  car l’idée de remarcher jusqu’au village  le plus proche ( seul accès à la mer un peu facile et protégé des vagues)  sous cette chaleur caniculaire, et d’être la seule en  maillot sur cette plage déserte au milieu du village me  fait reconsidérer la question ! Le soir nous retournons manger dans le  même petit restaurant pour le troisième soir, et nous régalons de viande de cabri ou d’agneau (comment savoir : c’est le même signe en chinois) coupée façon kebab avec des pousses vertes et croquantes, un délice ! Au moment de faire les comptes, la très antipathique patronne de l’hôtel essaie de nous arnaquer  en nous demandant 3000 dollars taïwanais de plus, mais nous refusons et comme par magie le problème disparaît : la boite de Justine a bien payé les trois nuits pour nous , mais nous ne lui recommanderons pas cet Algeco  plutôt sale et à la fenêtre opaque alors que la situation en front de mer est fantastique …

Mercredi 22 Juillet : Lanyu-Kenting

Aujourd’hui nous prenons le ferry vers Kanting à dix heures, c’est un plus petit bateau que celui qui nous avait amenées depuis Taitung  et on n’a pas besoin d’acheter les tickets dans un bureau, c’est le capitaine qui vient nous les vendre sur le quai ! Le ferry est peu rempli et la traversée dure 2h 30 pour 100 euros à nous trois. Arrivées au port, nous ne perdons pas de temps puisqu’un conducteur s’improvise taxi pour nous déposer avec sa voiture à notre hôtel. Hier au moment de choisir nous avions hésité entre un hôtel trois étoiles avec joli chambre et petit-déjeuner (chinois!) inclus, plus dans la ville, et une auberge de jeunesse  en dortoir de 4 et sans petit-déjeuner pour plus cher (4000 dollars au lieu de 3800 ! ) mais quasiment sur la plage . C’est la situation de l’auberge de jeunesse qui l’a emporté pour ces deux nuits. Certes le confort est drastique, la pièce minuscule et sans fenêtre, la clim ne fonctionne que de 17 heures à 9 heures,  et à 60 euros la nuit je trouve Taïwan bien plus  chère que je ne l’aurais pensé, et évidemment  bien plus que la Chine, mais ici en l’occurrence   la situation en vaut la peine. Nous sommes à quelques dizaines de mètres du littoral, et dans une artère commerçante avec plein de  petites  guinguettes fermées que nous devinons destinées à un marché de nuit. La chaleur étant toujours aussi accablante, nous décidons d’aller nous baigner mais la première plage, Ta- Wan , arbore des drapeaux rouges dus à de grosses vagues .Personne ne se hasarde à braver l’interdiction, sauf un touriste occidental ( nous en verrons quelques-uns aujourd’hui pour la première fois depuis des jours) qui se fait vertement rappeler à l’ordre par le sifflet d’un maître-nageur . Sur les indications de ce maître-nageur, nous accédons un peu plus loin à une autre plage mieux protégée des vagues et où nous pouvons enfin nous baigner .Quel bonheur !  La température de l’eau est absolument parfaite, même pour moi …Nous paressons un moment bien que ce soit une plage de galets ….Puis nous rentrons nous doucher et ressortons : le marché de nuit bat son plein, les gargotes  occupant la rue voisinent avec des bars chics, des dizaines de petits stands vendent des bijoux ou des babioles  ( beaucoup  en provenance d’Indonésie comme partout dans le monde !) et l’ambiance est très animée   avec des milliers de touristes taïwanais et asiatiques déambulant dans la rue principale, de la musique  …Les fruits de mer sont proposés partout et Charlotte et moi testons d’énormes huîtres chaudes qui sont délicieuses  avant de nous laisser tenter toutes les trois  par des galettes à l’oignon vert, des brochettes de mouton, des jus de fruits frais que nous mangeons en nous promenant ….Nous faisons aussi quelques emplettes , deux aimants et des petits flacons à remplir de sable  pour moi , de petites figurines des dieux locaux pour Justine …mais restons raisonnables : et d’un les prix sont élevés, comparables à la France , et puis il faut garder quelques achats pour le reste du voyage !!

Jeudi  23 Juillet : Kenting

C’est l’arrêt de la clim qui nous réveille à 9h30 et vers 11 h nous allons grignoter  juste à côté  de notre auberge, dans un bar-restau chic, avec le même type de belle  décoration vintage qu’au restaurant de  Taipei . Depuis hier nous réfléchissons à  la manière de visiter le parc  national de  Kenting , à la fois parc marin et terrestre sur  plus de 33 000 hectares, avec  des sommets de grès , des plages de sable blanc, des estuaires, des grottes de calcaire… et dans cet environnement somptueux  des  sites préhistoriques vieux de 4000 ans … Malheureusement mais cela semble très difficile sans moyen de locomotion : nous pourrions probablement louer des scooters électriques pour lesquels on ne nous demanderait pas de permis international, mais alors que j’aurais été partante pour essayer dans une Lanyu sauvage , autant faire mes premiers pas dans la circulation effrénée de Kenting m’inspire peu . Louer un taxi pour la journée renchérirait trop le budget qui explose déjà …La chaleur aidant, les filles rechignent à louer des vélos et puis on ne peut tout faire, bref nous  décidons d’un commun accord  de passer la journée à nous reposer et à la plage avant de ressortir dans le marché de nuit ! C’est donc ce que nous faisons, avec un bain absolument délicieux : plage animée juste ce qu’il faut, vaguelettes  agréables, température parfaite…J’en veux encore !

Vendredi 24 Juillet : Kenting-Kaohsiung

Nous nous levons sans hâte, allons petit- déjeuner au même endroit ( pain à l’ail et bruschetta pesto-lardons-olives…mhmmm) avant d’aller  à deux pas  de l’hôtel attendre le bus vers Kaohsiung, la deuxième ville du pays . Le guide indiquait que la plupart des taxis rentrant à vide vers Kaohsiung , on est fréquemment sollicité pour remplir les taxis au prix du bus . C’est ce qui nous arrive et nous faisons donc la route  bien plus rapidement et dans un véhicule normalement climatisé  pour le même prix, 1200 dollars pour nous trois.De plus il nous dépose à notre hôtel : bon plan ! L’hôtel , un trois étoiles local trouvé sur Booking.com est très agréable, mais pour la première fois de ma vie, on nous fait attendre jusqu’à l’heure officielle du check-in, 15 heures .

Nous décidons donc de partir directement dans Kaohsiung , c’est facile, nous sommes au centre et tout près du métro. Nous partons au Pier 2 Art District, et ne le regrettons pas . Dans le port, plusieurs entrepôts ont été réhabilités et convertis en salles d’exposition, ateliers d’artistes …les extérieurs sont un musée à ciel ouvert, et le coup d’œil  est vraiment agréable .Puis comme le musée d’histoire est dans le coin, nous allons aussi y faire un tour . Il est surtout composé de panneaux explicatifs qu’il faudrait avoir la patience de lire…Nous ne nous attardons pas et en reprenant le métro nous nous arrêtons à la station Formosa Boulevard, qui a été élue par des internautes  plus belle station de métro au monde . Un artiste italien a créé un magnifique globe de lumière en verre, supporté par deux gigantesque colonnes rouge et bleue ,  c’est à voir !

Les filles reviennent ensuite à l’hôtel alors que je me rends chez une coiffeuse.Nous avons trouvé 3 salons sur notre chemin, et celui-ci est proche  , ne semble pas snobinard, il me plaît bien ! Justine a donc expliqué que je vais faire ma couleur et ensuite je me retrouve au milieu de toutes ces dames qui ne parlent que chinois. Elles sont toutes adorables et aux petits soins pour moi, m’apportant thé et biscuits, me faisant un massage des épaules et du dos ..une fois que la couleur est posée, on m’enveloppe de cellophane et on me met à chauffer sous le casque .Le shampooing est curieux, l’eau est chaude mais le shampooing a un effet glaçon et j’ai l’impression  que toute ma tête est devenue un énorme bonbon mentholé…Puis on me pose une serviette brûlante sur les épaules, on me refait un massage des épaules .Que c’est agréable ! La couleur est parfaite et je  m’abandonne aux mains de la coiffeuse qui  a décidé de me coiffer à sa façon et qui a une technique bien particulière,.Elle utilise ses brosses rondes en sanglier comme des  bigoudis géants et à un moment je me retrouve avec quatre brosses enroulées sur le crane ! Au final le résultat est vraiment joli et je suis bluffée…J’ai payé 45 euros, il n’y a rien à dire ! Je rejoins les filles et nous avons  prévu de manger une soupe dans un troquet local …Ce sera pour demain ! Là  nous nous laissons tenter par un hot-pot de bœuf et mouton très copieux et délicieux dans un joli petit restaurant ..Il faut prendre des forces:-) .Demain le petit-déjeuner compris sera chinois et nous allons continuer à visiter les points d’intérêt de cette grande ville aérée et dynamique que semble être Kaohsiung !

Samedi 25 Juillet : Kaohsiung

Le petit-déjeuner composé de riz, viande et légumes ne nous tente pas trop mais il y a néanmoins des toasts  . Puis nous reprenons la même ligne de métro que la veille car les points d’intérêt majeurs sont situés dans le quartier du port. Notre première visite est pour l’ancienne demeure du consul de Grande- Bretagne, un élégant bâtiment de briques rouges situé sur une colline et d’où l’on découvre un beau panorama . Puis nous allons prendre un ferry qui en cinq minutes (mais après une attente d’une heure!) nous emmène sur l’île de Chichin , une étroite bande de terre formant une jetée dans le port de Kaohsiung .L’île est très touristique et la rue centrale est remplie  de boutiques  d’artisanat et  de petits troquets . L’ayant traversée de part en part, nous tombons sur une plage de grossier sable noir, sable qui a été  utilisé pour de magnifiques sculptures de sable .Je n’en avais jamais  vu auparavant sinon dans des reportages, et là  certaines font plusieurs mètres de haut ! L’ambiance de l’île est bon enfant,  beaucoup de familles se promènent et nous voyons même des couples qui promènent de petits chiens pomponnés dans des poussettes spéciales ! Nous  achetons quelques bricoles, buvons jus de mangue fraîche et  eau de coco  préparés sur des étals ambulants, et je découvre quant à moi  un mélange de jus et de glace de canne à sucre, enrichi d’une salade de fruits de la passion, qui est une merveille ! Avant de partir, avec  encore une longue attente, nous nous arrêtons au joli temple de la déesse Matsu, qui date de 1670, c’est le plus ancien temple de Kaohsiung.

Nous reprenons le métro pour revenir au centre, croisant sur notre chemin  un grand terrain où des familles s’exercent  et jouent avec leurs cerfs-volants, et nous arrêtant au passage pour manger un plat de mouton et légumes dans un tout petit restaurant. Après une journée si dense et tant de marche, nous savons que ce soir encore  personne ne sera partant pour ressortir au marché de nuit !

Dimanche 26 Juillet : Kaohsiung

J’ai du mal à lever les troupes ce matin ! Aujourd’hui nous avons décidé d’aller en bus à  Meinong, un village dont le guide décrit «  les vestiges architecturaux d’une beauté envoûtante »  et «  les rizières, les champs de fleurs  et les paysages luxuriants » …. Il nous faut 90 minutes pour nous y rendre, et nous louons des vélos pour trois fois rien (100 dollars chacune) afin de visiter les alentours. Meinong étant un village dont la quasi-totalité de la population est de culture hakka, nous partons à quelques kilomètres visiter un musée qui lui est consacré. C’est assez intéressant, avec des objets de la vie quotidienne rurale, quelques habits de cérémonie et des panneaux explicatifs sur ce sous-groupe des Chinois Han qui s’est installé il y a deux cents ans à Taiwan. Surtout, il y fait frais, alors que le soleil est de plomb, la chaleur accablante, et que pédaler est une gageure ! A la fin de la visite, on nous propose du DIY avec la peinture de petites ombrelles, la création d’ombrelles de papier et bambou est en effet un artisanat local  importé au début du XXème siècle de la province chinoise de Guangdong. Les filles se laissent tenter et nous passons un agréable moment dans une salle dédiée, avec peintures et pinceaux. Puis nous partons voir une espèce de « village » touristique mais sans grand intérêt avec  ses chinoiseries de mauvais goût. Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons voir un temple assez joli et lançons les morceaux de bois utilisés dans l’art divinatoire et par lesquels les dieux sont censés répondre à nos questions .Ils ont la forme de bananes et symbolisent le sourire des dieux…A ce moment-là, le ciel s’est bien assombri et alors que nous regagnons le centre-ville, il se met à pleuvoir, ce qui est délicieusement rafraîchissant …Munies du plan touristique, une photocopie peu lisible, nous tournons néanmoins en ville car  si nous avons bien vu quelques rizières un peu sales à l’extérieur , nous voudrions bien voir dans la ville même les vestiges architecturaux envoûtants ! Bon, on a du rater  quelque chose car même la vieille rue est banale. Entre la pluie et nos recherches infructueuses, cela nous fait penser à Chichung où nous avons cherché le musée du riz, et nous prenons cela à la rigolade ! Ici nous avons quand même passé quelques bons moments et c’était vraiment agréable de se promener à vélo. Nous sautons dans le bus de 17H20, et en arrivant à Kaohsiung nous retournons manger dans le petit restaurant de la veille. Demain matin, départ vers les îles Pescadores !

Lundi 27 Juillet : Kaohsiung- Penghu

C’est un chapelet de 64 îles dans le détroit de Taiwan, nommées ainsi par les Portugais. Pas aussi proches de la Chine que les autres archipels Mazu et Kinmen, qui sont restés jusqu’en 1992 des bases militaires soumises à la loi martiale, l’archipel Penghu , tampon entre la Chine et Taiwan, a néanmoins une histoire tumultueuse puisqu’il a été successivement  conquis par  les pirates, les Hakkas, les Hollandais, les troupes de Koxinga, les Mandchoues, les Français et les Japonais ! Nous allons passer trois jours à Penghu, une île qui vit principalement de la pêche et du tourisme, et nous prenons à 8 h 30  un énorme ferry, semblable à ceux qui traversent la Manche pour 4h30 de navigation. Ce sera 5 h  d’ailleurs mais le trajet se passe bien, la mer est calme et  nous pouvons nous occuper pour passer le temps. A l’arrivée nous rejoignons directement et à pied l’hôtel que la boite de Justine  nous a réservé pour ces trois nuits, c’est un grand hôtel très confortable où les réceptionnistes parlent un peu anglais, ça fait du bien ! Nous avons faim et allons manger dans un restaurant qui fait partie d’une chaîne de burgers locale, je sens d’emblée que leur burger ne passe pas bien et effectivement je suis malade dans la foulée. On part à pied à une plage mais je ne me baigne pas , pas en forme .Heureusement ça passe vite. La capitale de Penghu , Makung, , semble être une ville moyenne, aérée et touristique tout en étant tranquille . Nous découvrirons mieux  Penghu demain avec le tour en bateau qui nous est aussi offert.

Mardi 28 Juillet : Penghu

Ce matin  à 8 h un taxi vient donc nous prendre à l’hôtel pour nous amener au port. La compagnie de Justine prend vraiment soin de nous, mais le gag est qu’ayant tout réservé par internet  sans jamais être venu ici, ils ne savaient pas que le port est à 500 m au plus de l’hôtel qu’ils nous ont réservé !  Le chauffeur de taxi  doit nous percevoir comme  VIP ou invalides, au choix ! Nous partons donc pour un tour chinois (je simplifie) rempli de Chinois et avec des commentaires chinois , que nous allons découvrir au fur et à mesure. Après 45 mn de navigation, nous débarquons sur l’île de Cimen où un bus attend le groupe, sauf ceux qui ont préféré  avoir un scooter. On nous promène pendant une heure, de rochers «  qui ont la forme de … » en   points de vue. Cela n’a pas grand intérêt mais c’est sympathique. L’île est plate, toute verte  mais sans végétation haute, le guide parle de climat plus rude et de beaucoup de vent. Tout est propre, neuf, la route  est goudronnée, longée par des poteaux électriques, et  les panoramas sur l’océan turquoise sont de toute beauté. Nous reprenons ensuite le bateau pour au bout de 45 minutes nous arrêter dans l’île de Wangan , plus au Sud. Elle  n’est  guère différente mais plus petite, 3OO personnes seulement y vivent, me dit un vieux Taïwanais qui parle français et m’explique qu’il a vécu plusieurs années en Cote d ‘Ivoire, Centrafrique et Sénégal .Affaires ou armée, je ne le saurai pas. Sur Wangan, nous mangeons un brin puis on nous promène à nouveau …Il y a là de très belles plages de sable  blanc, et l’île est apparemment un lieu de  des tortues vertes .On nous emmène voir deux cœurs formant une espèce de jetée artificielle, c’est un lieu très romantique pour les Chinois et un panneau indique que 99 couples se sont mariés à cet endroit en 2005 ! Aujourd’hui en tout cas un jeune homme vient de faire sa demande à sa fiancée, et tout le groupe applaudit depuis le promontoire dominant la scène. Je dis bien depuis le promontoire car aucun autochtone (c’est à dire tous les cars sauf nous trois)  ne fait l’effort de descendre sur la plage ni de s’écarter un tant soit peu des 50 m goudronnés séparant chaque fois le bus de l’ »attraction ». De la même façon nous sommes les seules à écarter le rideau du bus climatisé pour apercevoir le paysage, tous nos voisins ayant hermétiquement fermé les leurs pour échapper au soleil. Nous finissons la journée par une mini promenade dans un des plus anciens lieux de peuplement des Han, avec quelques maisons noires (basalte et coraux) et basses en bord de mer, avant de regagner en bateau l’île de Penghu. Un autre taxi nous attend pour nous ramener à l’hôtel ! Et la  fin de la journée se passe à l’hôtel d’où nous ne sortons plus, et où  nous profitons de la   clim avec un grand plaisir..

.Mercredi 29 Juillet : Penghu- Gibeï

Nous nous levons tard, et avons l’heureuse surprise de découvrir un petit établissement «  occidentalisé » , qui propose dans un décor agréable des brunchs, et des jus délicieux ainsi que des plats plus locaux, et ce pour un prix très bas . Cela  me console d’avant-hier soir où dans un troquet nous nous sommes fait arnaquer en beauté avec une soupe de poisson qui n’était pas sur la carte  ( mais cela arrive fréquemment ici,  vous choisissez ce qui est exposé et on vous fait ce que vous voulez ) , soupe  qui m’a été facturée pour 550 dollars , le prix de trois repas normaux alors qu’il s’agissait d’un infâme brouet, poisson plein d’arêtes cuit à l’eau avec trois lamelles de gingembre…Première fois que  l’on nous vole ( il n’y a pas d’autre mot) dans ce pays où les gens sont si aimables,  et cela laisse une impression très désagréable …Mais aujourd’hui commence bien, et nous avons décidé de traverser l’île principale pour rejoindre en bateau une autre petite île, Gibeï qui a une plage magnifique. Un taxi nous amène donc à l’embarcadère en une demi-heure , je remarque encore une fois comme tout est neuf, propre, bien agencé, et disons-le, riche  .Penghu est un archipel dont tous les bâtiments sont récents, les routes sont surdimensionnées et il y a partout beaucoup d’espace comme si un développement futur avait été pensé d’emblée .Les structures de la gare maritime , que ce soit pour aller à Gimeï, île de 2 ou 3 kilomètres, ou en revenir, sont elles aussi neuves et importantes. Nous rejoignons  l’île en un petit quart d’heure, c’est un plaisir car l’eau est turquoise  et nous avons vraiment envie de faire trempette. Sur Gimeï, on peut aussi louer des scooters, et faire des activités nautiques (jet-ski…) mais nous avons juste envie de nous rafraîchir !  Nous marchons une vingtaine de minutes pour rejoindre  la plus belle plage, une grosse langue  de sable blond .A part un petit groupe qui effectivement sur un côté pratique du jet-ski , la plage est déserte ….Les Chinois ou  Taïwanais  ne sont pas encore tournés vers la mer , peu se baignent et les rares femmes qui le font sont pudiquement  en une pièce , short , voire tee-shirt …Quant à nous, nous passons deux ou trois heures délicieuses, l’eau est d’une couleur et d’une température idéales, le décor est idyllique …Nous consacrons un moment à essayer de prendre des photos de nous trois en train de sauter, avec l’aide du retardateur, mais après beaucoup d’échecs et de fous-rires, il nous faut demander l’aide de jeunes gens pour prendre une photo correcte. Le petit groupe veut ensuite prendre des photos avec nous, c’est quelque chose qu’on nous demande ici moins fréquemment qu’en Chine mais régulièrement tout de même. Nous revenons à temps pour le dernier ferry de 17 h et rentrons à Makung en bus. Comme je n’ai pas de monnaie sous la main  pour régler le bus, une dame paie spontanément pour nous trois, et ne veut pas être remboursée une fois que j’ai rassemblé mes pièces ! Nous trouvons vraiment les Taïwanais très aimables et accueillants, désireux de communiquer dès qu’ils connaissent un peu d’anglais.

Le soir à Makung je m’arrête près d’un petit stand de rue où on mange d’énormes oursins, 10 à 12 cm au moins  : je les ai vus hier et veux tenter l’expérience ! En fait, si le goût est bien le même, je trouve la bête un peu grosse pour moi, et  vaguement dégoûtée je me dépêche de manger les lamelles de chair …

Jeudi 30 Juillet : plage de Shanshui

Quelle belle journée encore ! Nous avons fait une vraie grasse matinée et ne quittons l’hôtel  qu’à l’heure du check-out, 11 heures. Après avoir mangé au même endroit qu’hier matin, nous prenons un taxi pour rejoindre une autre plage, celle de Shanshui .Nous serons poisseuses ce soir en prenant le ferry mais tant pis, c’est notre dernier bain ici. En effet, nous entamons notre dernière semaine et nous quittons ensuite le littoral pour aller dans la montagne, avant de rejoindre Taipei …La plage de Shanshui est parfaite, absolument parfaite ….Une grande baie de sable blond, quasiment déserte, une eau cristalline,  turquoise, et devenant peu à peu d’un profond  bleu roi, un fond sablonneux où on a pied sur des dizaines de mètres ….Un beau point de vue s’offre à nos yeux un peu plus loin depuis une  colline verdoyante. Sanshui est une petite bourgade aérée, qui  certainement va se développer  car  de nombreuses constructions sont en cours .Que sera Penghu dans 20 ans ? Je ne le sais, mais l’archipel a de nombreux atouts et pourrait dès maintenant être une belle alternative aux plages surchargées de Thaïlande. Notre chauffeuse de taxi revient nous chercher à 15 heures et nous amène à l’hôtel récupérer nos bagages puis dans la foulée au ferry. Même elle qui doit passer ses journées dans son taxi avec une clim poussée au maximum est habillée comme les femmes d’ici : pantalon long, petit haut avec de  longues manches amovibles ne laissant libre que le bout des doigts, casquette  couvrant le cou et comportant sur le visage une bavette amovible style tchador , lunettes de soleil…L’ensemble me laisse une impression mitigée car si bronzer de longues heures au soleil est extrême, et tout à fait nocif , autant éviter tout rayon en portant un tel accoutrement par 35° me semble inconcevable …Et on ne voit strictement rien de leurs visages…

Après 5 heures de ferry, nous voici à nouveau à Kaohsiung pour une étape. L’hôtel que j’ai réservé sur Agoda n’est pas mal pour le prix et en allant acheter trois bricoles au Seven Eleven, nous découvrons que la gare est à 100 mètres, même pas besoin de prendre un taxi demain matin !

Vendredi 31 Juillet : Kaohsiung-Taïnan

C’est notre dernière semaine qui commence ! Une heure de train le matin nous amène à Taïnan, ancienne capitale et quatrième ville du pays. Nous laissons nos bagages  dans la chambre et partons illico visiter la ville, dans laquelle Justine a déjà eu l’occasion de venir. Le temple de Confucius, construit en  1665, est notre première visite, il est très sobre, car le confucianisme n’est pas une religion  et c’est historiquement  la première école publique de Taïwan .De nos jours encore, les temples dédiés au sage ont une fonction pédagogique. Justine y laisse sur le grand panneau habituel un vœu dédié à la fin de ses études. Puis nous allons voir le fort Provincia , construit en 1653 par les Hollandais pour se prémunir des attaques venant du détroit ..Sans succès donc puisque Xoninga a perçé leurs défenses. Les deux visites sont agréables sans plus.  Mais c’est ensuite le temple de l’Impératrice du Ciel, situé à quelques pas du fort, qui va être la plus belle surprise. D’abord ses multiples salles sont très décorées. De grandes statues de Matsu sont flanquées de ses gardes du corps aux traits menaçants .Une des salles adjacentes doit être consacrée à Laoyue, le dieu de l’amour car tous les vœux sont écrits sur des  papiers en forme de cœur, et des centaines de photos de couples ornent les murs, c’est à la fois kitsch et émouvant …Nous avons surtout la grande chance d’assister à une cérémonie taoïste : alors que nous allions partir , un important groupe, tout de jaune vêtu, arrive, accompagnant un homme portant un costume de démon, et deux hommes figurant des géants noirs …Il y a aussi des musiciens , et les personnages dansent à l’entrée du temple pendant un moment avant d’y entrer .A l’entrée et à la sortie, il y a d’un coup  un bruit assourdissant censé attirer l’attention des dieux .Lorsque nous allons prendre des photos des costumes  que les hommes ont enlevés, le « démon » le remet  gentiment sur  sa tête et nous invite par gestes à prendre des photos avec lui . Ensuite nous nous promenons dans une ancienne rue ,  faisons un peu de shopping , Justine et moi achetons en particulier une valise , et puis nous repartons en taxi vers un faubourg car je voudrais  aller dans un restaurant décoré en bois flotté par une artiste taïwanaise ….Hélas , nous tournons un moment sans trouver, le numéro ne répond pas et nous finissons par revenir au centre et manger des sushis , ce qui nous convient aussi très bien !

Samedi 1er Aout : Taïnan- Chiayi

Nous n’avons pas fini notre visite de Taïnan, une ville agréable et animée , donc ce matin nous allons visiter un autre fort construit par les Hollandais en 1634,  le vieux fort d’Amping .Il  a été bâti à l’époque avec des pierres venues de Java et une mixture faite de riz gluant, de sirop de sucre de canne et de coquillages écrasés, mais ( ceci expliquant cela?) seul reste un mur d’origine ! Le bâtiment central, bien plus récent, abrite un petit musée .Là aussi c’est intéressant sans plus. Mais Justine nous amène à quelques pas voir une curiosité impressionnante, un gigantesque banian a pris en quelques décennies à peine possession d’un  entrepôt de stockage .C’est impressionnant et l’on a peine à croire qu’il s’agit là d’un seul arbre ! Le banian étant un arbre sacré, il semble que les habitants ne s’approchaient plus du bâtiment depuis 70 ans, avant sa mise en valeur et ouverture  du site au public.

Au retour nous filons directement à la gare qui est bondée,  à tel point que nous n’avons pas d’autre choix que de prendre un train très rapide, qui est assez cher .Il est vrai que c’est samedi et si nous avions encore un peu d’espoir de pouvoir prendre demain le petit train  qui relie Chiayi à Alishan dans la montagne, traversant  77 ponts et 53 tunnels en 3h30 pour 72 kilomètres, nous devons d’emblée être plus réalistes ! Alishan est prise d’assaut  presque en permanence, mais nous l’avons réalisé trop tard et le site entièrement en chinois  ne nous a pas aidées à réserver ! Aujourd’hui nous nous contentons donc d’aller en moins d’une heure à Chiayi,  qui est surtout une porte d’entrée vers Alishan car le guide la décrit comme dénuée de charme. Le paysage est plat,  des rizières alternent avec plusieurs petites villes comportant pas mal d’usines et de bâtiments industriels. A part  la végétation tropicale, nous pourrions être en Europe, si ce n’est qu’il y a moins d’efforts d’intégration de pylônes ou lignes électriques par exemple .Une fois installées à l’hôtel nous profitons de notre moitié d’après-midi pour nous reposer au frais …Nous ne ressortons que le soir, et cédons alors un petit peu à la fièvre acheteuse dans le marché de nuit du quartier …nous avons le droit, ce sont presque les derniers jours  et nous avons été très raisonnables jusque-là !

Dimanche 2 Aout : Alishan

Je me réveille alors que  le réveil devait déjà sonner depuis un quart d’heure, et nous sautons dans nos vêtements, il faut dire que c’est tôt puisque nous prenons le bus  de 6h10 qui part vers Alishan .Nous voilà , de justesse, parties pour deux heures et demie de voyage , et après un petit trajet  en plaine et parmi les rizières ,  nous montons directement dans la montagne. Le paysage s’élargit et les virages se succèdent , on dirait la montée vers Cilaos .A 8 heures, nous arrivons à l’entrée du parc national , bardé de dizaines de bus, et prenons nos tickets, Le soleil est au rendez-vous et nous avons droit à quelques photos de la mer de nuages avant qu’il ne se voile . Les  vrais courageux qui se sont levés bien plus tôt afin de voir le lever de soleil sur le mont Chuschan, à 2490 mètres, ont eu de la chance  aujourd’hui .Nous avons été trop paresseuses pour cela, même si la scène telle que le Petit Futé la décrit («  Les touristes par centaines, emmitouflés…, écoutent  les commentaires bruyants de l’animateur pourvu d’un porte -voix…Puis …ils enfilent sur le bout de leur nez des lunettes à infrarouge… »), Cette scène donc doit avoir une  grande saveur et permettre des photos cocasses !

Nous commençons par nous réchauffer, car il fait froid à cette altitude, avec un thé au gingembre pour moi et au chrysanthème pour Justine qui a pris goût au thé en Chine. Le thé d’Alishan est d’ailleurs très côté mais il est donc très cher, et je ne suis pas assez connaisseuse pour que cela en vaille la peine .Puis munies d’une carte, nous allons nous promener plusieurs heures dans le parc forestier. Nous ne sommes pas seules, loin de là ! C’est dimanche et là aussi des  centaines de touristes arpentent, la plupart  sous la houlette de guides au petit drapeau , les sentiers bétonnés et tout aménagés  de ce parc de 1400 hectares. Le climat varie du tout au tout dans le parc , puisqu’il s’étage de 800 à 3200 mètres, et j’imagine que les  véritables randonnées, en particulier l’hiver avec les sommets enneigés, peuvent être magnifiques .Pour la journée, nous nous contenterons d’aller d’un point d’intérêt à un autre ( les arbres millénaires sacrés, un temple taoïste, un temple bouddhiste, des arbres siamois, une pièce d’eau…) dans la partie aménagée et en compagnie de nos amis chinois ( car j’imagine que les Taïwanais visitent quand même de façon plus autonome ? ) . Comme nous sommes dans la partie basse du parc, le paysage n’est pas très ouvert et nous sommes en permanence dans une forêt que je dirais tropicale ou subtropicale – mais le parc offre aussi un climat tempéré et alpin selon l’altitude! -, avec des espèces de cyprès gigantesques, dans une végétation très dense. Beaucoup d’individus ont 800 ans au moins, certains plus de 1200 ans ! D’ailleurs le chemin de fer a été conçu à l’origine pour transporter le bois. Il est vraiment dommage que nous n’ayons pu monter avec ces wagons encore tirés par les vieilles locomotives rouges, et pour qui aime randonner le site mériterait  que  l’on quitte ces chemins hyper balisés en restant plus longtemps  , mais cette journée dans la magnifique forêt …et dans la fraîcheur est néanmoins très agréable . Au retour, c’est déjà le soir et nous allons manger directement avant de revenir à la chambre et préparer les derniers jours. Nous avions prévu d’aller au Sun Moon Lake, mais y aller depuis Chiayi est un peu difficile et après réflexion nous décidons de consacrer plus de temps aux alentours de Taipei, puisque nous en sommes parties  directement.

Lundi 3 Aout : Chiayi-Taipei

Après un lever  sans hâte (ça fait du bien!) , nous allons à la gare et prenons nos billets de train vers Taipei .Le train normal à 461 dollars par personne pour cinq heures de trajet est bien suffisant aujourd’hui puisque nous n’avons rien d’autre de prévu . En attendant notre train, Charlotte et moi essayons d’aller voir à quelques pas une partie de la gare transformée en exposition artistique , avec des anciennes locomotives peintes , et de plus il y a une cache de Geocaching dans cet endroit, mais c’est hélas fermé le lundi .Au final  nous n’aurons donc rien visité des rares points d’intérêt de Chiayi  (il y avait aussi d’anciennes maisons japonaises restaurées ) mais nous y avons flâné, fait de emplettes et nous  ne l’avons pas trouvée si moche que ça .

Nous  retrouvons Taipei  et son animation avec plaisir , d’autant que la chambre que j’ai réservée au dernier moment  est vraiment bien  .Et nous ressortons le soir car je voudrais absolument  voir le restaurant de l’artiste taïwanaise Hsieh Li-Shian , celui qui se trouve à Taipei, puisque nous n’avons pas pu y aller à Tainan ( il a fermé, en fait) . C’est un peu loin et nous en avons pour 40 minutes de métro  mais nous n’allons pas le regretter. Ce restaurant, Five dime drifwood house , est une merveille d’architecture .. et un véritable délire  créatif .L’extérieur représente deux immenses femmes dont les plis des  robes forment les piliers de l’entrée, et on accède à l’intérieur  par une rampe douce qui serpente d’emblée  dans  un décor extravagant, sorte de palais du facteur Cheval. L’intérieur s’apparente sur trois étages à une immense grotte aux formes totalement biscornues, décorée de peintures aborigènes, d’immenses arbres, de bétons travaillés et une grande pièce d’eau (avec des bateaux) agrémente le premier niveau. Tout est tortueux, fantastique, créatif, on pense aussi à Gaudi  et le regard subjugué va d’un détail à un autre  sans se lasser …Les prix sont assez élevés pour Taiwan  (environ 50 euros au total) mais l’endroit en vaut la peine, et nous prenons un menu dégustation de plusieurs plats qui va se révéler fort bon . Ce qui est amusant c’est que comme partout à Taïwan, les gens mangent très tôt  et que les codes ne sont pas les mêmes. Nous étions au milieu du repas quand on est venu nous apporter la note, et à 21 h  nous étions la dernières et on  nous a averties que le restaurant fermait ses portes ! Mais c’était une excellente soirée et j’ai adoré cet endroit !

Mercredi 4 Aout : Marché de Wafenpu

Pas de réveil ce matin, mais nous devons néanmoins reprendre nos sacs pour aller les   poser dans ce qui sera notre hôtel pour les deux dernières nuits. C’est  un peu moins bien, mais très bien placé à cinq minutes du métro Ximen. Après un petit-déjeuner très tardif au Starbucks, nous reprenons le métro  pour découvrir le marché de Wufenpu, qui est le marché de vente en gros pour les vêtements. Il ressemble un peu au marché de Chakucack avec ses centaines de petites boutiques, dont  la plupart  ici sont remplies de gros ballots et  cartons prêts à partir pour d’autres boutiques .A part quelques boutiques , la qualité semble moyenne , mais les prix sont vraiment bas, en particulier sur les portants mis à l’extérieur pour attirer le chaland et  qui exposent des articles à 100 ou 200 dollars . C’est vraiment très tentant, mais il faut être avisé  car gros inconvénient, il n’est pas possible d’essayer  les articles ! Mais bon, trois filles …et avec des prix si bas… nous  passons un grand moment à Wafenpu , entrecoupé de quelques pauses  pour nous rafraîchir et nous avons bientôt les bras chargés de paquets ! Il nous faudra d’ailleurs y repasser demain car Justine a craqué pour une très belle robe chinoise brodée de paillettes figurant un phœnix. Là on n’est plus dans la même gamme de prix, elle peut essayer et la robe parfaitement retouchée sera prête demain..Après  avoir déambulé comme ça,  nous sommes tellement épuisées que nous ne ressortons même pas   manger et nous contentons de trois bricoles prises au Seven Eleven ! Avec essayages dans la chambre de tous nos articles, appréciations et  commentaires, fous-rires ! Globalement nous sommes satisfaites !

Jeudi 5 Aout : Wulaï

Même si le shopping est bien agréable, je veux quand même profiter de nos derniers jours à Taipei pour visiter les environs. Deux villes sont agréables  et valent la visite dans les alentours proches, mais Justine est allée déjà 4 fois à Chiufen, nous irons donc à Wulaï. C’est une ville où il y a des sources chaudes, et comme cela fait vraiment partie du patrimoine de Taïwan, je ne voudrais pas partir sans vivre cette expérience. Nous prenons donc jusqu’au bout la ligne verte du métro, puis tout de suite un bus qui en 30 minutes et de multiples arrêts nous amène à Wulai. Il est remarquable de se retrouver en si peu de temps   dans un monde totalement différent de la capitale. En effet nous quittons tout de suite l’agitation urbaine pour suivre une vallée, où une rivière de montagne serpente entre des montagnes verdoyantes quasi désertes, pour finalement arriver dans une toute petite ville de montagne. La rue principale est piétonne et assez touristique avec quelques boutiques de souvenirs et de petits restaurants locaux .Nous y faisons quelques achats pour des petits cadeaux à rapporter. Puis nous nous renseignons sur les bains  chauds publics, car s’il y a partout des publicités pour des spas et des  hôtels chics, la plupart ayant même  un bain d’eau chaude naturelle dans chaque chambre, nous préférons vivre une expérience plus authentique .Et là, on nous envoie à la rivière ! Nous y descendons donc, un peu dubitatives, cherchant une structure …Nous finissons par toucher l’eau de la rivière, et surprise : alors que celle-ci est assez large, environ 6 mètres,  l’eau est chaude, brûlante même au bord ! Des espèces de vasques  ont été faites dans les galets du rivage, afin de ménager des espaces où les quelques visiteurs s’étendent  pour profiter des sources d’eau chaude du bord, la rivière elle-même étant froide dès qu’on s’en éloigne. Nous faisons donc comme les quelques personnes présentes, nous nous allongeons  dans l’eau sous le soleil brûlant et  la sensation est vraiment délicieuse… Le paysage alentour est magnifique , forêts et montagnes, torrent  à nos pieds, et c’est un pur bonheur de se prélasser dans  son eau chaude  , en bougeant paresseusement vers des courants plus frais lorsque la chaleur devient  trop forte …Nous avons beaucoup de chance, et d’autant plus que sans prévenir  alors que nous venons juste de nous rhabiller et remonter dans le village, éclate une  intense averse tropicale …Nous rentrons donc dans un petit troquet pour y manger , et au bout de cinq minutes je remarque qu’un caniveau d’eau coule au milieu de la salle et sous les tables, et que les gens mangent en y trempant leurs pieds. Là aussi nous faisons pareil et c’est bien agréable .Eh oui le sources d’eau chaude sont exploitées au maximum dans le village, il n’est qu’à voir d’ailleurs l’enchevêtrement de tuyaux qui partent de la rivière, et j’imagine que chaque maison doit avoir bricolé son petit système ! Nous avons donc passé un excellent moment et repartons vers Taipei ravies de notre escapade. Mais la journée n’est pas finie  puisque nous devons repasser à Wafenpu. La robe de Justine est parfaite et Justine qui doit retrouver un copain  nous quitte ensuite…Puisque nous sommes là, , Charlotte et moi en profitons évidemment pour refaire un tour, deux tours, trois tours…bref nous n’aurons pas visité tout le marché parce qu’il est gigantesque mais nous nous sommes laissées tenter  un certain nombre de fois encore ! Il nous faut donc une fois revenues à l’hôtel  et après les nouveaux essayages refaire les valises, trier  les affaires des unes et des autres partants vers des destinations différentes, ré agencer les sacs …Bref nous nous couchons très très tard, ou tôt !

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Vendredi 6 Aout : Départ

Là c’est vraiment le dernier jour mais nous allons faire le maximum de notre après-midi .Nous quittons l’hôtel à l’heure limite de midi en y laissant nos bagages et nous allons manger au  restaurant à thème Hello Kitty . Tout dans la décoration, couleurs, costumes y rappelle la célèbre  petite chatte et même tous les plats et gâteaux sont en forme de Kitty ! On y vient d’ailleurs plus pour l’ambiance que pour la cuisine, car celle-ci, chère et quelconque, sera une déception, mais le décor est amusant et régressif à souhait. Les filles s’amusent d’un couple qui dépasse les bornes  côté selfie , et pourtant on sait bien que les Asiatiques  en sont les rois . L’homme a un compact, deux smartphones, une go pro qui filme en continu, et un instantané, tandis que la femme n’a « que »  son smartphone.  Ce couple  aura passé le repas à prendre  séparément des photos d’eux-mêmes, des photos de chaque  plat, au moins une trentaine, pour ensuite pianoter sur son téléphone ( «  moi chez Hello Kitty mangeant ma soupe » , «  moi chez Hello Kitty mangeant mon dessert » …)  sans se parler ….Triste vraiment ! Notre dernière visite sera pour le marché informatique  de Guongshang où Justine et moi achetons un disque dur et des bricoles. Il serait tentant là aussi d’y rester des heures, mais nous sommes raisonnables …et le taxi commandé nous attend, il est temps de prendre le chemin de l’aéroport ….

( photos de Justine)

Ainsi se termine donc ce voyage de quatre semaines à Taïwan, île extrêmement riche et pleine de contrastes, offrant tant de belles découvertes sur un si petit territoire. La ville trépidante et en même temps facile à vivre et à taille humaine de Taipei nous a plu: les montagnes que nous n’avons pas assez vues , les gorges et rivières, les îles   sauvages, les plages paradisiaques  , la culture taoïste ou aborigène, la gentillesse des habitants , tout cet ensemble me fait dire qu’il doit être très agréable de vivre quelque temps à Taipei ….

C’était  encore un beau voyage !

COLOMBIE: Mars-Avril 2015

April3

Le mariage de Natalia, mon amie colombienne rencontrée à Bournemouth et qui y a partagé deux fois notre maison, étant une bonne occasion de venir en Colombie, nous avons décidé de joindre l’agréable à l’agréable en y passant un mois, afin d’avoir une première approche de ce grand pays ( deux fois la France) qui s’ouvre au tourisme et qui semble cumuler d’extraordinaires atouts….

Samedi 28- Dimanche 29 Mars 2015 : France-Bogota-Arménia

Nous savions que ce serait un long voyage…..Samedi matin, nous quittons donc Lapenne vers 7 h pour rejoindre l’aéroport de Toulouse d’où un premier vol nous amène vers Madrid que nous quittons après cinq heures d’attente. La nourriture n’est pas super sur Avianca , et les films ne sont pas sous-titrés en anglais, mais l’écartement entre les sièges est correct et après dix heures de vol nous foulons le sol colombien .A la sortie de l’aéroport de Bogota , nous sommes attendus par Carlos , le beau-père de Natalia qui va lui aussi rejoindre Arménia et qui a affrété une voiture avec chauffeur .Nous repartons donc dans la foulée pour ce qui doit être cinq ou six heures de voiture, mais va s’avérer durer dix heures ! Arménia n’est pourtant qu’à 180 kilomètres de Bogota , mais les routes à deux voies ne sont pas extraordinaires ( on devra pourtant s’acquitter de nombreux péages) et surtout il nous faut franchir une montagne , partie de la Cordillère qui rythme toute l’Amérique du Sud de son épine dorsale .Pour en rajouter, le trajet va s’effectuer la plupart du temps sous des trombes d’eau, et la route est encombrée jusqu’à saturation de très nombreux camions « américains « .Il nous faudra d’ailleurs nous arrêter un moment car il y en a des centaines, oui des centaines garés sur les voies et entre lesquels il faut péniblement louvoyer jusqu’à ce que tout soit bloqué …Nous n’arriverons pas à savoir s’il s’agit d’un mouvement de protestation des transporteurs contre le prix des carburants , qui a déjà eu lieu deux semaines auparavant, ou d’une congestion du trafic du aux pluies, mais c’est assez impressionnant , et le trajet est vraiment long ….Enfin nous arrivons à Arménia et le chauffeur nous dépose chez des voisins, amis des parents de Natalia, chez qui nous allons dormir ces jours-ci avec un jeune couple de Français .Notre hôte est Suisse, son épouse Colombienne et ils viennent de se retirer définitivement à Arménia dans une très jolie maison .Enfin, nous pouvons dormir quelques heures !

En début d’après-midi , nous découvrons la finca, maison de campagne des parents de Natalia que je retrouve avec plaisir et émotion .C ‘est un petit paradis, entouré d’une luxuriante végétation tropicale, et que dominent au loin les montagnes brumeuses. .Nous y sommes accueillis par un orchestre local, et faisons autour d’un magnifique buffet de fruits tropicaux connaissance avec la famille de Natalia et celle de Reece, le futur marié .Natalia et ses parents ont carrément affrété un bus pour venir chercher puis promener la vingtaine de personnes venant de l’étranger pour ce mariage ! Heureusement il y a du personnel à la finca. Nous prenons un déjeuner tardif et typiquement sud-américain, avec des galettes de maïs agrémentées d’un rougail de tomates, puis une soupe-plat comprenant poulet, maïs, avocat ..et bien sur, des jus sucrés comme boisson du repas .Cela me rappelle le Guatemala ! Puis nous devisons sous la véranda tout en admirant les nombreux oiseaux de toutes couleurs , dont des perroquets, qui volent autour de la maison .La température est très agréable, et on est en tee-shirt bien que le soleil soit absent .Tout le monde est épuisé et nous rejoignons nos pénates en début de soirée pour y dormir.Demain il est prévu que nous allions à Arménia .

Lundi 30 Mars : Arménia

Nous avons d’abord droit à un petit-déjeuner typiquement colombien : galettes de maïs et œufs brouillés ( de la propriété) cuits avec un genre de rougail de tomates, fruits frais ( mangues, papayes, pastèques…) et jus frais, c’est délicieux ! Puis nous partons avec le bus dans une joyeuse atmosphère de colonie de vacances, et même si c’est le genre de choses qui ne m’emballe pas, je ne peux qu’être touchée par l’extraordinaire gentillesse de la famille de Natalia , qui fait tout son possible afin d’accueillir et distraire tous ses invités .Nous commençons par aller dans une petite ville proche d’Arménia, , où nous prenons le déjeuner dans un restaurant typique , rempli de mille objets du temps passé . Le déjeuner est accompagné de moult boissons et Carlos se dépense sans compter pour le bien-être de tous, il va même faire le serveur ! Ici le plat inclus le petit rougail d’entrée, les lamelles d’avocat, une salade …En revanche les mangues , même sucrées, sont majoritairement présentées en entrée. Hélas, il se met à pleuvoir , et le musée de l’or dont la visite faisait partie du programme est fermé le lundi, donc pendant que le groupe se promène dans un centre commercial hyper moderne, nous partons avec Carlos changer de l’argent et surtout louer un smoking pour Antony. La dame a l’oeil, elle lui apporte d’emblée la veste, chemise et le pantalon qui vont bien .Il n’y a que deux retouches modiques à faire et nous pourrons récupérer le tout demain pour l’équivalent de 28 euros .

Comme il ne pleut plus, nous partons ensuite tous nous promener dans un joli parc, un petit bout de jungle en plein centre ville. Alméria est une ville très moderne, puiqu ’elle a quasiment été reconstruite de fond en comble après le grand tremblement de terre de 1999, mais il nous est assez difficile de nous y repérer car elle est construite de part et d’autre de plusieurs vallons .

Alors que je ne rêve que de retrouver mon lit , le bus s’arrête à 19 heures devant un autre restaurant ( alors qu’on a quitté l’autre à 16 h!) , je n’ai plus faim mais apparemment nos amis anglais ont encore faim et soif ! La soirée me paraît bien longue !

Mardi 31 Mars : Arménia

Après le même délicieux petit-déjeuner à la finca, nous nous reposons un peu puis le bus nous amène voir un point de vue…L’organisation cafouille un peu , entre ceux qui partent au golf, ou restent profiter de la piscine de l’hôtel …et tous les papiers de dernière minute que Natalia, Reece et ses parents doivent encore repartir signer mais comme il n’est pas facile de rejoindre la ville par nos propres moyens, nous attendons et profitons sous un grand soleil de l’hospitalité offerte .La journée est consacrée à un grand repas de famille.Le papa de Natalia arrive avec femme et enfants, il a apporté des cadeaux pour tout le monde ! Puis ce sont des cousines, des oncles qui débarquent…Nous avons droit à un spectacle de danses folkloriques rythmé par des musiciens , avant de nous attabler vers 15 heures pour prendre sous la grande varangue un déjeuner typique …en plusieurs services tant nous sommes nombreux  ! Le repas traditionnel comprend des haricots rouges, de l’avocat, du riz, des grattons de porc et des saucisses .Au dessert nous aurons des figues confites avec du fromage. …

Mercredi 1er Avril : Arménia -mariage

La journée est consacrée aux préparatifs pour le mariage .Tôt le matin, une jeune femme vient faire manucure et pédicure pour toutes celles qui le désirent. Je pars ensuite avec Antony, et avec Eduardo le chauffeur, à Arménia pour récupérer le smoking et passer à la gare routière afin de réserver si possible les billets pour rejoindre Popayan demain . Pas de temps à perdre pour assister aux festivités et processions de la semaine sainte, puisque demain sera déjà le vendredi saint .Quand nous revenons, réservations faites pour le bus de midi, la coiffeuse -maquilleuse est arrivée à la finca avec un aide et surtout un matériel impressionnant . Juliana, qui s’appelait auparavant Julian même si la grand-mère de Natalia a beaucoup de mal à le concevoir, va s’occuper de toutes celles et ceux qui le désirent .Elle coupe les cheveux d’Antony , me coiffe et me maquille.Je trouve mon maquillage , comme celui de toutes les autres femmes, très « colombien », c’est-à-dire bien plus soutenu que je ne l’aime, mais c’est agréable de se faire chouchouter sous la varangue de la finca…

Le mariage doit avoir lieu à 19 h, ce qui est l’habitude en Colombie, mais le bus ne vient nous chercher qu’à 18h50 ( là aussi, heure colombienne) et c’est malheureusement sous des trombes d’eau que nous partons .mais cela se calme bientôt et puis ne dit-on pas «  mariage pluvieux, mariage heureux » ? Quand elle arrive enfin au bras de son papa en redingote, Natalia est resplendissante dans sa robe sirène ; sa traîne et son diadème, ainsi que les quatre demoiselles d’honneur en robe saumon, participent à l’effet de conte de fées…La petite église de bois toute décorée de fleurs est jolie comme tout, et l’assemblée est fort élégante , puisque suivant le dress code , toutes les femmes sont en robe longue, et les hommes en smoking ! Natalia et Reece sont très croyants , ils entendent bien fonder une famille et la cérémonie est émouvante , même si je remarque que tous les textes lus évoquent un époux chef du foyer que l’épouse doit respecter ….Natalia repart ensuite dans la limousine ancienne qui l’a amenée et nous sommes tous amenés à l’hotel où a lieu la réception  et où nous attendons les mariés tout en buvant une coupe de champagne . Tout a été fait en grand là aussi et la décoration est somptueuse : gigantesque dai illuminé de milliers de leds, comme le sont aussi d’immenses arbres blancs , tables raffinées où un petit présent attend chaque invité, violoniste jouant pour eux …

Lorsque les mariés sont arrivés, vient le moment des discours. Après le discours de son témoin, il ya un moment de franche hilarité lorsque celui-ci diffuse une vidéo que tous les amis de Reece , principalement des Marines, qui ne pouvaient assister au mariage ont enregistré pour lui : humour de corps de garde, mais aussi affection et solidarité transparaissent dans tous ces messages . Reece s’aide ensuite de son texte pour faire un très joli discours en espagnol, disant tout son amour à sa toute récente épouse avant de remercier sa belle-famille et de rendre un hommage appuyé à ses propres parents, ( son père fut un Marines comme Reece l’est depuis maintenant 12 ans) puis le père de Natalia, et Carlos son beau-père font chacun leur propre discours en se remerciant l’un l’autre du rôle qu’ils ont joué et jouent dans la vie de Natalia , cela semble sincère et c’est émouvant de voir que comme ils le disent, seul l’amour gagne, l’amour est le plus fort .

Lorsque les nouveaux époux ouvrent le bal par une danse langoureuse et en se regardant dans les yeux, ,une fumée blanche se diffuse autour d’eux et des gerbes de feux d’artifice éclatent, c’est un peu kitsch mais c’est si mignon en même temps qu’on ne peut qu’en être touché…Après le repas, sobre et délicieux , servi par une armada de serveurs, c’est le moment des danses, et tout semble se dérouler de façon classique …Changement de décor … et de rythme , au bout d’une heure ou deux, Natalia qui s’est changée revient habillée en meneuse de revue d’Amérique du Sud, avec un gigantesque éventail de plumes sur la tête , et accompagnée d’une fine équipe de danseurs et danseuses superbement maquillés et déguisés .Ensemble sur scène, ils vont mettre le feu sur des airs endiablés…Waouh ça ne s’improvise pas de danser comme ça ! Natalia commence par nous faire un véritable show sur scène ,Et tous les classiques de ce continent y passent ,pendant que des danseurs du groupe viennent nous chercher, et nous font tous participer, tant ils font vivre les chorégraphies et savent lever nos inhibitions …Oui, l’ambiance était si survoltée et si sympathique à la fois , que j’ai même dansé un bon moment …Nous repartons avec le premier bus, celui de 3h 30, fatigués mais remplis d’émotion et de bonheur après ce mariage de rêve …Je vous souhaite tout le bonheur du monde , mes chers amis …

Jeudi 2 Avril : Arménia-Popayan

Après une courte nuit, nous pensions ne trouver que les employées debout à la finca mais Miriam et Carlos débarquent en pyjama prendre leur petit-déjeuner et nous pouvons leur dire au revoir et les remercier chaleureusement pour leur accueil extraordinaire.Pendant ces quelques jours, nous avons fait véritablement partie de la famille et avons partagé leurs joies , mais nous ne sous estimons pas l’énorme travail que toute cette organisation a représenté en amont .Enfin nous nous serrons tous dans les bras et c’est bénis ( au sens propre) et munis de mille recommandations de prudence que nous allons maintenant suivre notre chemin. Nous remercions aussi Claudio et son épouse Anita chez qui nous avons logé dans d’excellentes conditions et qui nous ont aussi permis de découvrir la chaleur de l’hospitalité colombienne. Néanmoins c’est maintenant que notre voyage commence vraiment et nous en sommes très heureux …Un taxi nous amène à la gare routière et nous partons donc à midi vers Popayan, que nous atteignons en sept heures de bus via Cali. Le voyage est sans histoire, la route en bon état, notre conducteur est prudent et nous occupons les deux places de devant, ce qui nous permet de bien voir le paysage : des pâturages et des forêts vallonnées, à la végétation tropicale , entrecoupées par de petites villes bien développées . C ‘est à la nuit que nous arrivons à Popayan , l’une des principales villes spirituelles de Colombie. La semaine sainte y est particulièrement fêtée, ce qui motive notre venue .D’ailleurs , nous avons beaucoup de mal à trouver un taxi car des dizaines de personnes en cherchent un aussi, et c’est finalement une famille colombienne, dont le monsieur est tout fier de pratiquer son anglais, qui va nous y aider.Le taxi ne peut nous déposer près de notre hôtel car tout accès au centre historique est fermé pour la procession de ce soir. Il nous amène au plus près et nous nous trouvons donc en train de chercher notre hôtel, situé calle 5 , au milieu de dizaines de milliers de personnes massées pour attendre la procession. Tout est bien encadré et organisé, et lorsque nous demandons à plusieurs policiers où se trouve la calle 5, ils se mettent tous en quatre pour la trouver, allant même jusqu’à nous y amener à travers les rues surpeuplées . Le Parklife hostel , maison traditionnelle aux vieux planchers, est devenue une auberge de jeunesse à peine améliorée, mais son principal atout est sa situation. Notre chambre en angle domine la place principale , lieu de vie de mille activités, , remplie de petits stands informels , où se rassemblent les générations …Après avoir mangé, nous nous mêlons à la foule qui regarde passer les processions. Les hommes y portent de lourdes statues, ou socles de plusieurs statues, certaines font 2 ou 3 mètres de hauteur  ; on les conserve depuis 1858, date de la première cérémonie connue et depuis lors cette charge de porteur se transmet avec fierté de père en fils . On voit en tout cas que les charges sont lourdes et que les hommes, qui vont arpenter les rues durant plusieurs heures, souffrent beaucoup. Régulièrement et en rythme, ils posent les statues sur le sol ( les socles ont des espèces de pieds escamotables) puis d’un coup et en grimaçant remettent les bâtons sur leur épaule et repartent à pas lents. Parallèlement, en avant et en arrière de la procession viennent des fanfares, puis des marches silencieuses de milliers de personnes portant des bougies. Il y a énormément de jeunes.Tout se déroule dans le calme et c’est assez émouvant .L’Unesco a d’ailleurs inscrit cette tradition au patrimoine immatériel de l’humanité en 2009.

Vendredi 3 Avril : Popayan

C ‘est le vendredi saint, et après un petit-déjeuner classiquement bon ( aucune difficulté pour avoir ici café au lait et croissants) , nous partons nous promener dans Popayan, «  la ville blanche ». Il ya déjà un monde fou ! Le centre historique de Popayan est bâti autour d’une place coloniale à laquelle mènent de larges rues selon un plan géométrique et la ville a un certain charme, sans pouvoir à mon avis rivaliser avec Cusco ou Antigua. Nous visitons quelques églises, joliment décorées sans qu’on y trouve là non plus l’exubérance des églises péruviennes , mais ici en revanche prendre des photos est autorisé dans les églises, et les Colombiens ne s’en privent pas, mitraillant et prenant des selfies à qui mieux mieux…Nous montons en particuliers à la basilique de Belem d’où l’on a une jolie vue sur la ville et où repose depuis 1717 l’image de l’Ecce Homo , le saint patron de Popayan. Il y a des escadrons de policiers absolument partout, mais dans une atmosphère bon enfant .La foule semble d’ailleurs très calme et auto disciplinée .

Durant la semaine sainte, de nombreuses expositions et de nombreux concerts sont organisés et nous en profitons pour aller écouter un concert de musique de chambre dans un grand théâtre ; celui-ci est archi complet et nous ne trouvons des places qu’au cinquième niveau, c’est amusant . Puis après avoir mangé dans un petit restaurant tout simple, où nous avons droit pour à peine plus de deux euros au menu du jour ( salade de légumes, plat de poisson en sauce avec riz et plantain, boisson sucrée) , nous continuons à nous promener en ville, avec deux passages dans la chambre pour laisser passer des averses ! Le soir nous allons boire un verre dans un bar sympa , où j’avoue que mon seul mojito côute plus que nos deux repas de midi, avant d’aller manger pour attendre la procession de ce soir, qui doit être plus importante encore que celle d’hier. De fait, dès 19 heures, les gens prennent leur place sur le trajet, avec leur fauteuil .Tous les balcons sont occupés et nous avons même vu des affiches en proposant à la location.Lorsque nous sortons après avoir mangé sur le pas de porte du restaurant, nous réalisons vite que nous devrons y rester jusqu’à la fin de la procession, impossible de faire un pas dehors tant la marée humaine est dense ! Il y a encore plus de spectateurs qu’hier si c’est possible , et encore plus de participants aux marches silencieuses avec bougies qui accompagnent chaque ensemble de statues .La procession va durer plus de quatre heures , dans une grande atmosphère de dévotion et de calme. Des dames devant nous récitent des prières avec ferveur.Un petit gamin qui tenait en main son ballon à l’hélium se voit enjoindre par un prêtre du cortège de le poser car «  no es una fiesta »…Dès la procession terminée dans notre rue, des agents s’emploient avec énergie à la nettoyer .La fête est loin d’être finie en ville mais nous ne tardons pas à nous écrouler dans notre chambre !

Samedi 4 Avril : Popayan-San Agustin

Nous n’avions pas de plan bien défini pour aujourd’hui et avons d’abord envisagé d’aller à Silvia, un village indigène, puis aux thermes de San Juan où l’on peut se baigner dans des piscines naturelles d’eau chaude, au milieu des montagnes, mais les bus y menant sont complets jusqu’à 14 heures, et nous changeons donc nos plans afin de rejoindre dès cet après-midi San Agustin, à environ quatre heures de route. Traversant une ville calme et déjà remarquablement propre,nous rentrons donc prévenir l’hôtel, refaire nos sacs et repartons à la gare routière.

Nous prenons le menu du jour dans un petit restaurant non loin du terminal ( soupe de pommes de terre, viande, riz et galette, avec l’habituelle boisson sucrée) pour 8000 pesos, trois euros à nous deux ! Ce n’est pas de la grande gastronomie, mais c’est mangeable. Puis nous partons vers San Agustin dans un minibus.Avant le départ, le chauffeur distribue des sachets en plastique ! Tout de suite effectivement, la route serpente dur en escaladant la montagne , puis nous arrivons sur un grand plateau d’où la vue s’élargit .On longe sur notre gauche le parc national de Purace, dont le volcan , qui culmine à l’altitude du Mont Blanc, se perd dans les nuages. Nous avons pensé en faire l’ascension mais y avons renoncé à cause des températures, qui peuvent être négatives, et rendues plus difficiles encore par un vent glacial.Après quelques petits villages indigènes , la route devient une piste et nous ne roulons plus qu’à travers une végétation équatoriale extrêmement dense ( on dirait la Guyane).Parfois la piste est encaissée et sans vue, mais le plus souvent elle ouvre des perspectives à perte de vue sur les montagnes et vallées alentour.Le trajet est un peu long, 4 heures et quelques, et il fait nuit lorsque nous arrivons à San Agustin , d’où nous prenons un taxi pour nous amener à la finca que nous avons réservée, en pleine nature. Nous allons dormir dans un beau petit chalet en bois et bambou, dans un joli jardin tropical.

Dimanche 5 Avril : San Agustin

Ne pas oublier d’ouvrir la deuxième page des photos lorsqu’il y en a plusieurs …Ce n’est peut-être pas très clair !

25 ans de ma Justine chérie aujourd’hui ! Nous avons bien dormi dans notre joli chalet, bercés par les trombes d’eau qui ont dégringolé sur les tôles jusqu’au matin. Mais nous sommes chanceux, il y a un magnifique soleil lorsque nous nous levons .Après un petit-déjeuner bio à la finca, nous partons à pied vers l’entrée du parc archéologique précolombien de San Agustin, à trois kilomètres. Nous découvrons un joli parc, très bien entretenu, et au prix raisonnable , 20 000 pesos pour deux jours de visite ( apparemment en Colombie il n’y a pas de prix différent pour les touristes, c’est appréciable) .Pendant quelques heures, nous visitons donc les quatre sites du parc : d’abord le Bosque de los estatuas, où une trentaine de statues ont été rassemblées le long d’un petit sentier qui serpente dans les bois;On se croirait dans une jungle féerique et c’est une bonne introduction à la découverte des vestiges de ces civilisations précolombiennes bien antérieures à celle des Incas et dont on sait au final très peu de chose.Au fil de la visite, nous découvrons ensuite quatre clairières , les mésitas, anciens lieux d’habitation aplanis pour la construction des maisons et des lieux funéraires, où on trouve des tombes veillées par d’imposants gardiens de pierre ( chaman avec coiffe et moustaches de félin, singes siamois, hibou, femmes enceintes, hommes souvent en érection, personnages aux yeux globuleux…..).Puis nous descendons jusqu’à la Fuente des lavapatas, littéralement fontaine pour le lavage des pieds, d’où nous dominons par un pont suspendu un impressionnant ensemble de sculptures dans la rivière.L’eau s’écoule à travers un labyrinthe sur la roche polie et l’on distingue sous les petites cascades des représentations de personnages et d’animaux.

Le petit musée associé au parc vaut la visite : j’aime en particulier voir les vieilles photos montrant les premières fouilles et la découverte de statues emblématiques comme le hibou.

Nous redescendons en minibus San Agustin, que le guide décrivait comme assez touristique, mais qui n’est qu’un gros village, même s’il y a effectivement quelques échoppes et boutiques artisanales dans la rue principale.L’artisanat est principalement amazonien et rien n’est vraiment joli, sauf des attrape-rêves ( j’en achète un) .Nous mangeons le menu du jour à 7000 pesos ( voir photo!) dans un petit restaurant local, entourés en ce dimanche de Pâques de familles colombiennes. Il d’ailleurs très peu de touristes et parfois les gens viennent nous parler, nous demander d’où nous venons, voire nous prendre en photo, mais toujours avec discrétion et gentillesse. Curieusement, car je n’ai jamais perçu en France que la Colombie soit une destination prisée, les rares touristes que nous avons rencontrés ou entendus sont des Français !

Après cette excellente journée ensoleillée à peine sommes-nous revenus à l’hôtel qu’éclate un fort orage tropical, avec pluie violente , et coupure d’électricité ! Nous avons décidément de la chance, pourvu que ça dure ! Le soir nous nous mettons d’accord avec Pacho , qui travaille à la finca, pour partir demain en jeep visiter d’autres sites situés à une trentaine de kilomètres du village et accessibles seulement en jeep ou à cheval.

Lundi 6 Avril : San Agustin

Vers 9 heures et pour 40 000 pesos par personne, nous partons en jeep pour ce qui va être une longue journée. Nous empruntons en effet des pistes défoncées sur la majorité du trajet. . Nous commençons par aller dans des gorges au point le plus étroit de la rivière Magdalena, la plus longue rivière de Colombie avec ses 1560 kilomètres.Ensuite au fil de la journée, nous allons passer d’une vallée à l’autre., découvrant encore des paysages grandioses, qu’ils soient faits de pâturages, de champs de canne à sucre ou de forêts. Les maisons, qu’elles soient simples ou plus cossues, sont toutes coquettes avec leurs vieilles tuiles sombres et de nombreux pots fleuris qui les décorent .

Les sites archéologiques que nous visitons se situent à peu près à 30 kilomètres de San Agustin, près du village de San José de Isnos, et font aussi partie du parc vu hier, donc il n’y a pas besoin de repayer. Ils sont conçus également sur le même modèle, avec des panneaux explicatifs pour chaque tombe ou statue protégée par un toit , et de larges clairières bien tondues, on dirait un golf ! Le site Alto de los idolos comporte essentiellement des tombeaux, datant du 1er siècle avant JC au VIIIème siècle de notre ère, donc plus tardifs que ceux vus hier.Il y a à la fois des sarcophages monolithiques et des tombes recouvertes de grandes dalles de pierre. Le deuxième site , Alto de las piedras est plus petit, mais comporte quelques-unes des statues les plus connues de San Agustin, dont le « double yo », statue à deux têtes reprenant le mythe de la double personnalité.

Nous terminons le circuit par deux cascades, Salto del Bordones, et Salto del Mortino.Le Bordones se précipite au fond du canyon de 300 mètres d’altitude, c’est la plus haute chute de la Colombie et le site est très impressionnant. Un sentier descend à la base de la cascade en une heure, dommage nous n’avons pas le temps car la remontée dure le double  ! La deuxième cascade est différente mais époustouflante aussi . Nous rentrons vers cinq heures, plus fatigués que la veille par le périple en jeep et ne faisons pas long feu…

Mardi 7 Avril : San Agustin

Aujourd’hui c’est à cheval que nous décidons d’aller visiter d’autres sites, je ne suis pas enthousiaste vu mes précédentes expériences mais il semble que certains sentiers soient tellement boueux qu’on ne peut les pratiquer qu’avec des bottes…ce sera donc le cheval !Dûment prévenu de mes inquiétudes, Paco appelle un de ses collègues qui arrive avec deux chevaux particulièrement calmes et dociles.Nous payons 120 000 peos pour deux, cela aurait pu être 100 000 mais nous nous y sommes pris un peu tard, et puis surtout nous ne sommes que nous deux!  Nous allons faire un petit tour d’une dizaine de kilomètres autour du village, découvrant les sites de la Pelota et surtout de El Purutal qui comporte les deux seules statues peintes de toute la région. Il s’agirait d’un chaman s’apprêtant au sacrifice ( il porte dans ses mains un couteau et un enfant) et d’une femme portant son enfant pour l’offrir au sacrifice, mais ce ne sont que des supputations.En tout cas, ces deux tombes étaient celles de personnages importants, vu la hauteur du tumulus artificiel qui les protégeait et le fait qu’elles soient colorées. La pluie nous surprend et nous nous arrêtons le temps de manger dans une gargote où la dame nous propose un pichet de délicieux jus de « lullo » , un fruit orange que je n’ai pas rencontré ailleurs.La promenade est magnifique, nous rencontrons plein de petites maisons fleuries entourées de champs de café, de maïs, de canne à sucre…C ‘est très vallonné et à un moment les chevaux doivent même descendre une côte très pentue et très boueuse dans laquelle ils glissent…le guide nous a prévenus avant mais c’est très impressionnant et je n’aurais jamais fait cela seule ! Heureusement mon guide tient la longe de mon cheval tout au long de la promenade, ( j’assume ma totale incompétence!) .Antony qui était inquiet aussi se débrouille pas trop mal et son cheval fera même quelques petites pointes de galop ! Le dernier site, celui de la Chaquira, est le plus époustouflant . C’est un panorama d’où nous avons à 180° une vue extraordinaire sur les montagnes, les vallées, la rivière Magdalena en contrebas et cinq cascades ! Site sacré où il n’y a pas de tombes mais quelques sculptures énigmatiques sur les rochers …C ‘est enchantés de notre journée ( et un peu fiers de nous!) que nous regagnons la finca où il est temps de refaire les sacs …Demain en effet nous devons partir à l’aube vers Tierradentro pour une longue journée de voyage…

Mercredi 8 Avril : San Agustin- Tierradentro

Le guide conseille de prévoir huit heures pour les 250 kilomètres qui séparent les deux villes, en conséquence nous avons demandé à un taxi de venir nous chercher à 5h45 à la finca. De là, alors qu’on nous avait parlé de temps d’attente aléatoire ( car il y a quand même deux changements), les connections s’enchaînent sans aucun temps d’attente. De San Agustin à Pitalito ( 40 mn) , nous sommes dans une voiture bâchée mais à l’avant et il n’y a que trois passagers.De Pitalito à La Plata ( 3 heures) , nous sommes 4 dans une Kia Carnival très confortable, et je suis à côté du chauffeur .Les deux fois, nous débarquons dans une gare routière neuve, hyper propre , où tout fonctionne parfaitement .Nous ne sommes décidément pas dans un pays du Tiers Monde ! Au fil du voyage, nous voyons le paysage changer, et s’il y a toujours des cultures de maïs, canne à sucre et café, les pentes sont de moins en moins boisées.Est-ce naturellement du à l’altitude, aux sols ou est-ce du à la déforestation ( nous verrons un feu de brûlis sur le trajet ) , je ne sais pas ..Le trajet se poursuit. .Nous n’avions eu depuis notre arrivée que des conducteurs calmes et prudents, mais ça se gâte un peu pour la dernière heure de trajet, un tronçon d’une heure sur une piste plutôt défoncée où il y a de gros travaux sur une longue portion et où le jeune conducteur roule comme un fou ! Comme nous sommes à l’arrière d’un véhicule bâché, les cahots sont particulièrement éprouvants et c’est de surcroît totalement couverts de poussière que nous arrivons à San Andres. Nous voici dans un petit village de bout du monde , à environ 1700 mètres d’altitude , avec quelques maisons, des hébergements sommaires, une école, quelques petites épiceries. Nous y trouvons une chambre très basique , avec eau froide ( 35 000 pesos ) mais le guide indique que c’est à prix doux le meilleur restaurant du village, et les propriétaires se révèlent adorables . Depuis le début de ce voyage, nous sommes d’ailleurs marqués par l’extrême gentillesse de tous les Colombiens .Après nous être installés et avoir pris le menu du jour, nous flânons jusqu’à l’entrée du parc, vingt minutes de marche plus bas, prenons nos billets pour demain et visitons les deux petits musées qui sont sur le site, un musée archéologique, comportant essentiellement des poteries, et un musée ethnographique qui évoque le mode de vie des indigènes Paece. On les appelle aussi les Nasa, ils occupaient déjà cette région bien avant l’arrivée des Espagnols et des terres leur ont été ré-attribuées pour que leur groupe ethnique se maintienne.

Nous croisons deux, trois couples de touristes , pas plus, au restaurant. Le soir, nous sommes au lit et blottis sous nos couvertures vers 20 h 30 !!!! Antony s’est douché, moi quand il n’y pas d’eau chaude et qu’il fait frisquet, je ne me lave pas:-)

Jeudi 9 Avril : Tierradento

Forcément, nous nous réveillons quasiment avec le jour, et c’est très bien car une grande journée nous attend.Aujourd’hui nous allons découvrir un site unique de tombes hypogée, qui auraient environ 3000 ans. Ce sont des sépultures souterraines de grande dimension taillées dans le tuf, une espèce de cendre volcanique durcie. On y accède généralement par un escalier hélicoïdal ( de sept à seize marches pour ceux que nous verrons) , dont les premières marches sont très très hautes ( de 40 à 60 environ) tandis que les 4 ou 5 dernières sont droites et ouvrent sur la chambre funéraire .On estime qu’il fallait plus d’un an pour construire un hypogée , et les archéologues en ont trouvé une centaine autour de Tierradento , groupées par dizaines ; c’est le plus grand ensemble de sites funéraires du pays, et le site a été aussi déclaré patrimoine culturel de l’humanité en 1995 ( informations données par Le Petit Futé) .Les tombes les plus grandes se présentent sous forme de grande chambre, comportant des niches dans les murs, et supportée par des piliers centraux. Les plus belles, celles du site Segovia , et une du site El Aguacate, ont conservé leurs peintures d’origine, avec des motifs géométriques blancs, rouges et noirs, et des sculptures humaines ou zoomorphiques sur les piliers. Ce sont des lieux très spirituels, très émouvants, et le fait que nous soyions totalement seuls à les admirer ajoute encore à notre sentiment d’être privilègiés.  En effet il n’y a quasiment pas de touristes et les gardiens sont tout heureux de nous ouvrir les tombes et de discuter avec nous .

Comme les sites sont assez disséminés, entre el Aguacate et Segovia nous faisons une superbe balade de quatre heures, qui n’a rien à envier à mes randonnées dans Mafate!Les montées sont rudes ( environ 1000 mètres de déniveleté positif) mais tout au long de la randonnée nous ne sommes entourés que de paysages superbes et le final est une apothéose  ! Au sommet, nous sommes sur un plateau rocheux d’où une vue à 360° s’ouvre à nous. De quelque côté que nous regardions, San Andres d’un côté, Inza de l’autre, ce ne sont que pics acérés, vallées profondes , gorges verdoyantes..On distingue bien toutes les voies d’accès des différentes vallées, dont celle d’où nous sommes arrivés hier via La Plata, et celle qui amènerait vers Popayan . Rien ne peut nous laisser oublier que nous sommes en plein dans la Cordillière centrale . De plus, alors que l’atmosphère était un peu brumeuse, le soleil se lève…C ‘est fatigués mais contents qu’après toutes les visites nous nous affalons sur un banc dans une petite tienda où la dame nous concocte de délicieux jus de fruits frais : mangue, banane, maracudja ….De plus elle fait une jatte complète devant nous, et quand notre verre est vide nous le remplit une deuxième fois , ceci pour 2000 pesos, 80 centimes d’euro ! Le soir , nous nous régalons de poulet grillé , poulets qui sont ici un peu ferme et délicieux , et de la salade + riz habituels, plus des frites de patate douce pour changer des habituels haricots.Depuis notre arrivée, nous n’avons pas rencontré de vraie gastronomie mais les plats sont sains, copieux et de bonne facture pour des prix plus que raisonnables. Le soir nous payons notre note de 138 000 pesos pour deux nuits, cinq repas, quelques bières et deux petits-déjeuners…. certes il n’y avait pas d’eau chaude mais cela fait 55 euros !

Vendredi 10 Avril : San Andres- Désert de Tatacoa

C‘est encore une journée de voyage.Nous repartons le matin en camionnette bâchée, et c’est un peu moins dur car le conducteur est plus calme, les amortisseurs remplissent leur rôle et on a libéré les bâches qui protègent un peu de la poussière ! Là aussi les deux connections s’enchaînent sans perte de temps mais cela nous prendra quand même sept heures pour rejoindre Villavieja via La Plata et Neiva . Nous voyons ce faisant la végétation changer, devenir de plus en plus sèche, et surtout la température augmente, ce qui n’est pas pour me déplaire…L’altitude de Neiva est de 450 mètres au lieu de 2100 m pour Tierradentro , CQFD ! Nous nous faisons amener directement dans le désert de Tatacoa et trouvons un petit hébergement familial en pleine campagne . Même s’il est quatre heures, nous commandons notre « almuerzo » et on nous sert encore un délicieux poulet rôti…je crois que cela va faire comme les bananes pour moi après avoir connu les régimes mûris sur pied, je ne pourrai plus jamais manger du poulet fade ou élevé en batterie ! Je vais ensuite laver un peu de linge car entre la pluie et les randonnées , je n’en ai plus beaucoup de disponible, et j’utilise pour cela l’eau du puits : il y a en effet de l’eau dans le désert , mais en profondeur .Là il fait si chaud que je peux me doucher à l’eau froide sans souffrir, une belle gageure pour moi La famille vit dehors et regarde la télé à l’extérieur au milieu des poules et des biquettes ! Hélas, si l’endroit est sympa, la nuit va être difficile car il fait horriblement chaud, il n’y a ni ventilateur ni moustiquaire mais de petites bestioles et des moustiques qui sortent de partout nous attaquer ! Antony va d’ailleurs dormir dehors dans un hamac mais sans guère plus de succès !

Samedi 11 Avril : Désert de Tatacoa-Neivia

Nous avons pris un tour avec les filles de la maison afin de visiter le désert de Tatacoa qui d’ailleurs n’est techniquement pas un désert mais une forêt sèche tropicale .Nous partons donc à l’arrière de deux motos voir les deux parties principales de ce désert .D’abord nous parcourons à pied une partie du secteur de Los Hoyos , appelé le désert gris à cause du potassium, du magnésium et du soufre présents dans les sols .Il y a quelques formations géologiques intéressantes, plusieurs sortes de cactus dont l’un porte des petits fruits roses en forme de piment dont l’intérieur est le même que celui des pittayas, et au bout de la promenade , une piscine a même été construite, utilisant l’eau minéralisée tirée du puits adjacent …C ‘est un délice de s’y tremper et je me régale, ça fait un bien fou alors qu’il fait 33° . Le papa-guide nous dit que la température monte fréquemment jusqu’à 47°, mais le soleil est un peu voilé aujourd’hui, nous sommes bien tombés !

La partie rouge ressemble davantage à un vrai désert, on se balade dans des labyrinthes géologiques impressionnants, mais de là à dire « qu’il est facile de se perdre dans les méandres du désert »comme l’écrit le guide, cela me semble un peu exagéré , car tout reste de taille réduite ! On nous dit que des films, des clips dont un de Shakira qui est colombienne, y ont été tournés, et c’est vrai que l’endroit est agréable à voir même s’il n’est pas exceptionnel. En tout cas c’est là que mes chaussures de marche noires ( avec les quelles j’avais fait les Huashan s’il vous plait!) vont rendre l’âme . Un collectivo nous ramène en début d’après-midi à Neiva où nous avons prévu de passer une nuit pour laver du linge et nous reconnecter à l’internet ! Voilà une vraie ville, sans charme spécifique mais ça fait du bien aussi de flâner dans des rues animées …et la chambre a un ventilateur !

Dimanche 12 Avril : Neiva-Bogota-Tunja-Villa de Leyva

Que du voyage aujourd’hui ! Hier soir nous avons bien réfléchi à la suite du voyage. Certes nous voulons garder trois ou quatre jours à la fin pour Bogota et ses environs, mais il nous reste une grosse semaine …On s’est donc demandé si on partait vers Cali et la côte pacifique, ou si nous prenions un avion pour monter vers Carthagène et Santa Marta, mais finalement et comme on ne peut tout faire cette fois-ci , nous conservons notre idée de départ et restons dans la partie andine.Direction donc ce matin vers Bogota , en cinq heures environ , dans un bus confortable avec des toilettes. Il y a un contrôle de police dans le bus avant le départ, tous les Colombiens doivent confier leur pièce d’identité qui leur est rendue après un contrôle au poste .Le trajet vers Bogota se déroule principalement dans la plaine et sur une vraie autoroute ; seules les dernières heures nous voient franchir à nouveau la cordillière centrale.Nous continuons dans la foulée vers Tonja, puis dans un collectivo vers Villa de Leyva. Je ne sais toujours pas si nous avons de la chance ou si des bus partent à toute heure vers toutes les directions, mais comme d’habitude on arrive dans le terminal, on prend un billet et on repart illico ! Cela fait quand même une grosse journée car nous n ’arrivons à Villa qu’à 20h30.Sitôt installés dans un hôtel, nous ressortons manger dans un restaurant de cette petite ville touristique , ce sera un vrai restaurant, avec un joli décor dans le patio intérieur, pour le meilleur repas de ce voyage, deux médaillons de bœuf saignants sauce au bleu…mais pour un prix quasiment européen ! Nous le méritons bien !

Lundi 13 Avril : Villa de Leyva

Après avoir cherché à changer d’hôtel , car la chambre minuscule est à 100 000 pesos, et découvert qu’il n’y avait rien de moins cher, nous nous promenons dans cette jolie petite ville, construite en 1572 au fond d’une vallée aride, et qui semble ne pas avoir changé depuis.C ‘est un exemple typique de ville coloniale espagnole et elle a un certain charme avec ses rues grossièrement pavées de pierres irrégulières, ses maisons blanches aux vieilles tuiles, maisons toujours à deux étages et pourvues de balcons verts en bois, généralement couvertes de bougainvilliers et dont les grandes portes ouvrent sur des patios fleuris …Mais que c’est mort ! D’après le guide, la ville est envahie les week-ends et il arrive qu’on n’y trouve plus à se loger, alors qu’il y a des hébergements à tous les coins de rues, mais aujourd’hui notre hôtel est vide, nous étions seuls au restaurant hier, beaucoup de boutiques d’artisanat sont fermées et tous les bars et restaurants que nous croisons semblent peu ou prou vides aussi. C ‘est encore plus frappant sur la place centrale de la ville, la Plaza Mayor, qui est absolument gigantesque et disproportionnée par rapport au reste du bourg, d’autant qu’elle est toute vide, sans un arbre pour égayer les pierres grises. Bref une espèce de ville-musée, de surcroît bien chère,  mais à l’atmosphère néanmoins agréable et reposante.Demain nous allons essayer de louer un taxi pour visiter les alentours, enfin si Antony va mieux car il est un peu patraque , ça sent l’indigestion ou l’intoxication…

Lundi 13 Avril : Villa de Leyva

Après avoir cherché à changer d’hôtel , car la chambre minuscule est à 100 000 pesos, et découvert qu’il n’y avait rien de moins cher, nous nous promenons dans cette jolie petite ville, construite en 1572 au fond d’une vallée aride, et qui semble ne pas avoir changé depuis.C ‘est un exemple typique de ville coloniale espagnole et elle a un certain charme avec ses rues grossièrement pavées de pierres irrégulières, ses maisons blanches aux vieilles tuiles, maisons toujours à deux étages et pourvues de balcons verts en bois, généralement couvertes de bougainvilliers et dont les grandes portes ouvrent sur des patios fleuris …Mais que c’est mort ! D’après le guide, la ville est envahie les week-ends et il arrive qu’on n’y trouve plus à se loger, alors qu’il y a des hébergements à tous les coins de rues, mais aujourd’hui notre hôtel est vide, nous étions seuls au restaurant hier, beaucoup de boutiques d’artisanat sont fermées et tous les bars et restaurants que nous croisons semblent peu ou prou vides aussi. C ‘est encore plus frappant sur la place centrale de la ville, la Plaza Mayor, qui est absolument gigantesque ( 14 400 m2) et disproportionnée par rapport au reste du bourg, d’autant qu’elle est toute vide, sans un arbre pour égayer les pierres grises. Bref une espèce de ville-musée, mais à l’atmosphère néanmoins agréable et reposante.Demain nous allons essayer de louer un taxi pour visiter les alentours, enfin si Antony va mieux car il est un peu patraque , ça sent l’indigestion ou l’intoxication…

Mardi 14 Avril : Villa de Leyva

Antony va bien mieux ce matin, mais la journée commence néanmoins avec un gros coup de stress car une famille américano-colombienne , qui avait rejoint l’hôtel hier soir ( et y avait été très bruyante!) se trompe et un des hommes ramasse le sac à dos d’Antony quand nous déjeunons côte à côte , avant qu’ils ne partent définitivement !Or il y a passeport, argent, carte de crédit, camescope …dans le sac à dos ! On essaie sans succès de les appeler sur le numéro belge ( oui, apparemment ils vivent en Belgique ! ) que l’hôtel ( qui ne peut les appeler car leur téléphone n’a pas de crédit!) nous donne ,on court essayer de les retrouver au terminal, on essaie d’expliquer péniblement la situation au policier ( super gentil mais totalement inefficace) … Finalement en retournant à l’hôtel voir s’ils sont revenus, et en prenant une photo du registre avant d’aller au poste de police, on découvre qu’il y a un autre numéro , colombien celui-ci, sur la fiche de la deuxième chambre …Antony les appelle et sans s’excuser ils annoncent qu’ils font demi-tour et seront là dans une heure et quelques. …Heureusement la dame est un peu plus aimable que son mari qui ne sort même pas de la voiture et nous ignore…Bref après un début de journée un peu chamboulé, il est 11 heures mais nous ne voulons néanmoins pas que la journée soit gâchée .

Nous hélons tout de suite un taxi et le chartérisons pour la journée et pour faire le tour classique des points d’intérêt autour de Villa .Les alentours nous permettent d’ailleurs de découvrir de très belles maisons bourgeoises , puis plus loin pas mal de culture de tomates sous serre. On commence rapidement par deux curiosités susceptibles d’intéresser davantage des spécialistes que le tourisme lambda : El Infiernito et El Fossil.La première est une découverte archéologique récente dont on suppose qu’il fut un lieu de rites indigènes.Il y a des rangées de pierres rectangulaires alignées pour former une espèce d’horloge, dont les Indiens Muisca se servaient pour déterminer les saisons, et il y a surtout un champ entier de phallus de pierre de toutes les tailles ! La deuxième curiosité est un musée de fossiles puisque toute cette région était recouverte par la mer il y a approximativement 120 millions d’années et on y trouve des fossiles partout ! Le musée offre surtout à voir le fossile d’ une sorte de reptile marin du jurassique , long de 15 mètres et très bien conservé ( et pas sympathique du tout!) .Nous faisons ensuite un petit arrêt dégustation aux caves et au vignoble Ain Karim, un des rares vignobles colombiens puisqu’il n’y en a que trois.Il s’agit en l’occurrence d’un petit vignoble, avec des plants jeunes, et qui ne fournit qu’entre 15 et 17 000 litres par an, pour un vin que nous trouvons plutôt âpre et de qualité très moyenne, mais le verre de vin accompagné d’une assiette de fromages se laisse néanmoins boire ! L’étape suivante est un monastère isolé, fondé en 1620 par les Dominicains et dont je trouve la visite très agréable. C ‘est le Convento de santo Ecce Homo.Comme tous ces couvents, il a un magnifique patio fleuri entouré de belles arcades.Les sols pavés et séculaires sont magnifiques, certains d’ailleurs le sont de fossiles ! Il y a un très beau retable doré, et la plupart des pièces sont remplies d’objets d’époque , de vieux parchemins, et de tableaux religieux , le tout évoquant la vie des prêtres à leur arrivée dans la région. Mais assez de culture pour le moment et nous continuons, toujours dans de très beaux paysages vallonnées, vers Raquira, qui est un petit village entièrement dédié à la poterie et à l’artisanat.Enfin, dirais-je, car jusqu’ici on a vu très peu d’artisanat .Là, si la poterie est bien fabriquée dans la région ( mais il y a très peu de jolies choses), beaucoup d’articles viennent des pays limitrophes, voire d’Indonésie…Nous achetons à nous deux trois beaux hamacs sud-américains à défaut d’être colombiens ; ils restent chers, les miens qui sont les plus beaux sont à 90 euros pièce, mais avec un très beau travail de franges que j’ai rarement vu ailleurs et ils feront de jolis souvenirs du voyage. Pour finir, nous poussons encore 7 kilomètres plus loin vers La Candelaria, où un couvent fut fondé en 1597 par le médecin de Philippe II qui mourut à 105 ans ! Là aussi nous pouvons admirer de beaux bâtiments fleuris, autour de patios centraux, et de multiples tableaux et objets religieux…Il est à noter que nous avons été absolument seuls pour toutes ces visites…pas un touriste, fut-il colombien ! Au final donc, quelques heures de visites agréables et tranquilles, sous un très beau soleil …Après, quand il faut réagencer tous les sacs pour y rajouter les trois hamacs doubles plus un siège hamac que j’ai rajouté au dernier moment en repassant par Raquira, c’est évidemment un peu difficile!Nous serons nettement plus chargés pour la fin du voyage ! Et pour nous remettre de nos efforts, au cas où nous aurions besoin d’un prétexte, nous retournons manger les mêmes médaillons sauce au bleu qu’il y a deux jours …

Mercredi 15 Avril : Villa de Leyva-Saint Gil

Notre gentil taxi d’hier revient nous chercher ce matin et nous partons vers Saint Gil, une petite ville à environ 4 heures plus au Nord. Il y aura encore deux changements pour y arriver. Le premier minibus prend vraiment le chemin des écoliers à travers la montagne, sur une piste si étroite qu’on ne peut s’y croiser . Les paysages sont très ruraux et les habitants plus authentiques : on voit des femmes portant le feutre, et souvent une jupe sur pantalon comme je l’ai vu ailleurs en Amérique du Sud, des hommes transportant des sacs entiers d’oignons au village voisin…En plus du maïs dont on rencontre souvent des petits lopins , je découvre sur ce trajet des champs entiers de culture de framboises, et aussi , plus curieusement, de physallis, ce qu’on appelle aussi l’amour en cage et dont le petit fruit orange est très bon. Toutes les branches de ce petit arbuste sont étirées et maintenues en hauteur par tout un entrelas de fils qui couvre le champ entier comme une énorme toile d’araignée géométrique, c’est assez surprenant.

San Gil est blotti au milieu d’un paysage de toute beauté ( à 1400 mètres d’altitude seulement alors que Villa de Leyva est à 2100 mètres) et s’est converti depuis quelques années en centre de randonnées et surtout de sports extrêmes. Le responsable du petit hôtel sans aucune prétention ( mais avec grande chambre, patio avec hamacs, wifi dans la chambre, et douche commune avec eau chaude, yes ! Pour 40 000 pesos ) nous détaille tout ce que nous pourrions faire …et ne ferons pas : hydrospeed, escalade, vtt sportif, saut à l’élastique, rafting classe 4 et 5 et j’en passe ! Pour nous, ce sera plus modestement de belles randonnées, la découverte de vieux villages coloniaux, et éventuellement du parapente sur le canyon de Chicamocha mais nous verrons ! En tout cas, il y a quelques touristes, de bons restaurants avec un peu d’ambiance, et nous mangeons mexicain après un bon mojito…Avant cela, je suis allée refaire ma couleur dans un petit salon à côté de l’hôtel et la télé colombienne passe en boucle des reportages sur une attaque des Farc contre une garnison , où dix militaires ont été tués et dix-sept blessés , dans un hameau de la province du Cauca , un endroit où nous sommes passés il y a deux semaines. La guérilla marxiste est pourtant engagée depuis Novembre 2012 dans un processus de paix avec le gouvernement, et il n’y avait eu depuis cette date que des escarmouches entre les deux camps  . Espérons que cela ne va pas tout remettre en cause …

Jeudi 16 Avril : San Gil

Un petit bus local nous amène ce matin vers un joli site de cascades, le parc Juan Curi où nous passons quelques heures agréables à nous promener, d’abord vers un premier bassin déjà spectaculaire, puis surtout à la deuxième cascade, d’où nous dominons la première en un à-pic vertigineux, de 180 mètres quand même .Nous y croisons en tout et pour tout deux couples, c’est bien agréable d’être seuls pour profiter de la nature exubérante et du chant des oiseaux. Nous retrouvant ensuite en pleine campagne, nous faisons du « stop payant » pour rentrer, c’est dans les mœurs ici.

Après un menu du jour classique et roboratif dans un troquet, nous allons ensuite faire un tour dans un parc , à san Gil même, dont le guide disait le plus grand bien.Hélas, c’est sans intérêt , même s’il y a beaucoup de gallineros, ces grands arbres spectaculaires desquels pendent des lichens …Nous faisons encore un bon repas, il y a de bons restaurants « occidentaux » dans la ville . En soirée, nous achetons nos vols pour le parapente demain !

Vendredi 17 Avril : San Gil

Si la journée est exceptionnelle parce que c’est les 15 ans de ma délicieuse Charlotte, elle le restera aussi par le vol fait aujourd’hui! , , ,Un minibus vient nous chercher à 9 heures et nous amène à l’office pour le petit film de présentation, puis nous partons vers le canyon de Chicamocha .C ‘est à environ une heure de route et les derniers kilomètres nous permettent déjà de découvrir des vues extraordinaires sur ce gigantesque canyon. En chemin, on s’arrête pour que je puisse prendre une photo d’un artisanat amusant et que je n’ai jamais vu ailleurs, le recyclage de pneus en porte-plantes façon perroquet ou toucan ! Puis nous voici sur site, sur un piton rocher entre deux parties de cayon…Je pars la première et Antony quelques minutes après moi, pour un vol grandiose, époustouflant , fabuleux de trente minutes…Les mots me manquent…les photos seront plus parlantes, je l’espère !.Les conditions des thermiques sont tellement bonnes qu’on s’élève jusqu’à 2 kilomètres au dessus de notre point d’envol , qui est déjà à 1500 mètres un mirador exceptionnel dominant le canyon, et qu’on se repose au même endroit … A un moment, les deux pilotes nous font nous rencontrer dans les airs, les ailes se touchant même, pour que nous puissions prendre des photos l’un de l’autre …C ‘est un vol magique !

Bien sur , j’achète sur la route du retour un perroquet et un toucan en pneus, c’est le genre d’artisanat original et drôle auquel je ne peux résister ! D’ailleurs  Antony veut lui aussi son toucan !

Nous achetons aussi à un péage des petits sachets de fourmis grillées, c’est la spécialité du lieu et ce n’est pas mauvais, cela a un petit goût de cacahuètes.

Nous sommes de retour à 14 heures et il pleut …Après-midi dans la chambre à trier les innombrables photos de nos vols …vous l’aurez compris, nous avons été enthousiasmés….Et pourtant j’avais déjà volé à la Réunion, entre montagne et lagon , mais ces trente minutes-là, dans ce panorama de canyon à perte de vue, ont été magiques …( et pour 72 euros par personne!) .

Samedi 18 Avril:Barichara

Nous avons décidé de partir pour une nuit à Barichara, soi-disant le plus joli village de Colombie, et donc le matin nous allons en ville acheter un autre sac de voyage pour y ranger les hamacs et autres pneus :-) …. avant de laisser quasiment tous les bagages à notre petit hôtel familial de San Gil, où nous nous sentons comme chez nous ( d’ailleurs nous n’y sommes que trois !) et où nous retournerons demain soir. Barichara n’est qu’à une demi-heure de minibus de San Gil , par des paysages toujours vallonnés mais un peu plus arides, et nous y arrivons avec un beau soleil .

C ‘est effectivement une petite ville ( 8000 habitants) mignonne comme tout, avec comme à Villa de Leyva des rues pavées ( mais pentues ici!) avec des maisons blanches autour d’une place centrale .Elle a été fondée en 1705 et était auparavant habitée par les Indiens Guane. De nos jours y vivent quelques artistes et on y trouve quelques boutiques d’artisanat  (tailleurs de pierre…) mais objectivement peu de choses jolies ni même typiques, les toucans en balsa voisinant avec les lézards à petits points de Bali ! Donc peu de tentation de shopping et ce n’est pas plus mal, en revanche déambuler dans la ville et admirer le spectacle des vieux toits, des jardins secrets entrevus au hasard des portes ouvertes , du mirador donnant sur le canyon de Suarez est très agréable. Nous allons manger dans un petit restaurant typique mais ne sommes pas tentés par la spécialité locale , le cabro,( cabri) servi avec de la pepitoria, du riz mélangé au sang et aux viscères de l’animal ….Je veux goûter en revanche la chicha, une boisson à base de maïs fermenté , car j’en avais bu de la bonne au Pérou mais je ne peux y tremper que mes lèvres tellement l’odeur et le goût sont horribles ! Nous sommes à côté d’une grande tablée de religieuses et à la fin une religieuse âgée va acheter au comptoir un gros cigare qu’elle fait humer à toute l’assemblée, la scène est assez cocasse ! Il est vrai que d’après le guide, le tabac est l’une des deux sources de richesse du Sentander, la région où nous sommes, l’autre source étant le pétrole ! Il pleut à nouveau énormément le soir mais peu importe tant que nous pouvons profiter de belles journées.Nous ressortons manger dans un restaurant où nous apprenons que ce soir il y a interdiction de servir tout alcool ( en fait, nous aurons deux verres de vin quand même) car demain est un jour d’élections ! .

Dimanche 19 Avril : Barichara-Guané-San Gil

La journée est presque entièrement consacrée à une jolie balade de neuf kilomètres vers Guané, un petit village colonial .On emprunte pour cela un ancien chemin royal indigène entièrement pavé – très grossièrement:il faut sans cesse regarder où on met les pieds – qui y mène à partir de Barichara . Ce n’est que de la descente , les paysages sont superbes sous un grand soleil , d’autant que comme d’habitude il n’y a aucun touriste et nous ne rencontrons que quelques très jolis oiseaux dont certains endémiques de la région. Un motmot houtouc ( momotus momota de son petit nom latin) est particulièrement remarquable avec ses couleurs d’un bleu chatoyant …Une des rares maisons sur le chemin propose des boissons et un peu d’artisanat , c’est visiblement une famille très modeste qui habite là mais la dame est très accueillante et c’est avec fierté qu’elle nous montre un sachet plein de grosses fourmis vivantes qu’elle vient de ramasser.Elle explique que c’est excellent car apportant toutes les vitamines de la terre et me fait écouter le léger vrombissement de toutes ces fourmis en disant que c’est comme la mer ou l’eau …J’achète un mobile fait de plusieurs graines différentes et Antony achète une petite calebasse évidée . Guané est un petit village de cent habitants qui n’a rien de spécial ( rues pavées en pente, maisons blanches, bougainvilliers, parque central…) et nous nous contentons d’y manger , mais en goûtant la spécialité locale que sans surprise je n’aime guère.On dirait du boudin ! Un bus nous ramène à Barichara puis à san Gil , et comme d’habitude la fin d’après-midi voit une violente averse mais nous retrouvons avec plaisir notre petit hôtel et les restaurants de la rue . Encore une journée ici , avant d’entamer le retour vers Bogota qui signera la dernière partie du voyage…

Lundi 20 Avril : San Gil

Nous avons prévu , même si nous l’avons déjà survolé, de retourner voir le canyon de Chicamocha qui est quand même le deuxième plus grand canyon au monde avec ses 2000 mètres de profondeur et ses 227 kilomètres de large. Il abrite un parc national et un téléphérique qui offre une traversée de 40 minutes avec des vues époustouflantes ! Hélas, lorsque nous y arrivons après une heure de bus, c’est pour apprendre que le parc n’est ouvert en ce moment que du mercredi au dimanche, ce qu’aucun guide ne précisait et il ne nous reste plus qu’à faire demi-tour et à retourner flâner dans saint Gil ! Nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur et en profitons pour acheter quelques petits cadeaux , avant de manger et de regagner l’hôtel. Du coup nous sommes à l’abri et bien soulagés quand une pluie torrentielle se met à tomber, bien plus tôt que les autres jours…Nous restons dans notre chambre jusqu’à 22 h où nous prenons un taxi pour rejoindre le terminal national , on a en effet réservé deux sièges dans un bus de nuit vers Bogota …Pendant que nous attendons le bus de notre compagnie, il y a en a trois autres qui partent également vers Bogota. La route tourne pas mal au début et c’est un peu long (6 h) mais le bus est néanmoins confortable et on arrive à se reposer un peu .

Mardi 21 Avril:Bogota

Nous arrivons vers 5h30 à Bogota et prenons tout de suite un taxi pour rejoindre le petit hôtel que nous avons réservé sur Booking.com dans la Candelaria, la partie historique de Bogota, et ce pour nos quatre dernières nuits. L’hôtel est une vieille maison très joliment décorée dont les chambres rustiques mais bien équipées s’ouvrent sur trois patios centraux remplis de fleurs, de fontaines….On a de la chance, notre chambre est déjà libre et après un café c’est avec plaisir que nous dormons trois heures ! Puis nous sortons nous promener dans les rues en pente de ce vieux quartier , qui , s’il n’y a pas de quoi y passer plusieurs jours , est assez agréable, avec de vieilles maisons de couleurs vives, des restaurants typiques et une ambiance assez jeune et bohème .Il fait un peu plus frais ( Bogota est à 2600 mètres d’altitude) mais il ne pleut pas ! Nous visitons ensuite le musée de l’or qui présente plus de 30000 pièces en or et de splendides émeraudes, la plus grande collection jamais rassemblée d’objets en or précolombiens ! C ‘est un très beau musée et très intéressant, qui présente d’abord les différentes civilisations indiennes et leurs productions d’orfèvrerie , avant d’exposer les différents objets en or trouvés sur les douze sites archéologiques majeurs de Colombie .Ce musée est situé non loin de la place Bolivar, place qui fut édifiée sur l’emplacement même des douze premières maisons construites à Bogota par les conquistadors et consacrées aux douze apôtres….Nous continuons à flâner dans le quartier , entre églises et boutiques d’ artisanat assez chères…Le soir nous gignotons avec un verre dans un petit bar animé .

CHINE: Janvier-Février 2014

January28

Lundi 3 Février :départ de Hanoï

Nous apprécions de trainer un peu au lit ce matin, d’autant que la wifi n’est pas revenue …Le routeur qui pendouille au plafond entre le deuxième et le troisième étage au milieu d’un enchevêtrement de fils  ( je prends une photo !) est effectivement éteint .Nous descendons et nous attablons dans un minuscule café où il n’y a  rien à manger, de  plus  tous les hommes présents fument à qui-mieux-mieux , ce qui n’est pas agréable bien que très fréquent ici,  mais le point positif est la wifi !Nous buvons donc un café tout en répondant à nos mails , avant  d’aller acheter de quoi grignoter plus tard : sachet de nouilles instantanées, yaourts, chocolat et eau pour la route . Nous finissons nos bagages : parmi les souvenirs du Vietnam, ce ne sont pas les pièces qui vont m’encombrer vu qu’il n’y en a pas. J’ai en revanche gardé les pièces de Hong Kong ont certaines sont joliment dentelées.

Après avoir hésité ( c’est Amélie qui me l’a offert pour Noël), je décide  n’en ayant plus l’usage  de laisser le guide du Vietnam à Rhian, mais j’emporte la dédicace de la page de garde .

Digression : je déclare solennellement  que pour mon prochain voyage itinérant, je ne prendrai pas mon trépied, qui m’encombre trop ! Je n’arrive pas encore à me séparer des autres objectifs, mais promis-juré je laisserai le trépied ! Me le rappeler le cas échéant J

Une   lessive  (dans les lave-linge asiatiques qui brassent à froid)  plus tard, ainsi que  le ménage  fait en musique, nous descendons les bagages et quittons l’appartement où nous avons bien apprécié de nous poser ces quelques jours .Je fais le tour trois fois avant de laisser les clés à l’intérieur, il ne manquerait plus que  nous laissions nos billets ou passeports  dedans avant de fermer !

Nous nous sommes prévu un battement de deux heures pour faire un dernier tour de Hanoï et découvrons que la ville a retrouvé son aspect habituel : bruyante, grouillante de vie, surpeuplée…Les touristes sont également arrivés ou revenus, dont pas mal de Français .Nous laissons nos bagages au café où nous avons nos habitudes et  partons nous balader .C ‘est aussi le moment des derniers achats avec un peu d’artisanat. Quel dommage de quitter le Vietnam alors que nous sommes devenues des pros  de la traversée d’avenues, louvoyant au milieu des dizaines de motos et de toutes les voitures qui nous frôlent sans ralentir, mais à grands coups de klaxons rageurs…

Justine, quant à elle, dit s’être faite sans problème à des gens sympas, qui parlent aimablement et ne crachent pas par terre, mais c’est  en Chine que nous allons poursuivre notre voyage, donc  oublions  cela …:-)

A 18h30, nous sommes devant l’agence et  cela cafouille un petit peu, mais comme d’habitude en Asie ça fonctionne au final : un jeune vient  nous récupérer  et nous le suivons à pied  jusqu’à un carrefour où attend déjà un groupe .Après 30 minutes nous rejoignons un autre endroit et attendons à nouveau avant qu’un minibus ne vienne nous chercher pour nous amener au bus couchettes ! Le bus semble neuf et nous devons enlever nos chaussures en montant ; je n’en ai jamais vu de semblables, avec trois rangées  de véritables couchettes sur deux niveaux, des couvertures propres, ce n’est pas le top mais pas mal du tout. Nous partons finalement   après 20 h , le bus est plein mais s’arrête quand même un peu partout , peut-être livre t’il des colis .En tout cas, au bout d’un moment, il y a plein de gens supplémentaires allongés dans les minuscules travées ! Impossible de  réellement dormir d’autant qu’il n’y a pas de rideaux  et que très régulièrement toutes les lumières du bus, dont de gros néons latéraux rouges et bleus sont rallumées, mais la couchette est confortable et nous nous détendons.

Mardi 4 Février 2014 : frontière et Yuanyang

C’est finalement un bien que nous soyons partis en retard car, alors que nous étions censés arriver à Lao Kaï vers 6h, l’arrêt est annoncé  bien plus tôt et nous nous trouvons débarquées au milieu de la petite ville à 4h30. Des petits troquets sont en train d’ouvrir et nous nous posons une heure, prenons un café avant de héler un taxi et partir vers la frontière, à deux kilomètres à peine de là. Nous attendons une heure  sur les marches du grand bâtiment  mais Justine ne s’en plaint pas, elle a déjà retrouvé sa connection internet chinoise ! A part une dame et son fils, nous sommes les premières et Justine s’adresse à elle en mandarin  pour se faire confirmer l’heure d’ouverture du poste frontière. Ce court échange me permet illico de me rendre compte  d’abord qu’elle  est bien plus à l’aise que lors de notre premier voyage il y a 18 mois, ensuite que les Chinois sont toujours aussi étonnés et contents  de voir un laowaï ( étranger) parler mandarin, j’assume  la fierté que j’en retire …

Nous sommes les seules personnes occidentales à traverser, passant à pied le pont qui matérialise la frontière : il est clair  que ce n’est pas un poste-frontière très fréquenté par les touristes ! Nous sommes néanmoins bluffées car il possède côté chinois un appareil  que je n’avais jamais vu : nous devons scanner automatiquement notre passeport, taper le numéro de visa et notre bordereau d’entrée et de sortie  sort  tout imprimé ! D’autre part, comme à Hong-Kong et probablement depuis la grippe aviaire, notre température corporelle est automatiquement contrôlée.

Pour le reste, tout est standard et rapide, et nous voici en Chine. Le premier chauffeur de taxi qui nous hèle est une femme, c’est symptomatique  du pays où  les femmes occupent tout type de travaux ( alors qu’au Vietnam et à Hong-Kong ,nous n’avons vu que des hommes) , et j’avais noté dans un article précédent qu’ au moins la révolution culturelle avait permis aux femmes  de s’affranchir des stéréotypes .En revanche  nous retrouvons tout de suite  la façon chinoise  très brutale et bruyante de s’exprimer !

Nous nous faisons amener à la gare routière, où bien évidemment tout est écrit en chinois  et où personne ne parle anglais :(je ne le redirai pas, ce sera comme cela partout maintenant !) , et dans la foulée montons dans un minibus qui part vers Yuanyang.

La première province que nous voulons visiter  au fil de plusieurs étapes est le Yunnan, qui est grande comme  les trois quarts de la France et  rassemble la plus grande variété  de climats, de paysages et de populations du territoire chinois. Rien que ça ! Tout à la fois de hauts plateaux karstiques, de  hautes montagnes sauvages qui culminent à 5000 m (nous n’irons pas !) ,  des vallées profondes et   des régions tropicales  participent à ce qui est un kaléidoscope encore relativement préservé des atteintes du modernisme. Quant à la population, elle représente aussi un cas à part puisque sur les  56 minorités ethniques officiellement reconnues, 25 se trouvent au Yunnan et en composent environ la moitié de la population.

D’ailleurs dans le minibus sont déjà installées des femmes parées de leurs  plus beaux atours ( coiffes multicolores, jupes et corsages plissés brodés de perles …) et tout  au long du voyage, nous en verrons monter et descendre, nous en apercevrons  dans les villages traversés et les marchés , aussi bien qu’à l’arrière de motos .D’autres femmes sont en jean, pantalon noir ,  ou habillées de façon plus moderne, sans que cela paraisse  lié à l’âge dans cette toute première approche que nous en avons.

Pour faire à peine 200 kms, le vieux minibus va bringuebaler pendant cinq heures, principalement sur de petites routes mais  en longeant une autoroute avec de beaux ouvrages d’art, autoroute surplombant la rivière qui va s’élargir petit à petit et qui, si je me réfère à ma carte succincte, serait le Fleuve Rouge. Plusieurs types de paysages vont se succéder ; d’abord sur des dizaines de kilomètres nous allons longer des collines  retravaillées et plantées «  en escargot » d’arbres saignés de façon hélicoïdale là aussi, afin d’en récupérer la résine et /ou l’écorce, je n’ai aucune idée  de ce que c’est .J’ai reconnu en revanche les immenses plantations de bananiers dont les régimes sont tous ensachés de bleu. Un poste de police se présente sur la route et toutes les pièces d’identité sont contrôlées, dont nos passeports amenés au bureau par  des soldats armés de mitraillettes. Nous croisons des villages poussiéreux et remplis d’immondices, quelques cultures maraichères, un barrage artificiel crée à un moment un joli plan d’eau, puis nous nous retrouvons dans une végétation tropicale, avec des bougainvilliers,  des papayers  croulant sous les fruits ,  des manguiers…L’ambiance est bon enfant dans le bus , les gens montent et descendent, rameutés dans les villages par la voix de stentor de l’accompagnateur qui gère places et argent, aide à charger les cageots de poules , ramasse pour un kilomètre gratuit deux  vieux messieurs  sur la route , fait s’arrêter pour le pipi d’un bébé …Ce rabatteur  essaie gentiment  de faire la conversation à Justine  mais l’accent du Yunnan semble très prononcé, elle  a un peu de mal ..A un moment, plusieurs femmes portant des parures magnifiques  agrémentées de pièces en argent, rubans …montent dans le bus avec une petite fille de 3 ou 4 ans, et le bus étant plein, je la prends sur mes genoux .Pas du tout effrayée, elle se laisse faire volontiers,  la grand-mère me sourit et  me « parle » , le ciel s’est dégagé, il fait très beau, et malgré  l’inconfort et  la fatigue , j’ai un moment de bonheur à serrer contre moi cette petite fille  ,dans ce bus local qui nous amène encore , espérons-le, vers d’autres expériences authentiques,  au son de la musique sirupeuse chinoise  ….

Puis on rencontre des conifères et en  le bus attaque  vraiment sa montée dans les montagnes, Yuanyang est à 1800 m d’altitude, le trajet n’en finit pas, d’autant que nous avons avancé notre montre d’une heure en gagnant la Chine, et c’est crasseuses, épuisées et mourant de faim ( car je n’ai  eu qu’un peu de chocolat depuis mes yaourts de la veille !)   que nous atteignons finalement notre étape . Au sujet de Yuanyang, 15 000 habitants au fin fond des montagnes,  le Routard a une jolie litote : » Même si Yuanyang n’est plus tout à fait le bout du monde, le voyageur occidental pourra s’y sentir  légitimement un peu perdu » !!! Il y a  comme partout pas mal de touristes chinois, mais nous qui n’aimons pas les hordes de touristes occidentaux, nous voilà servies, il n’y en a pas ! Nous trouvons un hôtel, sans internet fiable hélas,  et cher  ( 400 kuais soit 50 euros !) ,  nous dépêchons d’aller manger dans une gargote – la nourriture du Yunnan est réputée !-, prenons une bonne douche  et nous affalons sur nos lits …Demain, nous allons découvrir  les rizières en terrasses creusées et agencées depuis des siècles par les Hani …

Mercredi 5 Février : Yuanyang

Après une vaine recherche de café ou de quoi que ce soit qui y ressemble ce matin,  nous devons nous contenter d’acheter deux paquets de biscuits et une  bouteille d’eau  avant de partir en quête d’un moyen de transport.  Tout d’abord nous passons à la gare routière  dans l’intention d’acheter nos billets pour le seul bus journalier vers  Jianshui, à 16 h 30, mais on nous dit qu’ils ne seront mis en vente qu’à 15H.  Quant aux rizières en terrasses, nous faisons affaire,  après plusieurs contacts,   avec une conductrice pour 400 kwais , ce qui est encore bien cher  mais nous sommes venues pour les terrasses et avons bien l’intention d’en  voir le maximum en faisant le tour complet ! Nous ne serons pas déçues …En fait nous devons d’abord nous acquitter d’un droit de passage  dans un bâtiment d’exposition moderne – et  j’espère que les paysans touchent une partie de ce péage !-  , puis nous entamons le circuit proprement dit qui va nous enchanter pendant cinq heures . Depuis des siècles, la montagne a été entièrement sculptée et modelée  pour créer  des milliers de terrasses plantées de riz, c’est prodigieux ! Il a fallu  creuser sans relâche des bassins à l’horizontale, construire des milliers de digues en terre …Bien que  l’hiver ait été très sec et que les terrasses ne soient pas gorgées d’eau comme elles devraient l’être en cette saison, des points de vue plus beaux les uns que les autres s’enchainent ; l’un d’entre eux ouvre sur une perspective de 14 000 terrasses toutes connectées ….

Cerise sur le gâteau, c’est  jour de marché  dans un petit village que nous traversons  et nous allons y flâner une heure, découvrant une animation et  même une cohue surprenantes. Il ya le coin bazar, celui des vêtements, et le marché des fruits et légumes qui jouxte celui des animaux, les paysans du coin s’échangeant poules et porcelets noirs. Nous croisons beaucoup de touristes  aujourd’hui, mais des touristes chinois,   et pas de ceux qui prennent les vieux minibus : je n’ai jamais vu telle concentration d’appareils photos à 3000 euros et plus,  et on réalise  qu’une large frange de la population bénéficie  maintenant d’un fort pouvoir d’achat !

Ce que nous notons aussi, c’est que la plupart des femmes portent  leurs habits ethniques,  dans une débauche de couleurs  ravissantes. On reconnaît bien les Hani, avec des parures somptueuses teintes à l’indigo  et agrémentées de pièces en argent, de perles, de rubans , mais  il y a aussi d’autres types de costumes ( des sous-groupes ?), avec des  chasubles brodées et découpées sur l’épaule , des coiffes multicolores, des toques rondes, des chaînes d’argent …Certaines toques sont bleues, d’autres rouges, est-ce lié au statut marital ? Certaines jupes sont agrémentées à l’arrière de carrés multicolores brodés …Nous ne pouvons qu’admirer, sans  pouvoir appréhender les dimensions symboliques des parures chez ce peuple  polythéiste .Les Hani pratiquent le culte des ancêtres  mais vénèrent aussi le Dieu du paradis, de la Terre, le dragon, ainsi que les dieux de la Famille ….Qu’il serait intéressant d’en savoir plus !

Après cette balade enchanteresse sous un soleil radieux, nous déchantons lorsque revenues  juste avant 15h à la gare routière, on nous annonce sans cérémonie que tous les billets vers Jianshui ont déjà été vendus .Que faire ? Nous n’avons guère envie de rester  dans le bourg une nuit de plus , la queue derrière nous s’impatiente , on finit par nous  souffler ( crier plutôt, les Chinois parlent sans cesse comme s’ils se disputaient et c’est assez déstabilisant ! )

une autre solution : prendre un billet  vers une autre ville, dont le bus va partir dans 10 minutes, et enchaîner vers Jianshui. Nous n’avons aucune idée du trajet mais ce n’est pas le moment de tergiverser, on prend les billets, Justine prévient le chauffeur que nous devons aller récupérer les bagages, il nous crie  de nous dépêcher, nous courrons, escaladons nos trois étages et nous voici  parties pour  deux heures dans un vieux minibus bringuebalant, le frère de celui d’hier,  qui redescend la montagne ! Dans la plaine, on nous transfère dans un bus plus confortable, et à Gejiu, la ville intermédiaire, nous aurons finalement de la chance puisqu’un chauffeur  vient droit sur nous (oui, on intrigue : des centaines de Chinois… et nous !)  et s’occupe de nous faire éviter la longue queue ; nous  faisons scanner nos bagages, comme dans toute gare en Chine et  le bus vers Jianshui  démarre dans la foulée !

Il fait donc nuit lorsque nous arrivons  à notre destination finale, sans avoir rien réservé,  mais nous n’avons qu’à traverser la rue pour trouver un hôtel. Nous découvrons ensuite que nous sommes dans le quartier chaud car plein de filles sont en vitrine lorsque nous sortons manger, et on réalise pourquoi il y avait des cartes pour des call-girls ainsi que des préservatifs (bravo pour l’effort !) sur la table de nuit, mais l’hôtel est tout à fait correct, et s’avèrera très calme,  la chambre est spacieuse, la wifi fonctionne , tout cela pour 100 kuais, j’aimerais en trouver comme ça tous les soirs !

Nous sortons  donc manger, car  ceux qui suivent auront noté que nous n’avons encore rien mangé depuis le matin !  Juste un peu de street food mais jamais nouilles frites et brochettes de mouton n’auront eu goût plus délicieux….

Jeudi 6 Février/ Jianshui

Il fait encore un soleil magnifique lorsque nous nous réveillons et pulls et manteaux n’ont pas de raison d’être …Je déciderai en fin de journée que c’est pour cela que ma valise est de plus en plus  lourde, et non  bien entendu à cause de mes achats !

Mais ce matin,  nous avons du temps et nous décidons de chercher un café. Le taxi  qui nous amène vers le temple de Confucius  nous fait passer devant une espèce de petit bar ouvert sur la rue qui propose thés et cafés, pas loin une pâtisserie   a des étals de langues et chat et  tuiles aux amandes qui me font de l’œil : voici enfin un petit-déjeuner  qui commence bien la journée ! Jianshui n’est pas comme je le croyais la ville natale de Confucius mais c’est là que furent déportés  en 1825 des membres de la famille impériale, cultivés mais donc déchus de leurs droits et pour lesquels  le temple de Confucius, symbole de culture ancestrale, représentait  un symbole fort d’identité culturelle .C’est le deuxième plus grand temple qui lui est consacré en Chine .Il s’étend en effet sur huit hectares, et comporte de majestueuses portes , de beaux jardins, une pièce d’eau dans laquelle se reflète une pagode , c’est une visite très agréable . Dans le dernier pavillon, trône une grande statue de Confucius lui-même,  visiblement très vénéré et entouré de belles représentations en bois polychromes des  gardiens de la famille .Nous avons en plus la chance d’assister à un petit concert dans l’enceinte du temple ; une quinzaine de musiciens  habillés de façon traditionnelle interprètent sur des instruments anciens  quelques airs  lancinants appartenant sans doute au patrimoine culturel du Yunnan.

Dans les jardins  se trouve comme souvent un petit auvent où pendent des centaines de planchettes de bois nouées par un ruban rouge, ce sont les planchettes des vœux offertes aux dieux, aux sages, aux forces positives, qui sait ? Justine et moi  ressentons l’envie d’écrire un vœu, donnons notre obole  et allons accrocher notre missive chacune de notre côté….

Nous trainons un peu dans le centre pour trouver notre destination suivante, les jardins de la famille Zhu. Cette appellation  recouvre une résidence cossue  construite à la fin du XIXème siècle et s’étend sur deux hectares de somptueux jardins, de kiosques d’agrément, de pavillons d’habitation  reliés par pas moins de 40 cours intérieures …Certains  pavillons abritent  de petites échoppes de fausses mais ravissantes  antiquités. Comme souvent, un gracieux pavillon de bois se reflète dans une pièce d’eau .Une intéressante exposition de photos  retrace l’histoire des membres les plus illustres de la famille  Zhu , histoire se confondant avec la grande Histoire  dans laquelle, en témoignent plusieurs images atroces, la lutte avec le Japon tient une place  prédominante …Nous allons ensuite manger , mais  la cuisine du Yunnan est très épicée, aïe c’est frustrant de devoir   très vite abandonner nos plats et il faudra la prochaine fois y penser en commandant …Puis nous nous promenons tranquillement dans le centre historique et découvrons une ville délicieuse ! Autant au premier abord, elle ressemble à toutes les villes chinoises, avec  leurs immenses avenues remplies de buildings sans charme, autant le centre a su conserver un cachet propre, avec  des rues pavées, des maisons  à un ou deux étages aux toits en pagode , aux tuiles vernissées, aux multiples ornements de bois.. Mais rien à voir avec le côté figé d’une reconstitution, les rues sont très vivantes, les rez-de-chaussée (premiers étages en Chine) abritent des boutiques modernes, principalement de prêt-à-porter, de chaussures, de cosmétiques, et tout le monde déambule comme dans la plus commerçante de nos rues piétonnes. Nous entrons dans quelques boutiques, essayons  des vêtements…Je gardais le souvenir d’une mode avec beaucoup de fanfreluches et découvre de jolis articles , très bien coupés .Justine s’achète un jean, moi quelques tee-shirts ; nous craquons aussi pour des bricoles, bracelets, boucles d’oreilles ….Puis nous allons nous renseigner sur les modèles de téléphone  chinois, dont certains n’ont rien à envier aux marques  les plus réputées occidentales…Cela fait longtemps que j’ai envie d’un modèle acceptant deux cartes sim, concept qui n’a jamais eu de succès chez nous. Les prix sont très intéressants ; bon, nous verrons .Pour le moment, je me contente de prendre une puce locale afin d’avoir un numéro chinois, c’est très très laborieux. Tout est si contrôlé  que fournir la copie de son passeport ne suffit plus  depuis de nouveaux règlements ; le côté amusant  est que tout règlement trop rigide produisant des résultats inverses, le gérant  après quelques essais infructueux sur son ordinateur me propose d’utiliser  la carte d’identité de quelqu’un d’autre pour mon numéro…Nous n’en saurons pas plus, après une petite heure j’ai un numéro chinois comme  peu ou prou un million d’individus dans le monde !

Etant sorties du centre historique, nous déambulons ensuite un peu pour chercher la mosquée et le quartier des Hui, les musulmans chinois, mais autant à Xian le quartier était commerçant et incroyablement animé, autant  il a peu d’intérêt ici, et nous avons déjà bien agréablement occupé notre journée, donc nous  rebroussons chemin.. Nous n’hésitons pas à prendre des taxis, le forfait de départ est à 4 kuai ( 50 centimes d’euro) alors qu’il est par exemple à 11 à Hangzhou.

Nous nous détendons un peu à l’hôtel et Justine essaie  de mettre un VPN sur mon ordinateur,  en effet Facebook, Youtube, et même mon blog qui n’a pourtant rien de pernicieux sont bloqués en Chine .J’avais tenu pour acquis que le VPN installé il y a deux ans fonctionnerait, mais que nenni et je suis donc punie ! En fait je m’en moque un peu ! Je trierai mes photos au retour puisque  le processeur de mon vieux notebook est complètement obsolète face au logiciel que j’utilise, en revanche je vais tâcher d’être disciplinée et écrire le compte-rendu chaque soir, sinon je sais que je ne le ferai pas …

Nous mangeons  dans la rue au même endroit, en face de l’hôtel, mais  n’avons toujours pas pensé à demander moins épicé….

Vendredi 7 Février :Jianshui et alentours- Kunming

Nous avons prévu aujourd’hui deux visites dans les environs de Jianshui, mais tout d’abord nous retournons  faire exactement le même petit-déjeuner que la veille ! «  C’est à la présence ou pas de cafés que l’on  sait s’il y a des expatriés ou des étudiants dans  une ville «  analyse Justine , et de fait nous quitterons Jianshui sans avoir croisé le moindre occidental ! Puis nous prenons deux bus locaux pour nous amener dans un petit village  situé à seulement 13 kilomètres,  et si le prix de chacun bat toute concurrence ( 1 kuai), il nous faudra quand même une heure et demie pour arriver !  A un moment, le minibus est bondé et un vieux couple,  dont le monsieur est vraiment très âgé et  de plus  chargé  d’un gros sac, y  monte : je propose  d’un geste mon siège à la dame qui refuse, ok elle n’a peut-être pas compris .Justine propose en chinois  le sien au monsieur, idem. Aucun enfant assis n’a bougé. Nous savons depuis Pékin, où dans le métro bondé Amélie s’était levée pour laisser sa place à une dame âgée… qui y avait fait asseoir sa petite- fille ,  que les Chinois n’ont pas la même perception que nous  sur ce sujet mais je continue à en  être gênée .

Dans le village de Tuanshan, nous découvrons la résidence de la famille Zhang, qui s’apparente plutôt à un village car couvrant un hectare et comportant de belles demeures ainsi qu’un temple .Si elle fut bâtie par un riche marchand enrichi grâce au sel à la fin du XIXème siècle, cette belle enceinte sillonnée d’un dédale de ruelles pavées  accuse aujourd’hui les effets du délabrement et pourtant  a gardé beaucoup de charme. Nous n’y croisons presque personne   mais  à un moment, je retrouve Justine en grande conversation avec un petit garçon et son père .Elle me dira que l’enfant  interrogeait son père «  D’où est-elle ? demande –le lui, papa «  et que celui-ci répondait «  Mais non, elle ne comprend pas «  jusqu’à ce qu’elle prenne la parole….Ce sont ces instants de  partage, même ponctuels, même brefs, qui me manquent  dans ce voyage . Nous ne passons certes pas inaperçues et la culture chinoise fait que les gens parlent de nous  sans aucune gêne en notre présence,  nous montrent du doigt, se collent sous notre nez  lorsque nous nous attablons dans les troquets de rue … ; cela lasse Justine qui vit dans ce contexte depuis deux ans, mais moi, cela me frustre surtout …

Après la visite de l’ancienne résidence, nous chartérisons un minivan pour nous ramener à Jianshui en faisant un détour par un joli pont appelé  pont  du Double dragon ou pont aux 17 arches.  Il a une jolie tourelle en son milieu et  enjambe le  confluent de deux rivières .Nous y croisons des femmes qui épluchent d’immenses tas de rhizomes boueux .Justine  se renseigne sur leur nom, c’est du sanqi,  une plante de la même famille que le gingembre, utilisé dans la médecine chinoise come anti-coagulant.

Revenues à Jianshui, nous apprenons  que le prochain bus ayant des places vers Kunming  part à 18 h et que c’est un bus couchettes, pourquoi pas, cela sera plus confortable. Cela nous laisse  deux heures pour  refaire un petit tour  en ville et nous laisser tenter par quelques bricoles ! Nous en profitons aussi pour  faire cirer nos chaussures qui en ont bien besoin après tant de chemins poussiéreux  .Une dame en grand habit ethnique est fascinée par le spectacle  et reste à nos côtés  sans nous quitter des yeux….j’aime ce partage d’exotisme !

Le bus n’est pas  un modèle grand luxe, l’espace est si limité qu’il faut un certain temps pour que tout le monde s’installe. Nous sommes au fond parmi  les 4 couchettes mitoyennes, ça fait  plutôt sous-marin  mais cela me permet au moins  d’utiliser un peu mon ordinateur puis de lire. En chemin, le bus s’arrête  dans un troquet pour que les gens aillent aux toilettes, et là, eurêka, nous retrouvons la spécificité chinoise qui avait tant horrifié Amélie : les toilettes collectives ! Eh oui, le côté femmes propose  plusieurs places  à la queue-leu-leu, sans portes et justes séparées par un demi –muret .Parfois d’ailleurs, il n’y  pas de muret ! Justine file toujours à la place la plus éloignée car me dit-elle, «  Vu la conception chinoise de vie privée ( de non-vie privée, en fait !) , les femmes seraient tout-à-fait capables de passer en nous examinant sous toutes les coutures pour vérifier que nous sommes faites pareil » !!!

Après 4 h de route, dont une partie sur autoroute, le bus nous lâche assez loin de la ville même de Kunming , dans une  des quatre immenses gares routières qui la desservent . Ce n’est pas l’idéal pour négocier le taxi, d’autant que nous ne savons pas trop dans quel coin se situe l’hôtel que j’ai réservé hier sur booking.com. Nous partons finalement avec une chauffeuse  , plus par solidarité que par crainte, car la Chine est un pays excessivement sur ; si les gens peuvent sembler sans –gêne selon notre culture, nous savons en revanche que nous ne risquons rien .Le trajet jusqu’ ‘à l’hôtel est  bien long et  il est évident tout de suite que nous avons changé de monde .Après la Chine ancestrale, la Chine moderne :  rocades interminables, ponts autoroutiers  s’entremêlant, tours gigantesques, écrans plasmas s’étirant  tout en scintillements sur des immeubles de quinze ou vingt étages…Il est vrai que Kunming est la capitale   du Yunnan, province grande comme les trois-quarts de l France ! Vers 23 h, bien fatiguées, nous sommes dans notre hôtel, simple mais  convenable  pour  20 euros la nuit . Cela sera parfait pour trois nuits, le petit-déjeuner est d’ailleurs compris, mais de quel type ?  Ce sera la surprise !

Samedi 8 Février : Kunming

Eh bien, c’est soupe aux nouilles, et un peu soupe à la grimace pour un petit-déjeuner typiquement chinois ! Nous donnons ensuite du linge à laver dans une blanchisserie .Paradoxalement la température est bien plus fraîche que dans les montagnes  et il y a d’ailleurs un petit radiateur électrique dans la chambre, mais le ciel est bien bleu  et l’air très peu pollué. Nous prenons un taxi  car les distances sont grandes, la ville très étendue et nous ne nous déplacerons qu’en taxi, pour aller vers le parc du lac Emeraude. S’il est plus pollué qu’émeraude, ce lac aménagé de nombreuses ïles reliées par des ponts de bois les unes les autres, offre de jolies perspectives, avec ses coquets pavillons de bois, ses saules  couverts  de leurs premiers bourgeons et ses parterres de tulipes .C ‘est visiblement un lieu de promenade très prisé, il y a beaucoup de familles et de passants, et si nous y croisons quelques adeptes du taï-chi , le spectacle le plus étonnant est celui de  ces  milliers de mouettes qui viennent hiverner  ici , lorsqu’ ‘elles s’ébranlent en vols serrés  et saisissent au vol les boulettes de pain  que la foule leur tend .

Puis nous marchons jusqu’au  temple Yuantong qui porte aussi le joli nom de temple de la Compréhension  de toutes Choses,  c’est un temple ravissant , situé  au pied d’une colline dans un jardin paisible . Un chemin d’accès descend doucement vers un plan d’eau, et au milieu se dresse le traditionnel pavillon. Celui-ci est dédié à Guanyin, le bodhisattva de la Compassion sous des traits féminins. Les couleurs rouge,  bleu marine et turquoise  des avancées de toitures enrichies de motifs dorés créent un très beau tableau,  et nous ne regrettons pas notre visite bercée par des mantras  harmonieux.

Nous gagnons ensuite en taxi le marché aux fleurs et aux oiseaux , qui se tient dans un espace piétonnier dans ce qui fut un des derniers quartiers  authentiques de Kunming .Nous y voyons peu de fleurs mais énormément d’animaux : des lapins nains et des souris, des centaines  d’aquariums  remplis  de toutes sortes de poissons ( le rez-de-chaussée d’un bâtiment est entièrement consacré aux poissons ), et des milliers, oui, des milliers de tortues , rangées par tailles dans des caisses , dans une promiscuité assez répugnante . Ce ne sont pas des tortues terrestres, mais uniquement marines, donc carnivores  et j’imagine les dégâts qu’elles peuvent causer  dans l’écosystème, mais je crois que sur ce marché  ce sont elles qui sont destinées à passer à la casserole..J’en ai même vu d’un type que je ne connaissais pas, avec des pics sur la carapace et que j’ai trouvé horrible, autant que la mata-mata de Guyane !

Mais le marché comporte aussi de petits stands  sympathiques de bijoux, de produits ethniques, et nous finissons notre  balade par le spectacle du marché aux oiseaux, avec des perroquets, des perruches, et des dizaines d’hommes  (on sent que c’est en Chine une passion d’hommes ! ) observant et  marchandant  leurs oiseaux , ceux-ci sont dans de jolies cages en bambou, toutes différentes.  Si j’avais de la place, je ramènerais bien des cages, même si bien sur je n’y mettrais jamais d’oiseaux ! Détail amusant : un enregistreur répète  en boucle aux oiseaux «  Nihao » (bonjour) pour qu’ils l’apprennent !

Un Mc Do  se présente sur notre route  lorsque nous sortons du marché et nous ne résistons pas : il n’y en avait pas au Vietnam (je viens de lire que le premier a ouvert ces jours-ci à Ho Chi Min Ville)  et après tout c’est agréable de temps en temps de trouver des WC avec du papier toilette ! Puis nous décidons  d’aller dans les environs de Kunming visiter un  autre temple noté trois étoiles, afin de pouvoir  voir demain la forêt de pierres de Shilin et quitter la ville après-demain : notre programme est dense et les mégalopoles ne sont pas réellement notre tasse de thé .Par exemple, nous n’irons pas flâner dans le « Kunming du XXIème siècle «, toutes ces villes hypermodernes se ressemblent et puis, quel intérêt après avoir vu Shanghai ?

Nous partons donc vers  le temple d’Or, qui se situe sur une colline à l’extérieur de la ville et prenons pour ce faire un bus local, avec pas mal de difficultés. Certes le Routard est d’une aide précieuse  car il indique les numéros des bus à prendre, mais  par rapport à l’hyper centre ;  d’autre part  les distances sont énormes dans une ville si étendue et les carrefours  à rejoindre sont tellement gigantesques que trouver le bon arrêt et la bonne direction ( côté nord  par exemple) est une gageure ! Finalement nous arrivons au temple  et grimpons  de nombreux escaliers en compagnie d’une foule et à  à travers un joli  bois  avant d’atteindre les trois portiques monumentaux,  autrefois couverts de feuilles d’or, qui auraient donné son nom au temple. Partout des petits stands et une ambiance de kermesse, il est vrai que nous sommes samedi .C ‘est aussi un peu la cour des miracles, avec des éclopés et handicapés de toutes sortes ; c’est la première fois que nous voyons tant de mendiants autour d’un temple.

Après une journée si remplie, nous sommes bien contentes de rentrer à l’hôtel  mais nous ressortons en soirée pour manger  dans un restaurant coréen ; on choisit un hotpot, et même si ce n’est pas le même type de fondue chinoise que nous connaissons, avec tous les petits morceaux à tremper dans le bouillon parfumé, c’est bien apprécié quand même !

Dimanche 9 Février : Shilin

En rentrant hier soir, nous avions repéré tout près de l’hôtel  un restaurant tout simple mais proposant des plats occidentaux , et c’est là que nous prenons un petit déjeuner énergétique avec yaourt, fruit et muesli pour accompagner notre café au lait .Puis, pour gagner du temps, un taxi nous amène à la gare de l’Est située à une dizaine de kilomètres de Kunming , d’où nous prendrons un bus  vers Shilin .La gare est d’une taille impressionnante, avec plusieurs étages, des galeries marchandes , elle est bondée, et il y a des files d’au moins 30 personnes à la vingtaine de guichets  mais la Chine est habituée à gérer  d’importants flux de population et tout est bien régulé et canalisé .Comme Shilin, ensemble de pitons rocheux karstiques classé par l’Unesco, est un des sites les plus touristiques du Yunnan, il y a des bus  en continu et nous n’avons pas à attendre une fois notre ticket en poche. Après une heure de trajet par une autoroute, nous voilà sur le site lui-même  où d’immenses bâtiments  d’accueil attendent les visiteurs. Nous ne sommes effectivement pas les seuls ! Sourire complice en arrivant avec une touriste occidentale égarée comme nous au milieu d’une marée humaine  asiatique… (en fait, nous croiserons deux autres couples ensuite). L’entrée est relativement chère, 175 kuai soit plus de 21 euros, mais comme souvent Justine avec sa carte d’étudiante  a un tarif réduit. Nous découvrons ensuite que l’entrée du parc est à 3 kilomètres, et qu’il faut encore payer 25 kuai pour bénéficier d’un transport  jusqu’ à l’entrée en longue voiturette électrique, ce billet  donnant droit aussi à un tour du parc. Nous remarquons les  guides en habits traditionnels, différents de ceux de Yuanyang : couleurs rose et noir, toques argentées, pantalons brodés de couleurs vives à partir des genoux, guêtres…Cet habillement me semble ressembler davantage à ceux de certaines tribus du Nord de la Thaïlande, les Akas peut-être ?

La forêt de pierres, shilin en mandarin, couvre approximativement 26 000 hectares mais seuls 80 hectares sont ouverts au public, composant un étrange labyrinthe de formes étranges et ciselées. On a déjà vu des formes semblables dans les Causses, le Haut Var,  dans l’Isalo à Madagascar, en Cappadoce même si je pense que le type de pierre  y était  différent, mais là certains pitons  rocheux font  plus de trente mètres ! Tout est balisé, des panneaux explicatifs en anglais  détaillent  la formation géologique du site, et renvoient vers les formes  les plus anthropomorphiques , aux noms poétiques : rhinocéros contemplant la lune, femme attendant son époux, cygne regardant au loin …Pendant  plus de cinq  heures, et sous un soleil radieux, nous allons parcourir le site à travers le dédale de pitons rocheux  .Toute la partie ouverte est ceinturée  par une route bétonnée , mais de multiples  chemins la  traversent aussi de part en part  , et à notre grand plaisir, nous n’y croisons quasiment personne ! En fait nous réalisons  que la visite  consiste pour l’immense majorité des gens  à faire le tour sur la route principale  et à mitrailler ,depuis les  navettes électriques qui se suivent à la queue leu leu, les rochers avec leur appareil ou leur téléphone ….Je n’aime pas généraliser  mais nous avions déjà remarqué cette tendance des Chinois à peu marcher .Sur les milliers de personnes qui étaient en même temps que nous sur le site aujourd’hui, nous avons du en croiser cinquante au maximum  sur les chemins transversaux ,  chemins eux aussi bétonnés  et aménagés comme toujours en Chine , attention, on n’ est pas là dans la randonnée sauvage !

En s’éloignant un peu, on voit qu’une partie du site est cultivée ; ce sont à priori des plantations de l’arbre produisant les «  fraises de Chine » .Les terrains sont rocailleux,  nous croisons sur notre route des conifères et même tout un petit bois de mimosas en fleurs….il ne manque plus que le chant des cigales pour se croire en pays méditerranéen …Au final, une superbe balade ,  surement des courbatures demain et, sans surprise un coup de soleil pour toutes les deux !

En arrivant à 20 heures à Kunming, nous allons tout de suite récupérer notre linge propre, puis nous offrons un repas au même petit restaurant que ce matin. Tandis que Justine  se régale de pâtes au pesto, je prends une pizza fromage, avec le fromage de chèvre du Yunnan, c’est fort bon !

Lundi 10 Février : Kunming-Dali

Voilà une journée sans grand intérêt, il y en a ! Nous voulions ce matin visiter le musée des minorités du Yunnan, mais découvrons juste avant de partir qu’il est fermé le lundi .Donc nous trainons un peu, exportons des photos,  refaisons nos sacs, avant de prendre un taxi vers la gare de l’Ouest. Là, même topo que l’autre jour, une femme nous emmène tout de suite dehors , vers un bus qui part tout de suite vers Dali, notre prochaine destination .Nous avons évité les longues listes d’attente, mais probablement pas bénéficié de la meilleure compagnie : le bus est vraiment  vieux et sale ….Cinq heures de voyage avant d’arriver à Xiagan, qui est la capitale de la préfecture de Dali, à 14 kms de la vieille ville de Dali  vers laquelle nous  repartons illico …Un moment de galère à tourner avec tous nos bagages pour trouver la guesthouse …En revanche, celle –ci, que j’ai réservée hier soir, est vraiment agréable et confortable. Elle est tenue par un Australien et on y trouve tous les petits tuyaux et services qui rendent le voyage plus facile …et même des couvertures chauffantes dans les lits ! Il fait en effet bien plus froid, et après avoir  mangé quelques brochettes et nouilles dans la rue (  des gros vers blancs étaient proposés  mais ne nous ont pas tenté) , nous apprécions de nous mettre  dans la cour  autour d’un brasero…Nous y buvons  gin-tonic et mojito  bien mérités tout en admirant les étoiles….

Mardi 11 Février : Dali

Un bon petit-déjeuner avec un latte caramel et du pain fait maison avec miel et beurre, ça fait plaisir ! Justine innove avec des toasts au fromage( de chèvre ?)  fondu, c’est une production locale . Il fait plus froid ce matin, 8° seulement. La guesthouse propose plein d’activités et d’excursions et nous décidons de partir pour la journée  et pour un tour du lac incluant la visite de plusieurs villages. En effet Xiagan et Dali se trouvent sur les rivages du lac Erhai, un grand lac de  42 kms sur 6, en forme d’oreille. Le lac est entouré de montagnes, de collines et de rizières qui descendent en pente douce vers ses berges, et le tour nous permet de voir que ses riverains vivent encore d’une façon très  rurale et traditionnelle, notamment de la pêche et de la pisciculture. Nos compagnons de voyage sont très agréables, ce sont un étudiant en médecine espagnol  et un architecte né en Chine mais habitant depuis 8 ans à New-York, qui  va  donc nous faire  les traductions, c’est bien pratique !

Nous commençons par la petite ville de Xizhou, au bord du lac,  bourgade pittoresque et très vivante, avec beaucoup  d’éventaires en plein air. C’est l’ethnie Bai qui vit dans la région de Dali. Comme les Mongols, ils  traient les vaches, consomment leur lait et font plusieurs sortes de fromages. Sur le marché,  le fromage  de chèvres  est conditionné et vendu en longues bandes,  il y a aussi de bons petits pains fourrés de lardons et de ciboulette ! Nous visitons une maison traditionnelle bai, un peu délabrée mais dont les propriétaires sont adorables..  Que je voyage seule avec Justine préoccupe les vieux Chinois, ce n’est pas la première fois qu’on lui demande où est le papa ! L’autre jour on lui a dit  textuellement qu’il fallait me trouver un homme pour que je sois plus heureuse ! Ensuite  le chauffeur nous emmène visiter une fabrique de batik, il y a de jolies choses  avec des motifs blancs sur fond d’indigo, j’admire les centaines et centaines de petits nœuds …Puis  nous décidons  tous les quatre de rajouter un arrêt pour assister à  la pêche avec les cormorans, sur laquelle nous sommes plusieurs à avoir vu un reportage, et qui se pratique dans le lac..Les pêcheurs  mettent en effet dans la gorge des cormorans un petit dispositif qui les empêche d’avaler les poissons qu’ils attrapent, en revanche  les oiseaux sont récompensés lorsqu’ils ramènent leur butin aux pêcheurs et ils pêchent donc pour ceux-ci. Las,  la soi-disant découverte est vraiment un attrape-touristes : ramant  parmi une dizaine de bateaux de touristes chinois  en gilet orange,  nous verrons en tout et pour tout  mais de très loin un cormoran ramener un poisson, et si la balade sur le lac est agréable, ça ne vaut pas du tout les 90 kuai  du ticket. En y réfléchissant, c’est d’ailleurs la seule fois où nous avons le sentiment de nous être faits avoir  en Chine, où les prestations sont plutôt sérieuses. Mais la journée continue d’une manière très agréable, avec un grand soleil, de très jolis paysages, le pique-nique pris à l’ombre d’un temple  où nous voyons des fidèles préparer le sacrifice  d’une poule. Notre dernier arrêt nous permet d’admirer une jolie pagode sur une petite  île, des centaines de mouettes y sont rassemblées  et tout autour  des femmes font frire   crevettes et alevins sur des braseros de fortune, (cela me rappelle le lac Titicaca !) ainsi que des omelettes aux crevettes, je me laisse tenter ! En rentrant vers 17 h, nous voyons quelques rares  courageux qui se baignent dans une partie du lac aménagée, je n’ose imaginer la température … ;

Comme demain nous partons crapahuter dans les montagnes  avant de reprendre un bus en soirée, nous n’avons que la fin de journée pour découvrir la vieille ville de Dali et donc nous repartons tout de suite  à pied : quelle belle ville , très joliment restaurée et préservée, derrière ses  vieux remparts  de pierre grise et ses  quatre grandes portes traditionnelles …Les ruelles pavées sont bordées  d’élégantes maisons basses , toutes les toitures sont en  ailes d’hirondelles. Bien sur c’est très touristique,  et on va d’une échoppe à l’autre, dans les multiples couleurs des productions des minorités  , mais la ville a conservé son charme et nous nous y promenons  avec grand plaisir avant d’y manger  quelques nouilles frites .Puis  retour à notre  guesthouse où  nous achetons le billet de bus pour demain soir .Finalement, nous nous offrons un verre à nouveau avant de nous occuper de nos photos et récits .

Mercredi 12 Février :Dali-Lijiang

Qu’il est agréable de dormir sous nos couvertures chauffantes ! Cela ne nous a pas empéché d’entendre les rafales de vent cette nuit …Aujourd’hui nous avions prévu de faire une agréable randonnée  dans les montagnes Cangshan, qui dominent la région de leurs 4122 mètres. Nous devions pour cela prendre un bus puis un mini van pour rejoindre un temple , faire une première grimpette pour atteindre un sentier  empierré suivant la montagne pendant dix kilomètres avant de redescendre à un autre endroit par une télécabine .Malheureusement lorsqu’après notre  petit-déjeuner , nous  voulons prendre les tickets, la télécabine est arrêtée à cause du vent …Ce sont les impondérables des voyages ! On décide  donc d’avancer notre départ vers Lijiang, et  16 h 30 étant l’heure du premier bus ayant encore des places, nous repartons  nous promener à Dali. Cela ne fait que conforter notre plaisir à découvrir  la ville , décidément charmante,  et on en profite aussi pour prendre le temps et faire des trucs de filles, une manucure, des atebas pour Justine …Puis on retourne manger à la guesthouse, s’y poser un peu, discuter à droite et à gauche, ça fait du bien aussi …Le bus est comme l’autre jour très simple , avec des dossiers fixes et bien raides, alors  que j’avais pris le « bus de luxe  » mais pour trois heures,  c’est supportable. Les paysages entrevus sont essentiellement ruraux, et les montagnes nous entourent de toutes parts  tout au long du voyage. Lijiang semble enfin apparaître comme au milieu de nulle part .Avec ses 2400 mètres d’altitude il y fait encore plus frais  lorsque nous arrivons à la nuit. Première déconvenue : le premier chauffeur de taxi, aimable comme une porte de prison,  nous  éjecte de sa voiture alors que nous  y avions déjà mis nos bagages, sans que Justine puisse réellement comprendre pourquoi .Les accents  en Chine sont si prononcés que tous les programmes de la télévision sont en permanence sous-titrés en chinois afin que toutes les provinces puissent les comprendre ! Le deuxième chauffeur de taxi  est plus avenant et explique  que les véhicules sont interdits de nuit dans la vieille ville, il va nous poser à une de ses  entrées. Nous faisons donc un kilomètre à trainer nos bagages sur les pavés cahotants  et c’est assez fatiguées et  excédées que nous arrivons à notre hôtel, une ancienne maison naxie aménagée et tenue par une gentille famille. Côté logement, c’est bien mieux  cette année qu’il y a deux ans où nous avions des difficultés à trouver des chambres triples ; pour le moment j’ai  trouvé  sauf à Yuanyang des chambres confortables à moins de 20 euros .Celle-ci offre même un petit-déjeuner continental, nous verrons demain  ce qu’il en est !

Notre traversée de la vieille ville  nous ayant néanmoins permis de constater  sa beauté et son animation, nous décidons tout de suite de ressortir ! Là aussi, comme Dali, quelle ville merveilleusement restaurée  (après le grand tremblement de terre  de 1996) et attractive ! Nous verrons mieux demain mais apprécions déjà l’animation …Partout  des restaus que je n’ose qualifier d’occidentaux, les touristes étant tous chinois, mais  de jolis restaus disons,  partout des bars avec de la musique…Et pour nous réconforter de notre difficile transfert, nous nous offrons de sushis  dans un restaurant japonais, avant d’aller plus loin écouter de la musique en live avec un cocktail…C’est comme souvent ici très sirupeux  et romantique  mais j’aime bien…Rentrant  vers 23 h, nous nous arrêtons  dans plusieurs agences de voyages, encore toutes ouvertes, afin de nous renseigner  sur le trajet vers Chengdu, notre destination du Sichuan. Personne ne parle un mot d’anglais, mais on nous explique dans trois agences que contrairement aux notes du Routard, il n’y a pas de bus vers Chengdu car il faut traverser des montagnes très élevées, et que donc la seule solution est l’avion, à 1000 kuai…Aïe, problème :en dernier moitié  de voyage, nous avons bien plus que les 20 kilos de bagages autorisés …Cela m’interroge quand même car le guide  bien  que datant de 2011-2012 est généralement fiable, d’autre part notre hôtesse vient de nous dire que  randonner dans les gorges du Tigre n’est pas possible sur deux jours, alors que nous savons  de façon certaine que l’Espagnol l’a fait très récemment , donc on  ne peut que se demander  si les renseignements donnés  sont bien objectifs ….C ‘est un peu ennuyées quand même que nous nous glissons sous nos couvertures chauffantes !

Jeudi 13 Février :Lijiang

Le petit-déjeuner  est une bonne surprise : petite salade de crudités, œuf  poché et bacon, pour accompagner le café au lait et les toasts. Malheureusement je n’y fais guère honneur car je me sens assez barbouillée, probablement les sushis crevettes  car Justine qui n’avait pas pris ça est en pleine forme !En sortant de l’hôtel, nous  nous arrêtons tout de suite à une agence et là, bingo , le gérant nous annonce qu’il y aurait bien un bus pour Chengdu .Il en profite pour pousser son avantage en essayant de nous vendre un tour d’un jour  vers les gorges du Tigre , avec  selon le fonctionnement local cohortes de Chinois disciplinés, guide à mégaphone et petit drapeau …Amélie et moi  avions choisi de faire cette expérience en conscience lors de notre première approche de la Grande Muraille, et je ne regrette pas, c’était vraiment drôle , mais là ce n’est pas du tout ce que nous voulons..Nous prenons donc un bus local pour  aller à la gare routière, et là  c’est confirmé, ce bus  journalier avec départ  à 13 heures existe bel et bien, c’est un bus-couchettes mais sans WC  et  il rejoint Chengdu pour 330 kuai   et ….  en 24 heures !! Là nous prenons quand même  le temps de nous concerter ! Je crois que même  à Madagascar il y a 22 ans, en Bolivie  avec le bus 4×4, ou en Pérou  l’an dernier  avec Charlotte   je n’ai jamais  fait aussi long ! Finalement, après avoir soigneusement choisi nos couchettes  en évitant le « sarcophage » du fond, nous achetons nos billets pour dimanche 16. Le sort en est jeté ! Cela nous laisse deux jours pour marcher dans les gorges du Tigre, et nous prenons donc également les billets qui nous permettront  demain matin de rejoindre Quiatou en deux heures.

Une bonne chose de faite…ou pas : nous verrons ! En tout cas ce trajet de dimanche sera une expérience !

Il est temps maintenant d’aller nous promener dans la vieille ville de Lijiang, et nous découvrons avec le soleil mais l’air vif des  montagnes une vieille ville pleine de charme et de caractère, un dédale piétonnier de ruelles tortueuses bordées de vieilles maisons basses … Des petits ponts de bois enjambent les nombreux petits canaux qui irriguent ce centre historique, canaux non navigables  comme à Zhouzhang mais qui donnent néanmoins un caractère unique à la ville .Soyons clairs, c’est très très touristique, on se croirait au Mont Saint Michel ou à Saint Paul de Vence, les rues  pavées et piétonnes ne sont qu’une succession  de boutiques de mode, de magasins de musique avec  de jolies filles jouant des tambours, d’échoppes d’artisanat  dédiées essentiellement aux minorités, de restaurants et bars, mais  l’ensemble est joli et de bon goût et pour nous cela reste très « exotique », on a du croiser quatre ou cinq occidentaux ! Malgré l’affluence, nous découvrons en quittant les voies principales de petits quartiers bien plus tranquilles, et même  un vrai marché de fruits et légumes tout ce qu’il y a de plus authentique . A la surprise et au ravissement de Justine, elle y trouve du jambon de pays  local dont elle se fait couper une tranche ! Pour le reste, on trouve fraises, ananas, pommes et mandarines, aussi bien que canne à sucre et raisins, et quantité de légumes locaux . Les jolies perspectives du marché sont dominées par les  5600 mètres enneigés de la montagne du Dragon de Jade….A dix minutes de marche de la vieille ville, nous allons ensuite faire la photo classique  d’un joli pont et de ses arches se reflétant dans l’eau  claire d’un étang, toujours sur fond  de sommets enneigés . Des cochons de lait sont en train de rôtir sur des grilles, c’est un met  de la région. Je préfère jouer la prudence pour être en forme demain et me contente d’un Coca au Mc Do ! Puis nous marchons  vers le musée Dongba qui présente la culture naxi, celle-ci nous semblant vraiment digne d’intérêt. Lijiang  est en effet la capitale du pays naxi, «  une  minorité ethnique très particulière,  aux traditions anciennes et matriarcales ».Dongba est le nom des chamanes naxi, et j’ai lu sur le guide que le musée, en plus de présenter  classiquement figurines, peintures sur bois ,etc    conserve 30 000 manuscrits pictographiques qui  renferment toute la mythologie et le savoir ancestral des Naxi…Hélas, lorsque nous y arrivons , le musée est fermé : décidément nous n’aurons pas eu de chance avec  les musées durant ce voyage ! Nous essayerons peut-être d’y retourner  dimanche matin si nous sommes courageuses …et pouvons encore marcher après notre rando de demain !

Le froid tombe vite dès que le soleil s’est couché, il fait nuit vers 19 heures à peu près, et à  20 heures, je suis déjà au lit sous ma couverture chauffante  pour raconter mes deux dernières journées et lire un peu  .Pas de grasse matinée en perspective demain …

Vendredi 14/ samedi 15 Février : Tiger Leaping Gorge

A 7 heures, nous avalons notre petit-déjeuner  et partons prendre le bus vers Quiatou, départ de la randonnée dans les gorges . Le temps de faire le trajet, de prendre les billets, et le bus nous pose directement  au départ du sentier dit « du haut », avec une carte sommaire . On achète pour 5 kuai un bon bâton de bambou  et nous voilà parties !Il est onze heures , et très vite, nous nous élevons au dessus du fleuve Yang tsé Kiang et de ses eaux turquoises.

Cela monte dur, et  d’emblée nous sommes suivies par des cavaliers nous proposant leurs mules. Régulièrement, aux endroits offrant les plus beaux points de vue,  nous rencontrons de petits étals offrant bouteilles d’eau et barres chocolatées, avec un écriteau comminatoire comme quoi il faut acheter quelque chose pour avoir le droit de prendre une photo ou d’utiliser les toilettes publiques ! Mais quelles toilettes : un caniveau de béton, certes, mais avec une vue extraordinaire sur les gorges ! Deux jeunes randonneurs chinois qui, n’ayant pas trop d’argent, s’y sont hasardé sans rien acheter, se font d’ailleurs copieusement enguirlander par  la tenancière d’un stand. Au bout d’un moment, nous rencontrons  un  grand groupe très organisé de randonneurs bien équipés. « Il serait  très étonnant que ce soit  des Chinois ! » pensons-nous toutes les deux. Bingo : ce sont des Coréens qui voyagent régulièrement pour faire randos et treks.  Nous continuons notre montée, et les premières heures sont vraiment difficiles car cela monte raide… Bien sur je suis la cible privilégiée  des cavaliers  qui proposent continuellement à Justine  de » faire monter  maman », ce que je comprends facilement sans traduction et qui me vexe fort J ! A mi-chemin, une auberge nous tend les bras et c’est avec plaisir que nous  mangeons  un brin, avant de repartir par un sentier plus large .Les montagnes granitiques nous entourent , nues et escarpées, alors que quelques fermes apparaissent dans un paysage qui m’évoque le Népal .La carte qui nous a été donnée n’est pas très claire, et alors que le soir tombe, nous nous demandons bien combien d’heures de marche nous attendent encore, mais nous finissons par arriver à la nuit au gite d’étape prévu. Il y a beaucoup de randonneurs et le personnel est aimable comme une porte de prison, mais nous avons une chambre double et  le repas chaud  autour du poêle est vraiment apprécié !

Le lendemain, pas de réveil à l’aube : nous prenons un peu de temps avant  de repartir. Plus de dénivelé positif: nous commençons par  des sentiers à flanc de falaise, entrecoupés par moments de cascades, avant de redescendre vers la route dite «  du bas »,  goudronnée et qui est quasiment au niveau du fleuve. C’est de cette route, atteinte en trois heures environ, que part un autre sentier menant en deux heures au point du «  tiger leaping », l’endroit le plus étroit des gorges, faisant référence au saut légendaire d’un tigre. Il faut encore deux heures pour cet aller-retour , alors que  les deux jeunes randonneurs chinois du début abandonnent par manque de temps et d’argent ( alors que la somme supplémentaire est si dérisoire que je leur ai proposé de payer pour nous quatre) ,  nous nous demandons si cela nous laisse le temps d’avoir le bus de retour, mais nous ne sommes pas venues de si loin pour ne pas aller au bout et entamons la dernière descente, bien raide d’ailleurs . Le fameux point  étroit n’a rien d’exceptionnel, et ce qui a fait l’intérêt de la randonnée, ce sont bien davantage les magnifiques points de vue sur les gorges depuis les montagnes, mais ainsi nous aurons tout vu ! Nous avons en remontant la chance d’attraper immédiatement un bus qui nous ramène à Quiatou puis dans la foulée à Lijiang

Dimanche 16 Février /Lundi 17 Février  :Lijiang-Chengdu

Pas de courbatures ce matin, j’en conclus que nous pouvons être fières de nous, ou alors que la rando n’était pas si difficile ! En revanche, voici en ce dernier quart de voyage  le moment venu où je dois  1) me forcer pour continuer à écrire  mes aventures….et  2) commencer à monter sur ma valise pour la fermer !

Après le petit –déjeuner auquel je fais pour une fois honneur ( même si je vais éviter de boire pour les 24 heures à venir !), nous essayons d’optimiser les sacs  avant de partir en taxi vers le musée Dongba….Nous serons hélas un jeu justes en temps, mais le musée est intéressant et les pictogrammes tout à fait fascinants .Puis nous revenons chercher les bagages, et cette fois-ci , instruites par l’expérience, nous avons commandé un triporteur qui nous les amène jusqu’ à la porte Sud d’où nous pouvons rejoindre en taxi la gare routière . Nous voici devant notre bus, effectivement sans WC et qui a déjà longuement vécu. J’évite soigneusement de regarder les pneus..Comme à chaque trajet, on nous fait ensacher nos chaussures et à l’heure dite, nous nous ébranlons  vers  Chengdu et nos 24 heures de voyage …Le Routard ne fait pas de commentaires sur le trajet routier, que les touristes ne doivent pas être nombreux à utiliser ; il évoque en revanche la ligne ferroviaire , dont j’imagine qu’elle passe aux mêmes endroits  pour franchir les montagnes, en la disant «  une des plus belles de Chine, jalonnée par  427 tunnels et 653 ponts » !

Et nous voici tout de suite dans la montagne, sur une petit deux-voies sinueuse…Je réalise après une heure et déjà des centaines de virages que cela va être effectivement long ! De plus, nous avons les deux premières couchettes du haut, à droite et à gauche, ce qui serait parfait  si  chauffeurs et accompagnatrice ne  fumaient à l’avant. Nous croisons quelques villages ou villes, des vallées fertiles, apercevons des carrières de pierres, des cultures en terrasses, des dizaines de tombes à fleur de collines, mais régulièrement nous  ne sommes plus entourés que du minéral des montagnes…Toutes les trois heures, le bus s’arrête pour un rapide arrêt pipi, et  vers 6 heures, ( les Chinois mangent tôt), nous arrivons dans un petit troquet où le repas est déjà prêt pour nous. Riz, salade pimentée et deux plats en sauce pour 20 kuais , trois euros et demie et  pour 25 minutes d’arrêt montre en main, chaussage et déchaussage général compris.

Mais nous ne repartons pas après le rapide arrêt de 1 heure du matin, et le bus reste à l’arrêt jusqu’à vers 6 heures. Je glisse  dans le sommeil vers 3 heures, après avoir lu, dans les ronflements et les remugles de la promiscuité, mais appréciant néanmoins le  calme après les cahots des dernières heures, où la route était terriblement abimée .Inutile de dire que je n’ai pu à aucun moment utiliser mon notebook pour taper ! Tout le monde est bien blotti sous les épaisses couettes fournies, on apprécie !  A 6 heures, nous repartons avec le deuxième chauffeur .La route est meilleure, elle devient même par moments une autoroute et  je ne compte plus les ouvrages d’art, dont de très nombreux tunnels.. Ma référence récente étant celui de Foix, je dirais que la plupart font un ou deux kilomètres …. Mais c’est plus tard que je vais avoir un choc, en réalisant que nous roulons dans un paysage enneigé , et que la route elle-même , si elle est damée par les voitures, est néanmoins recouverte de neige . Cela ne semble pas troubler nos chauffeurs, qui sont jeunes mais paraissent  expérimentés. Nous ne nous arrêterons qu’une fois ensuite, mais juste pour passer aux toilettes, pas de petit-déjeuner ni de repas, et  c’est à 13 heures, exactement comme prévu, que nous arrivons finalement à Chengdu.

Là changement de décor puisque le centre ville fait 5 millions d’habitants, qu’il y a 10 gares routières , et que nous débarquons dans une ville grisâtre, dans une cohue indescriptible  et un froid polaire…Après avoir essayé  trente minutes d’attraper un taxi , et s’être fait refuser par quelques-uns, nous finissons  par partir avec un triporteur unijambiste  qui est charmant mais va bien tourner avant  de trouver notre adresse ..Cette fois-ci, j’ai réservé un appartement  pas loin du centre, et ce n’est pas notre meilleur choix mais au moins il y a de la place, avec un salon indépendant et une mini cuisine avec lave-linge .Il est déjà 15 heures et après avoir posé nos bagages et consulté nos mails, nous avons très faim !!! Nous nous faisons indiquer le MacDo le plus proche, et oui, nous assumons !! C’est même la première fois de ma vie que je vais prendre deux double-cheeze !! Nous sommes tout près des rues commerçantes et allons ensuite flâner dans un centre commercial rempli de centaines de petites échoppes, nous y trouvons du parfum «  qui sent comme…. »  ..Mais qu’est-ce qu’il fait froid ! Heureusement  une clim réversible réchauffe la chambre, et bien vite nous sommes dans le lit sous la couverture chauffante, tandis que je papote un peu avec Linda et avec Charlotte  <3

Mardi 18 Février : Chengdu

Sans doute nous doutons-nous que le début de  journée serait moyen, nous ne nous pressons pas de nous lever …Il nous faut néanmoins organiser les cinq jours à Chengdu et dans les environs, et pour cela le Routard recommande  certaines auberges de jeunesse qui offrent tous les services et organisent des tours. Nous décidons donc de partir à la recherche d’une d’entre elles, le Loft, et d’essayer d’y réserver les nuitées restantes. Tant pis, nous referons les bagages ! En effet, même si notre quartier très central offre des avantages, nous n’aimons ni l’appartement ni le fait de nous sentir si isolées.

S’ensuivent  alors deux heures de galère où un, deux taxis  ne comprennent pas où nous allons, nous laissent au mauvais endroit, où nous marchons à perte de vue dans des quartiers sans intérêt…Finalement, alors que nous sommes proches du but mais encore perdues  et pour tout dire un peu énervées( et en fait il y a une erreur dans l’adresse du guide !), un jeune chinois s’approche de nous et demande en anglais ( c’est quand même la seule fois du voyage !)  s’il peut nous aider, et si par hasard nous n’irions pas au Loft où il travaille ..Notre sauveur ! Cinq minutes après, nous sommes attablées devant un délicieux café et en train d’organiser  notre séjour avec une équipe anglophone : c’est assez rarissime pour être apprécié ! L’AJ , une ancienne imprimerie réaménagée, est vraiment géniale !

Aller voir les pandas géants et le Grand Bouddha  à Leshan ne posera pas de problèmes, nous achetons aussi un ticket pour un spectacle d’opéra du Sichuan ce soir et réalisons que nous avons le temps en deux jours de monter à Emeishan ( le mont Emei) .Pour ces montagnes, la guesthouse ne commercialise qu’un tour chinois, rempli de Chinois, avec un guide chinois,   et la responsable elle-même  nous le déconseille clairement.  D’un autre côté,

Justine a envie de voir Emeishan, et le prix de 120 euros par personne comprend tous les transports, entrée du parc, téléphériques, hébergement, pension complète…pour  deux jours pleins, donc  ça changerait d’être prises  en charge , surtout avec le froid qu’il fait, et je suis prête à faire l’effort .Mais même cela serait trop simple : quand la personne téléphone pour nous, le prix  est passé à 1350 kuai au lieu de 1000, spécialement pour nous aussi ! Explication : nous ne sommes pas la bonne cible pour toutes les boutiques visitées en chemin !

Cela nous fait plutôt rire, et à ce moment le seul Occidental de la guesthouse  vient nous parler, c’est un Français et il revient des Emeishan !  Cela vaut la peine, nous dit-il, pour peu que l’on soit bien couvert , car il a marché sous une tempête de neige, et ce n’est pas difficile à organiser par soi-même. Nous décidons donc d’attendre un peu pour nous décider, et en attendant partons visiter le temple Qingyang Gong. Cela signifie temple des chèvres de bronze et bien évidemment il tient son nom  de deux chèvres accroupies. L’une est bizarre car  son corps est une combinaison des douze animaux du zodiaque, avec des oreilles de rat, des pattes de tigre…A part ça, c’est un temple , agréable avec sa succession de cours et de pagodes, mais un temple de plus , et nous décidons  de ne pas en visiter d’autres ! A la place, nous partons visiter le musée du site de Jinsha . Ce qui est exceptionnel avec la Chine, c’est que des découvertes majeures n’ont été faites que récemment, comme l’Armée enterrée en 1974, mais ce n’est pas fini ! C’est en 2001 que le site de Jinsha  a été découvert , il correspond à une ville établie ici-même de 1200 à 650 av. JC et c’est un site funéraire majeur  par la qualité  et le nombre des pièces retrouvées .Si la zone de fouilles, protégée comme à Xian par un gigantesque hangar, n’offre à nos yeux de profanes rien de bien impressionnant, le musée en lui-même est hypermoderne, esthétique , avec  des pièces bien mises en valeur et des légendes en anglais.

C’est d’autant plus intéressant que nous allons demain visiter  Sanxingdui. Là je cite le guide in extenso : «  Ces vingt dernières années, plusieurs découvertes de premier plan au Sichuan font émerger une culture encore très mystérieuse. De nombreuses similitudes  dans les pièces exhumées  suggèrent que Jinsha se développa tout de suite après la chute de  Sanxindgui , soit un nouveau maillon de cette civilisation  Su… que l’on fait aujourd’hui remonter à plus de  5000 ans avant JC » ….Quand même !

Sur le chemin du retour, nous flânons à nouveau dans les boutiques, achetons des chaussures et quelques bricoles…Les soldes en Chine ont de quoi faire tourner la tête  de deux nanas normales…Hélas, mon sac, quoique doté de capacités d’ingurgitation impressionnantes, arrive à ses limites de contenance et de poids , même en montant dessus J Nous n’avons que le temps de déposer nos achats à l’appartement avant de repartir à pied vers le théâtre où a lieu le spectacle d’opéra. Cela n’a d’ailleurs rien à voir avec l’opéra tel que nous l’entendons, mais c’est une succession  de courts spectacles.

Dès que la représentation  commence, nous sommes sous le charme ! Nous assistons pêle-mêle à du comique populaire,  du mime, du théâtre d’ombres, quelques pièces chantées,  des acrobaties, du maniement de marionnettes… les costumes sont magnifiques, c’est un moment de pur bonheur, hélas trop court, une heure dix !Très impressionnants  et typiques du Sichuan , nous admirons les changements de masques , parfois cinq ou six successivement, qui se font en un éclair, juste le temps d’un battement des manches bouffantes ….Soirée magique vraiment, nous nous couchons avec des images plein les yeux …

Mercredi 19 Février : Chengdu

Le matin, nous rassemblons nos affaires et allons rendre la clé au gérant,-qui nous ouvre en pyjama !-avant de rejoindre le Loft et d’y prendre un bon petit-déjeuner continental. Nous avons réservé un minivan pour rejoindre à 40 kilomètres  Sanxindgui, dont l’accès nous aurait pris trop de temps autrement. Le chauffeur conduit «  à la chinoise », passant sans arrêt d’une voie à l’autre sur l’autoroute , et fonçant à  coup de klaxon commitatoire sur les  routes plus étroites. Après le centre moderne et  les banlieux nettement moins jolies, nous voici dans la campagne, parmi les cultures maraichères : les paysans y ramassent poireaux et choux, les triporteurs les transportent …Dommage qu’à Sanxindgui, on n’ait pas accès aux fouilles elles-mêmes mais le musée  qui expose environ un millier de pièces, essentiellement du bronze, est intéressant. C’est en 1996 qu’a été dégagé  un mur enserrant une ville de 12 km2 de superficie, la plus grande de ce type en Asie , et les spécialistes  considèrent cette  découverte comme plus importante que  celle de l’armée de terre cuite de Xian. N’étant pas spécialiste, je n’ai aucun scrupule à avouer  que celle-ci , ainsi que « l’armée pacifique » de Han  Yangling que moins de gens connaissent , offrent un spectacle autrement plus remarquable .Néanmoins, il y a ici de fort belles pièces : un arbre divin de 4 mètres de haut , de magnifiques tablettes de jade finement ornées, quelques belles statues, et surtout les  masques d’or  énigmatiques, aux yeux saillants, où certains ont vu des extra-terrestres….Le musée est quasiment désert, ce qui  est plutôt bien pour nous …Au retour, nous demandons au chauffeur de nous laisser au centre, à Tianfu Square. Nous voulons manger un morceau, chercher des gants et bonnets pour demain (j’ai laissé mes mitaines au théâtre), et je voudrais aussi voir si je trouve un manteau pour remplacer le mien ou plutôt celui de Sophie. Hier en effet la fermeture Eclair  s’est cassée, plusieurs dents ont sauté et remplacer une fermeture en France reviendrait plus cher qu’un modèle basique ici, voici comment on nous incite au gaspillage …Soudain  Justine voit une échoppe où une couturière pique à la machine, et on lui demande si elle pourrait changer  la fermeture ; On avait essayé hier ailleurs  mais on s’était fait proprement jeter ! La dame nous envoie à deux pas voir un cordonnier qui travaille sur le trottoir ; celui-ci prend le manteau, regarde la fermeture éclair et à notre stupéfaction, commence à la réparer ! Il a plusieurs fermetures de différentes tailles  qui lui servent de réserve et avec de minuscules tenailles il prélève quelques dents de taille adéquate qu’il fixe  une à une sur la fermeture abimée..Puis il affine, aplatit, polit, jusqu’à un résultat parfait .J’en profite pour lui montrer les deux poches que je ne peux plus fermer, car du tissu s’est pris dans la fermeture, et avec un tout petit outil, il répare cela aussi, pour 20 kuai ( 2, 5  euros) … et mes remerciements enthousiastes ! Voilà le genre de petit détail qui m’émerveille et illumine ma journée ! Si j’avais le temps, je pense que je trouverais ici  quelqu’un pour réparer le volet coulissant de mon compact, qui ne coulisse plus !

Nous sommes ravies ensuite de profiter des  agréables espaces communs de la guesthouse  pour  utiliser l’ordinateur, exporter des photos, tout en prenant un verre .C ‘est pizza  sans bouger ce soir, avant la nuit en dortoir , petit sacrifice , nous n’y sommes que trois !

Et demain, si nous n’avons pas changé d’avis, départ pour les montagnes pour deux jours .On y  a vérifié les températures : de -7 à – 2…..

Jeudi 20 Février : Mont Emeishan

C’est plutôt probablement le mont Emeï , puisque shan veut dire montagne en chinois. Donc  au matin on se prépare soigneusement …Sous mon jean, j’ai un collant de laine et un leggings, sous mon pull  je mets un  fin tee-shirt à manches longues, plus un plus épais ! J’ai bonnet, écharpe, mitaines et gants …et un blouson dans mon sac, prêt à se glisser sous mon manteau en cas de vent glacial…Le français de l’autre jour ayant randonné dans un froid  polaire et sous une tempête de neige, il vaut mieux être parée ! Aux pieds, je  porte les grosses Doc qu’Amélie m’a demandé de lui ramener : comme elle fait du 41 et moi du 38, cela me laisse la place d’emmitoufler mes petits pieds comme je l’ai fait, plus deux semelles ! Justine est à peu près pareillement couverte, avec peut-être une épaisseur de moins à certains endroits : entre Perth et Hangzhou elle  est plus habituée que moi à l’hiver !

Nous partons avec le métro pour rejoindre une gare routière, mais sans suffisamment d’indications pour trouver la station ce n’est pas le bon plan ! Nous marchons une éternité pour atteindre la station, nous ne sortons pas à la bonne, bref pour garder notre énergie et ne pas perdre de temps  nous prenons ensuite un taxi : quelle efficacité en ce matin !! Mais nous avons tout de suite un bus qui nous conduit en deux heures et demie à Emeishan. Là nous allons manger, achetons comme l’autre jour deux bâtons de bambou et nous faisons confirmer ce que nous pouvons faire dans ces deux jours :  vu la saison et les conditions atmosphériques, le mieux est de prendre le bus dont le terminus amène aux deux tiers du chemin , puis de marcher jusqu’au sommet  en dormant en chemin dans un monastère, avant de redescendre le lendemain par un téléphérique.

Nous achetons donc les billets  pour le bus, et repartons, avec un arrêt pour les billets du parc : ce n’est pas donné, 190 kuai par personne pour l’entrée uniquement . Et dire qu’apparemment plus de trois millions de visiteurs y viennent chaque année ! Le mont Emei est en effet  l’une des quatre montagnes sacrées du pays depuis l’avènement du bouddhisme, il est associé à Puxian, le bodhisattva de la sagesse, et est  par ailleurs classé par l’Unesco.

Le bus va mettre deux heures pour rejoindre son terminus, et je commence à somnoler quand soudainement je réalise que le paysage a changé…Alors que nous ne le voyions pas du tout de la ville, nous sommes maintenant dans la neige. D’ailleurs tous les bus stoppent à un certain point où des chaînes sont mises en cinq minutes et cela se justifie ! Nous ne devons pourtant guère être plus haut que 2500 mètres mais c’est un paysage de montagnes et de forêts enneigées à perte de vue, rendu plus magnifique encore par l incroyable épaisseur de neige qui reste sur les sapins…je crois n’avoir jamais vu un si beau paysage de neige… !.Il fait effectivement bien froid à l’arrivée, les températures sont sans aucun doute négatives vu que la moyenne annuelle au sommet est de 3°, mais ouf, il ne neige pas  ! Nous nous faisons indiquer le départ du sentier, et on nous incite très vivement à louer des crampons. Heureusement car les marches sont toutes verglacées. Nos crampons sont métalliques et nous nous félicitons  très vite de les avoir ! Certains louent aussi des espèces de semelles de raphia tressé, qu’ils attachent  par des ficelles à leurs chaussures. Passé le premier kilomètre, il n’y a pas grand monde et nous nous égarons brièvement un moment, nous contournons en effet un monastère par la droite au lieu de la gauche, ce qui curieusement nous amène dans une station de télésiège  toute ouverte mais  vide et abandonnée, le genre d’endroit où un film américain placerait la bagarre et confrontation finale avec les méchants….Mais nous retrouvons vite le chemin, où nous attendent quelques singes dont certains très gros. Ce sont des macaques tibétains endémiques du Sichuan, et il est vrai qu’on ne penserait pas à rencontrer des singes dans la neige !

Pour le moment, nous continuons vers le monastère de Hongchunping où nous avons prévu de passer la nuit.Au XIV ème siècle, il y avait  à Emeishan  des centaines de monastères habités par des milliers de moines, mais seuls une vingtaine ont survécu aux incendies et à la révolution culturelle.Il est en tout cas courant d’y dormir ou d’y manger, ils proposent tous chambres et dortoirs. Mais  la montée est sévère, les volées de marches s’additionnent les unes aux autres sans interruption, la nuit va bientôt tomber et aucun monastère n’apparaît ! Pire, les rares personnes que nous croisons nous donnent des renseignements contradictoires «  encore une heure » «  encore deux heures » , et lorsque nous croisons un groupe de jeunes Chinois qui , après avoir voulu absolument nous prendre en photo et nous distribuer leurs snacks et madeleines, nous dit qu’ils ont mis une heure et demie pour redescendre, je commence à me demander si nous ne faisons pas une imprudence  ( après tout, il y a des ours en Chine, non ? ) …mais vingt minutes après, nous sommes au monastère…j’avoue que je renonce à comprendre  le pourquoi de toutes les informations erronées que nous avons régulièrement eues !

Le monastère, tout en bois, comporte un temple, un bâtiment de dortoirs , d’autres de cuisine et réfectoire ,  des toilettes moyenâgeuses. Un moine nous donne une chambre, c’est très basique, une table et deux  bat-flancs avec matelas minimaliste, mais deux grosses couettes et la couverture chauffante de rigueur ! Il est trop tard pour manger et nous achetons un bol de nouilles instantanées, on nous amène au distributeur d’eau bouillante que l’on trouve  partout en Chine, même dans les bus  et nous  mangeons nos nouilles autour d’un feu étique dans une toute petite pièce. A vingt heures, nous sommes au lit, avec juste une ou deux épaisseurs de moins, et je m’endors presque tout de suite !

Vendredi 21 Janvier : Emeishan

Il y a  des gongs à cinq heures, et nous entendons   d’autres randonneurs se lever, sans doute pour assister au lever de soleil, mais  un beau spectacle nous parait très hypothétique   vu les brumes d’hier  et nous avons plutôt envie de trainer au lit ! Finalement  vers 10 heures et après un thé très amer ( le sucre est une denrée  peu utilisée en Chine et quasi inconnue dans les campagnes), nous reprenons la route .Il y a plus de monde aujourd’hui, beaucoup de jeunes touristes chinois , et les paysages  de forêts enneigées sont toujours aussi magnifiques. Marcher  dans ces conditions est un privilège ! Après une grosse heure de montée, nous débouchons au sommet…et parmi les groupes de Chinois amenés par le téléphérique ! Le haut, c’est une immense place carrée, comportant le temple doré Jinding et  dominée par un Bouddha  doré de 48 mètres, à quatre faces et dix directions qui est une adjonction récente mais a un joli et doux visage ( au pluriel, donc !)  .Il y a un grand soleil aujourd’hui mais pas assez pour que la vue du sommet, à 3077 mètres, soit dégagée et spectaculaire ; tant pis, nous sommes vraiment ravies de notre randonnée et des changements de décor ! Nous redescendons par le téléphérique jusqu’ au terminal des bus, avec quelques scènes cocasses sur les dernières centaines de mètres à faire à pied car le chemin est encore plus verglacé et tout le monde n’a pas de crampons ! Même nous qui en avons ne faisons pas tellement les fières  pour descendre les dernières volées de marches !Nous abandonnons nos bâtons pour de futurs marcheurs puis reprenons nos bus pour rejoindre Emeishan en deux heures puis Chengdu en trois heures ‘est une longue journée  mais cela en valait vraiment la peine , et cette incursion dans les montagnes hivernales   a été un  changement  bienvenu dans notre périple !Fatiguée et sale, je demande néanmoins  à l’AJ s’il y aune chambre double disponible au lieu du dortoir, il n’y en a pas  mais on nous attribue le dormoir au rez-de-chaussée…ouf, le troisième étage, c’était dur avec les bagages… !.Et puis comme on économise des sous, on pourra en dépenser CQFD J

Samedi 22 Janvier : Pandas et Leshan

Pour être plus efficaces, nous avons réservé un tour aujourd’hui afin de voir  la base de reproduction des pandas le matin et le grand Bouddha  de leshan l’après-midi. Nous partons donc tôt ,( car après 8h30 les pandas sont plus endormis ), dans un minivan confortable avec le chauffeur, une jeune guide anglophone, et trois  autres personnes dont une Mauricienne. Les pandas géants sont endémiques du Sichan et de la région de Chengdu , et  après qu’ils aient failli disparaître pour des raisons diverses (  disparition progressive de leur habitat naturel , suppression de couloirs vitaux entre leurs zones de peuplement….), leur nombre croit à nouveau très lentement  .

Le centre est très intéressant  car on apprend que cet animal cumule les difficultés à se reproduire naturellement : males et femmes se rencontrent très rarement, ne sont pas du tout portés sur la chose et dans la nature la femelle ne peut élever qu’un bébé à la fois. De plus le bébé nait minuscule, (100 grammes), aveugle, et aussi peu fini que le bébé kangourou.Dans le centre ils sont conçus par insémination artificielle et élevés en couveuse et au biberon ! En tout cas les bébés sont absolument craquants quand les soignants les sortent  dans leurs enclos, où ils ont balles et balançoires ;  patauds et amusants, leurs mimioques sont celles d’enfants ! Les adultes sont plus placides, mâchonnant  le ventre à l’air ou  bien assis leurs feuilles de bambou..Nous en voyons vingt ou trente sur la grosse centaine auquel le centre se consacre actuellement et on ne peut repartir qu’enchanté !

Après un repas  basique dans une cafétéria locale, nous allons faire beaucoup de route vers Leishan, à 150 kms de Changdu . Son grand Bouddha ( 78 m de haut) , sculpté dans la falaise en 803, est lui aussi inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.En fait ce n’est pas seulement le Bouddha qui est à voir mais tout le  site dont il fait partie , avec des  pavillons et pagodes , des  niches funéraires, un chemin  spectaculaire et étroit creusé dans la falaise pour donner accès au site..Le routard suggère 4 h de visite ! Malheureusement tout cela va être un peu bâclé, car vu l’étroitesse du chemin  il y  inévitablement la queue et on nous suggère très clairement d’abandonner l’option pédestre pour un bateau nous permettant de voir le site dans son ensemble, sans débarquer …Nous repartons donc assez frustrées, c’est la rançon du tour et de la double journée …A refaire peut-être un jour, qui sait, mais dans d’autres conditions !

En fin de journée, nous demandons à la guide de nous laisser sur la place principale ; nous avons faim, et puis si Chengdu n’offre rien de bien exceptionnel avec son ciel plombé et ses 14 millions d’habitants, l’avantage de rester quelques jours à un endroit est d’avoir le temps d’y prendre ses repères…En l’occurrence, nous voulons retourner dans quelques rues piétonnes et commerçantes .C ‘est le week-end et apparemment les dernières soldes de fin de saison, il y a un monde fou, des rabatteurs à l’entrée de chaque boutique, et objectivement des prix intéressants. Nous achetons quelques affaires, je prends des colliers et des bricoles pour les filles puis nous allons nous faire faire une manucure, c’est bien agréable de se faire un peu chouchouter ! Nous sommes finalement trop fatiguées pour ressortir mais nous offrons néanmoins un verre à la guesthouse , tout en faisant une lessive !

Dimanche 23 /Lundi 24 Février : Chengdu-Shanghai

Le voyage tire à sa fin, c’est l’avant-dernier jour pour Justine ! Nous reconditionnons les sacs ( en gros nous montons dessus !) , et ne quittons l’AJ qu’à l’heure limite de 13 heures. Il nous faut tenir jusqu’à 18 h à peu près puisque notre avion vers Shanghai est en début de soirée, et donc nous repartons en ville , où tout est ouvert et où  nous allons encore faire quelques emplettes ! Le vol Chengdu-Shanghai dure trois heures, heureusement que nous ne le faisons pas en bus, celui-ci-ci !

Il se passe d’ailleurs quelque chose d’amusant alors que nous avons déjà enregistré nos bagages et faisons la queue pour la douane. Soudainement et par hasard je vois que les mots Justine Pascual scintillent sur les écrans d’information au milieu de centaines de caractères chinois ! Justine va se renseigner et nous devons retourner dans une zone de contrôle de bagages car l’un des nôtres s’avère suspect ! Justine se demande bien de quoi il s’agit et stresse, d’autant que le sac est hyper bourré et qu’on ne trouve rien, mais l’employé l’ausculte  avec son appareil et guide Justine, et finalement il s’avère que l’objet du litige était sa batterie portative ! Ouf, nous pouvons repartir et c’est finalement plutôt rassurant  de voir que les bagages sont réellement contrôlés !

Donc à 1 heure du matin nous arrivons à l’AJ où nous avions déjà dormi il y a deux ans, claire, moderne, et surtout parfaitement située, à deux pas de Nanjing road, du Bund et du métro. C’est là que je vais passer mes trois derniers jours, avant et après le départ de Justine qui doit retourner à la fac. Je ferai encore quelques achats, en particulier dans un supermarché dédié à la photo où j’arriverai à faire réparer le volet coulissant de mon compact .

Vendredi 28 Février : retour :

Encore  un merveilleux voyage que j’ai eu la chance de faire avec ma délicieuse fille ! Pas évident pour une mère et une fille de voyager ensemble  pendant un mois  avec mille découvertes, des milliers de kilomètres et (quasiment) sans se prendre la tête J Une fois de plus, j’ai été conquise par la Chine et ses facettes si différentes, et je réalise encore plus après ce deuxième voyage combien j’ai peu vu de cet empire ….J’espère pouvoir y revenir  d’autres fois, il y a encore tant à découvrir….

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